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Genre : Fantastique, thriller, drame (interdit aux - 12 ans)

Année : 2001

Durée : 2h26

 

Synopsis :

A Hollywood, durant la nuit, Rita, une jeune femme, devient amnésique suite à un accident de voiture sur la route de Mulholland Drive. Elle fait la rencontre de Betty Elms, une actrice en devenir qui vient juste de débarquer à Los Angeles. Aidée par celle-ci, Rita tente de retrouver la mémoire ainsi que son identité.

 

La critique :

Petite pause temporaire dans ma série de films japonais pour une toute nouvelle chronique consacrée à l'un des ténors du genre dans le monde du cinéma, l'un des plus rudes également et qui n'est autre que David Lynch, que j'ai présenté à de nombreuses reprises sur ce blog et dans lequel il a entièrement sa place en raison d'un style à mi-chemin entre l'expérimental, l'étrange et le fantastique, quand ça ne verse pas carrément dans la terreur pure. Comme dit auparavant, je ne m'attarderai pas à décrire le bonhomme vu que je l'ai déjà présenté auparavant.
Cela serait de la perte de temps en plus de me faire passer pour un vieux radoteur donc qu'à cela ne tienne, parlons brièvement de l'histoire de ce film qui a défrayé la chronique et qui a déclenché, à de nombreuses reprises, de grands débats sur la Toile. A l'origine, Mulholland Drive devait être le pilote d'une série télévisée (un peu comme Twin Peaks : Fire Walk With Me qui en était vraiment un), à la différence que les choses ne se passeront pas comme prévu car les responsables de l'audiovisuel rejettent l'idée. Lynch ayant volontairement laissé une fin ouverte dans l'éventualité d'une série.

Suite à cela, Lynch intégrera une fin dont il a le secret pour finalement transformer cette oeuvre en long-métrage. A sa sortie, les critiques, les spectateurs et même l'équipe de tournage spéculent sur le sens émanent du film en raison d'une fin sujette à moult interprétations (bref rien de nouveau, on est habitué avec cette énergumène-là) et du refus du réalisateur à donner une explication de ses intentions quant au récit définissant son oeuvre de la façon suivante : "A love story in the city of dreams". Le long-métrage sera salué par les critiques et c'est peu dire vu que Mulholland Drive obtiendra le prix de la mise en scène au prestigieux festival de Cannes en 2001.
Et ça ne s'arrête pas là vu que Lynch sera nommé pour l'Oscar du meilleur réalisateur l'année suivante propulsant par la même occasion les carrières de Naomi Watts et de Laura Harring. A juste titre, Mulholland Drive est souvent considéré comme l'un, si ce n'est le meilleur film de David Lynch. En 2012, le film sera cité parmi les plus grands films de l'histoire du cinéma et les controversés Cahiers du Cinéma l'éliront meilleur film de la décennie 2000.

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Le New York Times encense les qualités du long-métrage et le film sera un succès malgré les guérillas constantes entre ceux l'idolâtrant et ceux le vitupérant voyant en ce film une fumisterie. Moult nominations succèdent, moult prix aussi et les journaux couvrent d'éloges le récit. C'est, à ma connaissance, le film de Lynch ayant le plus défrayé la chronique et encore maintenant, les débats font rage. Alors les critiques positives sont-elles fondées ou la fumisterie est-elle de mise ?
Comme d'habitude avec 
Lynch, je partage entièrement l'enthousiasme des critiques mais que soit, passons maintenant à la critique. ATTENTION SPOILERS : Les ténèbres d'une route plongée dans la nuit d'Hollywood voient un accident se produire avec, à son bord, une femme rescapée du sinistre mais ayant perdue toute la mémoire s'aventurer à la recherche d'aide. Elle parvient à faire la rencontre de Betty Helms, une jeune actrice en devenir, qui l'accompagnera dans son périple à la recherche de sa mémoire et de son identité. FIN DES SPOILERS.

On a là typiquement un film dans la plus pure tradition du style Lynchien avec les thématiques habituelles qui sont chères au cinéaste et qui sont le rêve, la psychologie et le cinéma sensoriel. Que l'on soit clair dès le départ, si vous êtes allergique à Lynch alors la chronique s'arrête là, mais cela serait dommage de passer à côté d'une telle pépite nous plongeant dans une ambiance unique, dont le réalisateur a le secret, durant près de 2h30, une durée longue passant comme une lettre à la poste si on adhère au style. En effet, sous ses faux airs de thriller à l'intrigue peu développée, se cache un récit étonnamment complexe qui, comme dit auparavant, suscite le débat. Dès les premières minutes, Lynch surprend le spectateur avec cette troupe de danseurs s'épanouissant dans la danse sous un fond de jazz démontrant tout le côté artistique hollywoodien que l'on rencontrera durant le récit.
A ce niveau, on peut dire que Lynch intègre de l'art dans l'art de par son récit porté sur le monde du spectacle et foule d'artistes que nous serons amenés à rencontrer. Le tout évoluant dans une atmosphère jazzie, aux couleurs chatoyantes et à l'esthétisme très marqué témoignant de toute la mise en scène extrêmement travaillée conférant véritablement une tonalité artistique à la construction du film. Finement bien joué.

Ainsi, les plans colorés se succèdent pour le plus grand bonheur des yeux. Les amoureux de l'esthétisme, dont je fais partie, seront comblés par le travail d'orfèvre et c'est un gros point positif de voir un tel travail. On a cette impression d'évoluer dans un cadre irréel alors que le monde est complètement crédible, c'est un autre point qui pourra déconcerter mais qui témoigne vraiment des caractéristiques expérimentales du récit qui, selon moi, est bien plus difficile d'accès que ce que le synopsis montre. Mulholland Drive ne se prive pas de séquences cassant la réalité du grand Hollywood à l'image de cet étrange bonhomme assis dans une salle sombre derrière une vitre comme la première image le montre.
Mieux encore, cette discussion glauque entre 2 hommes dans un drive-in où l'un raconte un rêve très étrange comme quoi il aurait vu un monstre terrifiant derrière le mur en face du restaurant. Ce simple passage est d'une intensité redoutable et provoque le malaise du spectateur qui ne sait trop quoi penser et a envie de dire aux 2 hommes s'approchant du mur de retourner en arrière le plus vite possible. Sans conteste, l'une des plus grandes scènes du cinéma.

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C'est un paradoxe fort plaisant et surtout témoignant du professionnalisme du réalisateur de parvenir à créer un sentiment de malaise permanent en totale opposition de l'esthétisme chaleureux se dégageant du film. Le glauque se mélangeant avec la chaleur. Il est évident que ça ne plaira pas à tout le monde. Soit on adore, soit on déteste. Mais là où Mulholland Drive a semé 1000 débats sur la Toile, c'est dans sa construction scénaristique trompeuse et dupant admirablement bien le spectateur pantois dans les 20 dernières (à la grosse louche) minutes du film. Ainsi, le scénario demeure simple et le spectateur le suit sans encombre malgré l'apparition, comme dit avant, d'éléments perturbant jusqu'à cet excellent retournement de situation le désarçonnant complètement, et c'est là que l'on voit que Lynch nous a bernés durant tout le film pour nous offrir un récit dont il a le secret et qui prêtait et prête encore à de nombreuses interprétations, mais dont le scénario reste globalement compréhensible si nous ne nous sommes pas curés le nez devant Facebook durant une partie du film.
Nous n'atteignons pas ici la complexité de Lost Highway ou Inland Empire.

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L'idée du cliffhanger était risquée, surtout un truc pareil, mais ce fut payant. Par souci de ne pas gâcher le visionnage, je ne m'étendrai pas sur cette partie du film dont je vous laisse la surprise. Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur toute la mise en scène que l'on peut voir comme une parabole du monde hollywoodien fantaisiste dans lequel se déroule une histoire, elle aussi, fantaisiste. A la manière d'un Fellini faisant du cinéma dans le cinéma avec La Dolce Vitta, Lynch fait de l'art dans l'art avec son Mulholland Drive. Et ce ne sont pas les acteurs qui terniront le tableau avec Naomi Watts et Laura Harring illuminant le film par leur grâce, leur classe et leur sensualité qui atteindront leur point culminant durant cette fameuse scène lesbienne qui émoustillera nombre d'hommes derrière leur écran. Je passerai les détails bien sûr. Justin Theroux tire lui aussi son épingle du jeu en tant que réalisateur quelque peu impulsif pour nous offrir plusieurs séquences mémorables dont celle avec la voiture et celle dans sa villa. Je n'en dirai pas plus car Mulholland Drive ne mérite pas d'être trop raconté dans une chronique.

Tout ce que je peux dire, c'est que le film mélange avec une grande subtilité différents genres, allant du thriller au drame en passant par la comédie et l'épouvante pure. Comme je l'avais dit dans Inland Empire chroniqué il y a de cela bientôt 3 ans, Lynch sait terrifier et mettre mal à l'aise ses spectateurs là où nombre de réalisateurs n'arrivent pas rendre leur film d'horreur un minimum glauque quand ils en font un. En conclusion, Mulholland Drive mérite entièrement les éloges reçus par toutes les critiques enthousiastes à son égard. Lynch nous pond ici une prouesse d'un scénario d'une rare complexité, saupoudré d'un réel travail esthétique. Comme d'habitude, le réalisateur nous entraîne avec lui durant un long voyage au coeur de l'onirisme et de ces personnages tourmentés par la célébrité et ce besoin de gloire. De par sa construction, on peut clairement dire que la définition de cinéma sensoriel prend encore ici tout son sens. Riche en passages mémorables et à l'atmosphère posée sans réels temps morts, le long-métrage fascine et arrivé au générique de fin, on veut encore retrouver nos acteurs et les suivre dans leur histoire. Une belle pépite qui n'aura pas usurpé sa réputation de grand classique du cinéma malgré un côté difficile d'accès. Merci à vous Lynch.

 

Note : 18/20

 

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