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Genre : thriller (interdit aux - 12 ans)
Année : 1990
Durée : 1h47

Synopsis : Paul Sheldon, romancier et créateur du personnage de Misery dont il a écrit la saga est satisfait. Il vient enfin de faire mourir son héroïne et peut passer à autre chose. Il quitte l'hôtel de montagne où il a l'habitude d'écrire et prend la route de New York. Pris dans un violent blizzard, sa voiture dérape dans la neige et tombe dans un ravin. Paul Sheldon doit son salut à Annie Wilkes, infirmière retraitée qui vit dans un chalet isolé. Annie est justement une supporter inconditionnelle de la belle Misery. 

La critique :

Parmi les nombreux ouvrages de Stephen King, le maître de la littérature d'épouvante, certains opuscules sont plus personnels et introspectifs. C'est par exemple le cas de Dead Zone, Ca et Le Corps, une nouvelle sur l'adolescence publiée dans le recueil Différentes Saisons. Vient également s'ajouter Misery, publié en 1987. Déjà, à l'époque, Stephen King est au faîte de la gloire.
Si le livre s'inspire librement d'une nouvelle, The Man who loved Dickens, d'Evelyn Waugh, il invente un nouveau concept. On connaissait le procédé du film dans le film, mais pas celui du "livre dans le livre". Ainsi, la star d'un roman, la fameuse Misery, vient s'immiscer dans le quotidien ou plutôt le calvaire de Paul Sheldon, un écrivain à succès. Mutin, Stephen King transforme ce huis clos hivernal en géhenne inextricable, s'interrogeant par ailleurs sur sa propre postérité.

Evidemment, un tel scénario inspire une adaptation cinématographique éponyme et réalisée par les soins de Rob Reiner en 1990. En outre, le producteur et réalisateur américain a signé plusieurs films notoires, entre autres, Quand Harry Rencontre Sally (1989), Spinal Tap (1984), Des hommes d'honneur (1992), Le Président et Miss Wade (1995) ou encore Les Fantômes du passé (1996).
Ce n'est pas la première fois que Rob Reiner adapte un roman ou une nouvelle de Stephen King au cinéma. En effet, le cinéaste s'est déjà distingué avec Stand By Me en 1986. Mais, avec Misery, Rob Reiner s'attaque à un tout autre registre : le thriller mâtiné de huis clos et obombré par les tempêtes hivernales. La distribution du film réunit James Caan, Kathy Bates, Lauren Bacall, Frances Sternhagen et Richard Farnsworth.

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De surcroît, Rob Reiner joue les Alfred Hitchcock via une courte apparition et dans le rôle d'un pilote d'hélicoptère. Attention, SPOILERS ! (1) Romancier à succès, Paul Sheldon est le créateur de la saga Misery, mais, pour son dernier roman, il a décidé de faire mourir son personnage qui lui a apporté le succès afin de passer à autre chose. Après avoir fini d'écrire son tout nouveau roman, il quitte le chalet où il se ressource. Au volant de sa voiture, une Ford Mustang 1965, sous un blizzard, la visibilité sur la route étant presque nulle, il finit par avoir un accident et est secouru par Annie Wilkes, une infirmière, admiratrice de Misery. Gravement blessé, il est soigné par cette infirmière apparemment bienveillante, qui vit seule dans une maison isolée, mais Paul ne va pas tarder à voir sa convalescence tourner au cauchemar quand Annie, lisant le dernier roman de Misery, découvre que son héroïne préférée est morte.

Elle va alors le séquestrer afin qu'il écrive un nouveau livre intitulé Le Retour de Misery, faisant revenir à la vie le personnage que Paul a voulu faire disparaître. Paul va devoir tenter de sortir vivant de cet enfer avant qu'Annie ne commette l'irréparable. (1) Premier constat, à travers ce synopsis exhaustif, on retrouve certains éléments bien connus de l'univers de Stephen King, notamment cette brume (The Mist...) provenant du néant et préfigurant une menace indicible.
C'est donc à l'abri des regards qu'une certaine Annie Wilkes vient secourir un Paul Sheldon à l'agonie. En l'occurrence, ce personnage énigmatique est quasiment le pendant féminin du croquemitaine, à la seule différence que cette femme bedonnante arbore un visage (en apparence) courtois et magnanime.

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Infirmière émérite (enfin si on veut...), cette dernière prodigue des soins à son nouveau convive dans son chalet claustré au milieu de nulle part. Mais, très vite, l'endroit enneigé se transmute en goulag et en huis clos étriqué. Pis, le grimaud, confiné dans son lit puis dans une chaise roulante, est la victime de sa libératrice, hélas transformée en bourreau et en tortionnaire. Rob Reiner s'ébaudit de cet oxymoron et complexifie volontairement son récit.
Par certains aspects, le film n'est pas sans rappeler certains faits divers, notamment le meurtre de John Lennon par un fan écervelé. En l'occurrence, la trajectoire de Paul Sheldon est tout aussi funeste et comminatoire. Si Rob Reiner respecte les grandes lignes de l'opuscule original, on relève tout de même quelques différences notables.

Effarouché par le livre de Stephen King, le cinéaste décide d'éluder rapidement certaines séquences gore et stridulantes. C'est par exemple le cas lorsqu'Annie Wilkes brise les deux pieds de Paul Sheldon. Toutefois, Misery (le film) ne repose pas uniquement sur le duo ou plutôt sur l'affrontement entre Kathy Bates et James Caan... Même si le chalet distille, ici et là, plusieurs détails qui reflètent la psychopathie sous-jacente de cette infirmière. Réduit à quia, le grimaud découvre plusieurs articles de presse et le scandale qui nimbe ce personnage hébéphrénique.
La figure de Paul Sheldon est indissociable de l'héroïne qu'il a créée, donc la fameuse Misery, un personnage de fiction qui a contribué à façonner sa notoriété. Mais l'auteur souhaite mettre un terme définitif à ses aventures, au grand dam d'Annie Wilkes, provoquant ainsi l'ire de la sociopathe.

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Dès lors, le scénario se complexifie au fil du récit. Le prochain roman ne doit plus être l'opuscule de Paul Sheldon mais suivre le cheminement psychopathique de la tortionnaire azimutée. Les notions de temps et d'espace tiennent ici une place prépondérante. Dans ce carcan anxiogène, Rob Reiner s'interroge sur la personnalité de l'écrivain et sur ce qui le différencie de son univers fantasmagorique. Une césure qui échappe évidemment à toute logique rationnelle, comme l'atteste l'extatisme d'Annie Wilkes.
Le bourreau peut aussi se transformer en libérateur et inversement. Quant au blessé, il peut se transmuer à son tour en criminel. Derechef, la dialectique s'oblitère et se renverse au fil du récit. Bref, ce coup de blizzard délivre bel et bien l'uppercut annoncé sans verser dans l'outrance ni l'excessivité. In fine, Rob Reiner peut s'appuyer sur la composition magistrale de Kathy Bates, plus terrifiante que jamais.

Note : 16/20

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(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Misery_(film)