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Genre : thriller, drame, horreur (interdit aux - 16 ans)
Année : 1999
Durée : 1h55

Synopsis : Aoyama, 42 ans, est producteur de films. Sa femme est décédée il y a sept ans, mais il vit toujours sa disparition avec difficulté. Un jour, suivant les conseils d'un vieil ami, Yasuhisa Yoshikawa, il décide de se remarier et organise une audition pour une série télévisée fictive afin de trouver sa nouvelle compagne parmi les candidates. L'une des dernières à se présenter, Yamazaki Asami, est une jeune femme d'une troublante beauté. Aoyama en tombe instantanément amoureux. Il la rappelle et dîne en tête à tête avec elle. Quelques jours plus tard, Aoyama lui téléphone à nouveau. Yamazaki est chez elle, prostrée dans l'obscurité. Elle est seule ou presque. Commence alors pour Aoyama une plongée vertigineuse dans un enfer sanglant, dont les retombées seront excessivement douloureuses. 

La critique :

La carrière de Takashi Miike débute dès les prémisses des années 1990 via plusieurs téléfilms. Dès 1994, Takashi Miike sort de l'anonymat avec Les Affranchis de Shinjuku. Le cinéaste se distingue par sa passion et sa fascination pour l'univers des yakuzas, comme l'atteste la sortie de la trilogie Dead Or Alive. En outre, difficile de répertorier Takashi Miike dans un registre en particulier.
En effet, le réalisateur se démarque par un style unique et hétéroclite, passant de l'horreur à la comédie et parfois par le domaine de la science-fiction. Cinéaste prolifique, il signe plusieurs oeuvres sulfureuses et scandaleuses. Ichi the Killer (2001), Visitor Q (toujours en 2001), Crows Zero (2007) et La Mort en Ligne (2003) lui permettent d'asseoir sa (quasi) suprématie dans le cinéma japonais.

Mieux, le nom de Takashi Miike commence même à s'exporter au-delà des frontières nippones. A l'instar de ses précédents films, Audition (1999) ne bénéficiera pas d'une sortie au cinéma. Mais le long-métrage se distinguera au festival du film international de Rotterdam et lors du festival Fantasporto. A nouveau, le métrage suscite à la fois les louanges et les quolibets.
Les contempteurs tancent une oeuvre gratuite et outrancière qui fait l'apologie de la vengeance et de la torture. A l'inverse, les fans de Takashi Miike s'amoncellent et exaltent les qualités esthétiques de ce film qui hésite entre thriller, drame et horreur. En l'occurrence, la distribution d'Audition ne réunit pas vraiment des acteurs très connus du grand public. Seule la jolie Eihi Shiina fait figure d'exception.

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On retrouvera l'actrice dans plusieurs productions notoires, notamment dans Tokyo Gore Police (Yoshihiro Nishimura, 2008), Outrage (Takeshi Kitano, 2010) et A day on the planet (Isao Yukisada, 2004). Viennent également s'ajouter Ryo Ishibashi, Tetsu Sawaki, Jun Kunimura et Renji Ishibashi. Attention, SPOILERS ! Aoyama, 42 ans, est producteur de films. Sa femme est décédée il y a sept ans, mais il vit toujours sa disparition avec difficulté.
Un jour, suivant les conseils d'un vieil ami, Yasuhisa Yoshikawa, il décide de se remarier et organise une audition pour une série télévisée fictive afin de trouver sa nouvelle compagne parmi les candidates. L'une des dernières à se présenter, Yamazaki Asami, est une jeune femme d'une troublante beauté.

Aoyama en tombe instantanément amoureux. Il la rappelle et dîne en tête à tête avec elle. Quelques jours plus tard, Aoyama lui téléphone à nouveau. Yamazaki est chez elle, prostrée dans l'obscurité. Elle est seule ou presque. Commence alors pour Aoyama une plongée vertigineuse dans un enfer sanglant, dont les retombées seront excessivement douloureuses. En vérité, Audition se divise en deux parties bien distinctes. La première s'apparente à un thriller psychologique nébuleux et complexe.
Takashi Miike se centre largement sur le quotidien fastidieux d'Ayoama, un quarantenaire veuf et à la recherche de sa nouvelle énamourée. Lors d'une audition, il s'acoquine et s'énamoure de la belle Yamazaki Asama, une jeune femme au passé mystérieux (je renvoie au synopsis).

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En l'état, difficile d'en dire davantage. Takashi Miike prend son temps pour planter le décor et ses personnages. A juste titre, les détracteurs pesteront et tonneront probablement après certaines longueurs et lenteurs superflues. Les amateurs de tortures porn outranciers sont donc priés de quitter leur siège et d'aller faire un petit tour. Certes, l'interdiction aux moins de 16 ans est amplement justifiée.
Mais il faudra patienter un long moment avant de voir la femme vengeresse s'effaroucher de son futur époux. C'est la seconde partie d'Audition. Le film marque alors une rupture rédhibitoire pour se transformer en huis clos anxiogène. Hagard, Ayoama découvre le passé de la jeune femme. Pour Takashi Miike, c'est l'occasion ou jamais d'explorer ses thèmes de prédilection : le viol, l'inceste, la vengeance, la psychopathie sous-jacente d'un personnage azimuté et une sexualité défaillante.

Mais le point culminant de cette sociopathie inhérente se trouve dans l'enfance martyre de cette héroïne atypique. Par certains aspects, Audition n'est pas sans rappeler la passion incandescente et destructrice de L'Empire des Sens (Nagisa Oshima, 1976), l'érotisme et la pornographie en moins. Mais Audition, c'est aussi cette solitude et ce silence qui semblent ronger intérieurement ses personnages.
Yamazaki Asama s'est confinée dans la solitude alors qu'Ayoama s'est cloîtré dans un quotidien dicté par le deuil et les longues moralines d'une société hédoniste et consumériste. Pour trouver sa nouvelle dulcinée, il devra exploiter les rouages et les roueries du capitalisme. Narquois, Takashi Miike déploie son sens inné de la mise en scène pour réaliser un film personnel. Audition pointe également cette dichotomie entre ce féminisme castrateur et ce phallus devenu flasque et incapable de séduire.
Bref, un tel film mérite sans doute plusieurs niveaux de lecture et d'analyse.

Note : 15/20

 

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