blade runner

Genre : Science-fiction (interdit aux moins de 12 ans)

Année : 1982

Durée : 1h52

Synopsis : En 2019, la colonisation de l’espace est en plein essor. La génétique a fait d’énormes progrès, permettant de créer un nouveau type d’androïde baptisé « réplicant ». Les réplicants sont d’apparence semblable à celles des humains mais n’éprouvent aucun sentiment. Ils sont utilisés pour les missions les plus dangereuses dans l’espace. Cependant depuis une mutinerie sanglante dans une colonie spatiale, les réplicants ont été rendus illégaux sur Terre. Des Agents spéciaux, les « Blade Runner », sont chargés de les traquer et les éliminer. On n’appelle pas cela une exécution mais un « retrait »   

La critique :

Attention aujourd’hui, du lourd sur Cinéma Choc puisqu’en fait, je me décide à chroniquer l’un des monuments de la science-fiction, j’ai nommé Blade Runner de Ridley Scott, réalisé en 1982. Ce film s'inspire librement du roman, "Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?" de Philip K.Dick. En réalité, Blade Runner est souvent considéré, par beaucoup d’amateurs de science-fiction, comme la dernière étape majeure du genre. Et pour cause, Blade Runner est un film totalement ambitieux avec lequel Ridley Scott entend bien redonner un nouveau souffle à la science-fiction.
Il faut dire aussi que le réalisateur a déjà contribué au renouvellement du genre avec son film précédent, Alien, le huitième passager. Cependant, Alien et Blade Runner n’ont au final que très peu de choses en commun.

Ici, Scott cherche à évoquer une vision futuriste et dantesque de notre monde. En réalité, il existe sept versions en tout de Blade Runner, dont 4 devenues célèbres : la version US de 1982, la version internationale de 1982, la version Director’s cut de 1992 et la version Final cut de 2007. Ce sont ces quatre versions que cette chronique englobera, donc. Attention SPOILERS !
Dans le futur, la génétique a beaucoup évolué. Un nouveau type d’androïde a été mis à jour, les « réplicants » (ou répliquant). Il s’agit d’androïdes très évolués qui ressemblent en tout point aux humains physiquement, mais qui intérieurement, sont conçus pour être dénudés de sentiments et d’émotions. Les réplicants sont alors utilisés pour servir les hommes et sont notamment envoyés dans l’espace pour effectuer des missions extrêmement dangereuses.

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La Tyrell Corporation, qui crée ces androïdes, a mis au point une nouvelle génération de réplicant, le Nexus 6, un modèle ultra perfectionné. Cependant les membres de cette génération sont à l’origine d’une mutinerie sanglante dans une colonie de l’espace. Ayant massacrés l’équipage de tout un vaisseau, ces réplicants ont échappé au contrôle des humains. Les réplicants ont été rendus illégaux sur Terre. Une nouvelle brigade spéciale, les « Blade Runner », sont chargés de les traquer et de les supprimer. La suppression d’un réplicant n’est pas appelée exécution mais « retrait ».
Los Angeles 2019, une métropole « sur-polluée » où règne sans cesse un climat pluvieux. Dans cet univers cauchemardesque, Rick Deckard, un ancien Blade Runner, est arrêté par Gaff, un énigmatique inspecteur de police passionné d’origami.

Il amène Deckard au siège de la brigade des Blade Runner pour rencontrer leur chef, Bryant. Ce dernier, qui fut jadis le supérieur de Deckard, lui demande de reprendre du service pour éliminer 4 réplicants de la génération Nexus 6, qui auraient réussi à revenir sur Terre.  Un Blade Runner du nom de Holden a déjà payé le prix cher pour avoir traqué ces 4 androïdes. Deckard va avoir affaire à forte parti, les 4 réplicants étant composés de « deux mâles », Léon et Roy (le chef) et « deux femelles », Pris et Zhora. Cependant, Deckard se pose une question : pourquoi ces réplicants sont revenus sur terre ? 
Il devra enquêter au sein de la Tyrell corporation et dans les bas-fonds de Los Angeles pour tenter d’obtenir une réponse. Mais rien ne l’a préparé à ce qu’il attend et à ce qu’il va découvrir.

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Voilà donc pour la trame principale qui met en scène une véritable traque dans une Los Angeles futuriste et ravagée par la pollution. Ce qui frappe en premier lieu dans Blade Runner, c’est l’ambiance que Ridley Scott met en place. Une fois encore, on se retrouve plongé dans une Los Angeles cauchemardesque, sombre, ultra polluée, dans un climat de pluie constant avec des gratte-ciels impressionnants et intimidants, et des tours-cheminées desquelles s’échappent des jets de flammes. 
Dès les premières images, Scott place son spectateur dans le malaise et dans cette cité terrifiante et irréelle qui est très influencée par la Metropolis du film éponyme de Fritz Lang. Mais l’ambiance ténébreuse du film serait également inspirée par l’Apocalypse Now de Coppola, mais aussi du film noir des années 40, comme le Grand Sommeil

En réalité, Blade Runner mélange différents types d’influences comme on le verra  tout au long de cette chronique. Pour autant, le film conserve une identité propre. Pour en revenir à l’ambiance du film, on se doit d’évoquer les décors impressionnants (la pyramide de la Tyrell Corporation, les gratte-ciels ténébreux, les bâtiments et leurs intérieurs). Ces décors très réussis renvoient immédiatement à un autre aspect incroyable du film, son esthétique. Car oui Blade Runner possède une phénoménale richesse visuelle. A travers les extérieurs et les intérieurs des bâtiments, les costumes, les maquillages, les différentes couleurs parfois sombres, parfois psychédéliques et rigoureuses, Blade Runner nous en met plein la vue et c’est un véritable trésor visuel. D’ailleurs à travers ces images, se véhiculent également de nombreuses symboliques mais aussi pas mal de pub pour Coca Cola, Marlboro, Pan Am, Toshiba, pour ne citer que ceux-là.

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On peut aussi évoquer  l’éclairage et le jeu avec les ombres et les lumières. Sur ce point, certains effets évoquent directement le Citizen Kane de Welles mais encore une fois le film noir, qui reste l’une des influences majeures du film. Visuellement, Blade Runner est probablement le film le plus abouti et le plus réussi de Ridley Scott. Le film aura, en ce sens, une grande influence sur la mode du Cyber-Punk. Et que serait l’ambiance du film sans la musique envoûtante de Vangelis ? 
En effet, la bande son très riche crée une ambiance particulière. A ma première vision du film, j’avais été surpris par certains choix de musiques, qui ne me paraissaient pas vraiment en accord avec les scènes qu’elles accompagnent. Cela dit, ce décalage se comprend finalement à travers l’histoire du film où le bien et le mal ne sont pas définis par les personnages que l’on croit. 

Au niveau de la réalisation, Scott se montre très inspiré en parvenant à établir beaucoup de suspense et beaucoup de tension (notamment sur le final véritablement apocalyptique). On a évoqué l’éclairage, on pourrait également évoquer de nombreux plans, celui de la pyramide de la Tyrell, celui de l’œil de Léon, de la colombe de Roy s’élevant dans le ciel pour signifier sa mort. Mais on peut surtout évoquer les plans utilisés pour filmer la gente féminine. Car oui c’est l’un des aspects les plus frappants de Blade Runner. Scott filme les femmes comme personne, tantôt fragiles tantôt fatales. 
Parfois même comme de véritables plantes vénéneuses. Là encore, on peut voir une réorchestration de la femme fatale du film noir. On pourrait s’étendre longtemps sur la forme du film, c’est d’ailleurs un des aspects sur lequel les quatre versions du film se rejoignent plus ou moins.

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C’est plus au niveau du fond et de l’évolution des personnages que les versions diffèrent. Les personnages, parlons en justement. Le principal est donc celui de Deckard, un ancien Blade Runner qui reprend du service. Le personnage doit beaucoup à l’interprétation de Harrisson Ford qui livre une de ses meilleures prestations. Ici, il n’incarne pas un rôle de « dur » habituel, son personnage est beaucoup plus profond et plus fragile qu’il n’y paraît. De plus, les quatre différentes versions permettent de le voir de façon différente. On a ensuite le personnage de Rachel, la secrétaire de la Tyrell, qui se révèle bien vite être un réplicant à part, puisqu’elle possède une mémoire affective. 
Là encore, Sean Young se révèle à la hauteur dans le rôle de ce personnage ambigu. Ensuite comment ne pas évoquer le personnage de Roy, le chef des réplicants, hallucinant de par l’interprétation folle de Rutger Hauer ?

Ce protagoniste se révèle particulièrement fascinant et de ce fait, en impose pendant tout le film. Hauer parvient à conférer à son personnage un mélange de force physique et de spiritualité. Comment oublier certaines de ses citations, celle où il rencontre Chew, le créateur des yeux des réplicants : « Chew, si vous pouviez voir les choses que j’ai vues avec vos yeux », ou encore  lors de la séquence finale apocalyptique : « Quelle expérience de vivre dans la peur ! Voilà ce que c’est d’être un esclave ». Mais surtout son célèbre monologue : « J’ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez pas croire. De grands navires en feu surgissant de l’épaule d’Orion. J’ai vu des rayons fabuleux, des rayons C, briller dans l’ombre de la porte de Tannhäuser. Tous ces moments se perdront dans l’oubli comme les larmes dans la pluie. Il est temps de mourir ». On peut même dire qu’au final, Roy apparaît en quelque sorte comme le véritable héros du film. Son obsession à retrouver son créateur en fait presque une revisite du mythe de Frankenstein. On retrouve également Darryl Hannah, sublime et sexy dans le rôle de Pris. 
Le reste du casting est composé par William Sanderson, Joe Turkel, Joanna Cassidy et Brion James, entre autres. Par la suite, les quatre versions différentes possèdent des spécificités qui leur sont propres. C’est pourquoi je décide de les aborder brièvement l’une après l’autre.

 

La version US de 1982

La trame principale est donc bien là, Deckard traque les réplicants. La principale différence de cette version est sa narration. En effet ici, Scott a recours à une voix off qui est celle de Deckard lui-même racontant ainsi son histoire. Ce procédé, qui sera par la suite banni du film, permet pourtant de mieux comprendre certains aspects de Blade Runner, ainsi que le personnage de Deckard et son amour pour Rachel. Cette version contient également une fin plus heureuse. 
En effet, lorsque Deckard prend la fuite avec Rachel, on les voit tous les deux s’en aller dans un paysage clair à travers les montagnes. A ce propos, il paraît que plusieurs prises de vues aériennes sont des rushes du début Shining. Cette fin crée un contraste particulier par ce changement de paysage tirant presque le film vers le conte. Scott, pour autant, a avoué ne pas vraiment apprécier cette version.

 

La version internationale de 1982

Elle est quasiment semblable à la version US. Cependant, des passages ont été rajoutés pour augmenter la violence du film, notamment la scène où Roy enfonce ses doigts dans les yeux de Tyrell, la scène où il s’enfonce un clou dans la main ou encore le combat entre Pris et Deckard. Cette violence supplémentaire permet de donner plus de punch au film, mais également de créer de nouvelles symboliques.

 

La version  Director’s cut de 1992

Cette version, basée sur la version US, apporte un changement majeur par rapport aux deux précédentes. Tout d’abord, la voix off a été retirée. De même que la scène finale montrant Deckard et Rachel dans les montagnes. Cependant d’autres scènes, suggérant que Deckard serait un réplicant, ont été rajoutées.  Voilà un parti pris intéressant. Enfin parti pris, façon de parler, car le film reste très ambigu sur cette nouvelle révélation. Scott ne s’engage pas vraiment et préfère laisser le spectateur se faire sa propre idée. Pendant longtemps, cette version est restée la seule disponible en DVD.     

La version Final Cut de 2007.

C’est la version la plus complète et la préférée de Ridley Scott. Il s’agit de la version Director’s cut avec quelques scènes supplémentaires (notamment les scènes de violence de la version internationale de 1982). Le tout a été restauré, ce qui rend un résultat encore plus sublime. Tout comme celle de1992, il est sous-entendu que Deckard soit un réplicant mais une fois encore, cela reste ambigu. C’est donc probablement la meilleure version qui existe.

Ces 4 versions ont donc leurs spécificités mais au final, elles se rejoignent toutes sur le fond. Avec Blade Runner, Ridley Scott évoque un futur sombre et déshumanisé, où la faune et la flore ont quasiment disparu. Mais Blade Runner montre la déshumanisation de façon originale à travers les réplicants. Ces êtres conçus comme étant artificiels et apparemment dénués de sentiments et d’émotions, se révèleront être les personnages les plus touchants du film, plus humains que les humains eux-mêmes. Quelque part, on peut voir dans cette « humanisation » un écho au 2001, l’Odyssée de l’espace de Kubrick et à son HAL 9000 (ou Carl). C’est aussi ce qui fait l’originalité de Blade Runner qui brouille les limites entre « bons » et « méchants ». Dans le fond, le film est loin d’être manichéen.
Blade Runner se révèle être un sommet de la science-fiction, un film très riche visuellement qui mélange film noir, thriller et anticipation avec une ambiance apocalyptique. Clairement, Ridley Scott signe ici l’un des meilleurs films du genre. A mes yeux, ça reste la plus grande réussite du réalisateur. Un film culte à voir absolument.

 

Note : 18,5/20

vince Vince