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Genre : Drame, thriller (interdit aux - 16 ans)

Année : 2002

Durée : 1h39

 

Synopsis :

Une jeune femme, Alex, se fait violer par un inconnu dans un tunnel. Son compagnon Marcus et son ex-petit ami Pierre décident de faire justice eux-mêmes.

 

La critique :

Aujourd'hui, mettons un peu de côté les USA, l'Angleterre ou le Japon et retournons dans cette chère patrie qu'est la France, réputée pour sa bien-pensance à outrance dans le cinéma et son dédain envers les films qui bousculent les codes préétablis par ce cinéma en perte de repères et davantage en chute libre. La bien-pensance et la retenue exagérée, au point que cela en devient ridicule, sont telles que chaque oeuvre de haute violence suscite irrémédiablement le scandale et toutes les injures et autres quolibets associés. Parfois, ces films passent relativement inaperçus et parfois, ils créent un gigantesque bordel à un point tel que les débats s'accumulent pour généralement pas grand-chose, mais allez expliquer ça aux vieux sensibles offusqués par la moindre scène violente.
C'est assez pathétique en la matière de se déchaîner à ce point sur un film sans savoir correctement l'analyser. Bref, je vous laisse deviner dans quelle catégorie Irréversible se trouve. Voilà un film dont j'avais déjà entendu parler du haut des 8 ans que j'avais à l'époque, c'est dire.

En clair, le réalisateur, Gaspar Noé, qui nous a auparavant gratifiés de Carne et de Seul Contre Tous, 2 films très joyeux (Ironie), et qui a pu se faire connaître grâce à ces films, a pu se targuer de réaliser l'un des films les plus controversés de l'an de grâce 2002 lors du festival de Cannes, où il fut présenté et sifflé sans ménagements. A sa sortie, les critiques se montreront très partagées car si certaines vantent les qualités indéniables du récit, d'autres crachent dessus en raison de l'immoralité qui y règne en maître. Le scandale émanera surtout du fameux long plan-séquence de viol de 9 minutes qui s'inscrira sans conteste comme l'une des scènes les plus marquantes du cinéma français.
Pour la petite anecdote, un violeur en série a indiqué avoir, à de nombreuses reprises, regardé ce film et s'être inspiré de la scène de viol avant d'avoir violé 15 femmes. Un vrai coup de génie qui mettra, comme dit avant, Gaspar Noé sous le feu des projecteurs, défrayant constamment la chronique comme on a pu le voir encore ici avec son dernier long-métrage du doux nom de Love

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Pour autant, le réalisateur est considéré, malgré d'intenses polémiques dans les milieux cinéphiles lui reprochant une violence traitée absurde, comme l'un des grands réalisateurs français contemporains. Sous ce parfum de scandale, est-ce que le film peut, au moins, être de qualité ou n'est-il qu'un beau pétard mouillé reposant sur du vent ? Réponse dans la chronique. ATTENTION SPOILERS : Après une soirée à l'ambiance torride gâchée par une dispute, Alex se décide à rentrer chez elle mais doit pour cela emprunter un long tunnel. En marchant, elle croise un homme agressant une prostituée et celui-ci, après coup, n'hésite pas à la maltraiter pour finir par la violer et la tabasser.
Pendant ce temps, son copain Marcus et son ex-petit ami Pierre partent à sa recherche mais tombent sur une ambulance transportant Alex dans un état critique. Désemparés par une situation qui les dépasse, ils tomberont rapidement dans une spirale de vengeance en décidant de faire justice eux-mêmes.

Par la simple lecture du synopsis, Irréversible indique d'entrée de jeu qu'il n'est pas le long-métrage bêtement violent mais un film éminemment complexe et riche en thématiques sociales qui font de celui-ci, une oeuvre fascinante à analyser. Et pourtant, c'était très mal parti au début avec cette séquence de 2 paumés dans une chambre d'appartement discutant de l'injustice de la vie, mais surtout de la manière de filmer par des pirouettes et autres 360° rendant le film imbuvable à regarder au début (je n'ose imaginer si le visionnage se serait fait au cours d'une soirée un peu trop arrosée).
Ca partait dans tous les sens sans que cela n'ait la moindre cohérence. Pour être honnête avec vous, le début fut un calvaire mais très rapidement, une fois cet "effet de style" assoupi, on se retrouve face à un récit passionnant se suivant sans le moindre temps mort. A ce niveau, on peut vraiment dire que Irréversible n'a pas usurpé son statut de film choc car le propos est cisaillant et malmène le spectateur balloté et entraîné avec nos 2 personnages dans une spirale de haine dont ils ne ressortiront pas indemnes. 

Gaspar Noé traite avec brio du thème de la justice personnelle inhérente en chacun de nous et renforcée par une absence totale de réelle justice d'Etat. On peut voir ces 2 hommes qui, très vite, vont critiquer les hautes instances de la Justice en disant qu'ils ne feront rien contre le violeur et que seule leur propre justice pourra apporter une finalité satisfaisante à leurs yeux. Face aux tragédies et aux mauvais traitements, on voit que l'homme est incapable de réfréner ses pulsions primaires et nourrit ce désir insidieux de faire le mal à son tour. De mémoire, une telle histoire de vengeance a rarement été aussi brutale que celle de Irréversible, posant aussi le débat du droit de vie et de mort sur un individu en chipotant un peu. En cause, je veux bien sûr faire référence à la séquence du crâne écrasé à coups d'extincteur dans une boîte gay louche et crade vue comme l'antichambre des enfers.
Une scène d'une brutalité rare assénant d'emblée de jeu un choc au spectateur qui est désormais persuadé que la réputation de film ultraviolent entourant cette oeuvre n'est pas infondée. Les bruits de craquements d'os et les plans filmés sur le crâne méconnaissable du personnage renforcent le caractère marquant de ce passage, d'autant plus que l'on peut voir une forme de soulagement sur le visage de Pierre qui impressionne.

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Noé, après avoir déjà asséné un premier uppercut au spectateur, continue sur sa lancée avec toute une succession de scènes où la violence est prépondérante et fait corps avec Marcus et Pierre possédés par la rage et le meurtre. Agressions physiques et verbales et injures ponctuent le film mais la surdose d'insultes devient vite harassante dans la première partie du film. Ce n'était pas très malin d'accompagner chaque phrase de 3 gros mots. Fort heureusement, cela ne durera pas. Mais pourquoi durant la première partie du film d'ailleurs ? Tout simplement parce que, un peu à la manière d'un Memento, Irréversible a été tourné à l'envers et que chaque scène suivante nous renvoie en arrière.
En gros, le film commence par la fin et se termine sur le début de cette dernière. Un procédé novateur selon Noé qui dira que cela permet d'arriver à un faux happy-end car "Emotionnellement, c'est une fin heureuse, rationnellement non". On ne peut que le rejoindre car cette mise en scène renforce le choc apporté par le film qui fout une sacré déprime après le visionnage.

Au fur et à mesure du film, une certaine forme de lumière et de douceur apparaissent et plus on avance, plus l'on voit ce couple heureux, insouciant et filant un parfait bonheur malgré quelques petits excès d'infidélité de notre cher Marcus et surtout cette longue scène de viol d'un réalisme saisissant, malmenant là encore le spectateur le transformant ni plus ni moins qu'en voyeur. Le thème du voyeurisme est ainsi mis en image faisant un parallèle à tous ces gens pris d'une curiosité malsaine à être attirés par le choc et le scandaleux. Le viol s'achèvera par un passage à tabac, là encore réaliste et particulièrement éprouvant à regarder, et Dieu sait que je ne suis pas une fine fleur.
Et c'est là que Noé transforme avec subtilité son thriller en véritable drame amoureux car dans la dernière partie du film, comme dit dans le paragraphe au-dessus, on voit ce couple et cet ex-petit ami rigolant dans l'insouciance et le bonheur le plus complet, alors que l'on sait déjà tout ce qui se passera par la suite. Le côté dramatique fonctionne à merveille car le film fait mal en voyant ces personnages touchants ne se doutant à aucun moment de l'enfer qu'ils subiront dans les prochaines heures. 

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Le final s'achevant sur une scène à la fois simple et belle en totale contraste avec le chaos visionné au début et qui donne raison à Noé quand il parlait de faux happy-end. Une dualité finement bien pensée et que l'on pourra aussi observer au niveau du rapport sexuel avec ce viol profondément immoral pour finir sur une touche de douceur entre Alex et Marcus dans leur lit avec un soleil illuminant leur chambre. C'est probablement, à mes yeux, le film qui m'aura le plus retourné comme une crêpe, transformant mon agacement du début lié à la manière de filmer en une fascination permanente durant tout le reste du film. Et ce n'est pas l'esthétisme du film qui donnera tort avec cette prédominance de rouge, peut-être synonyme de la violence omniprésente, et de lumières oranges apportant un vrai cachet, une réelle identité à Irréversible qui montre qu'il n'est pas seulement travaillé scénaristiquement mais aussi esthétiquement. Petite déception pour la bande sonore pas spécialement marquante (même si j'ai bien aimé la sono du DJ de la soirée). La prestation des acteurs sera, malheureusement en dent de scie.
Ainsi, Marcus, incarné par Vincent Cassel, sera, au début, tout ce qu'il y a de plus exaspérant avec sa manière de parler dans le style du vieux truand de cité. Pierre, incarné par Albert Dupontel, montrera à plusieurs reprises des problèmes de rythme et de manque de charisme.

On ne pourra, en revanche, rien dire sur Alex incarnée par Monica Bellucci, nous offrant une prestation à la fois sensuelle et d'une grande sensibilité. En conclusion, Irréversible peut vite faire mauvaise impression au début avec cette caméra que l'on imagine droguée mais très vite, la manière de filmer sera plus posée avec de nombreux plans américains bien construits. On a ici un film à la fois beau mais d'une cruauté qui n'a d'égal que la violence sans concession agressant le spectateur.
La construction scénaristique est faite de sorte à ce que le spectateur doit toujours se concentrer un minimum pour ne pas être un rien déboussolé dans cette remontée dans le temps. Cette mise en scène fait gagner en intensité toute la dimension tragique du récit en même temps que, à côté, Irréversible affiche un portrait sombre de la face cachée de chaque être humain, sans oublier les thématiques sociales liées à la vengeance, la psychologie humaine soumise aux drames et à la justice populaire. Un film malheureusement incompris de certaines critiques presse à la ramasse préférant la bonne vieille comédie populaire ridicule qu'un film mature et choc. Un film qui mérite à juste titre sa place dans la catégorie 2 de la liste des films chocs et violents du blog.

 

Note : 15,5/20

 

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