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Genre : Horreur, gore, trash, slasher (interdit aux - 16 ans au moment de sa sortie, interdit aux - 12 ans aujourd'hui)

Année : 1979

Durée : 1h30

Synopsis : Un groupe d'amis voyage tombe en panne d'essence sur une route de campagne isolée. Tandis qu'un des leurs est allé à la recherche d'une station-service, les autres sont recueillis par un homme étrange possédant chez lui un véritable musée de cire. Mais les adolescents ignorent encore que la mort rôde autour de ce curieux endroit.

 

La critique d'Alice In Oliver :

Lorsque l'on invoque le slasher, on songe invariablement aux sagas Vendredi 13, Halloween, Massacre à la Tronçonneuse, Chucky et A nightmare on Elm Street. Si la genèse de ce registre cinématographique acte et officialise sa naissance via Black Christmas (Bob Clark, 1974), on décèle déjà les tous premiers rudiments et les linéaments avec Le Voyeur (Michael Powell, 1960) et Psychose (Alfred Hitchcock, 1960). Mais c'est bien Black Christmas qui impose et érige la figure sociopathique du croquemitaine en amalgamant huis clos, horreur et home invasion anxiogène.
Narquois, John Carpenter réitérera peu ou prou le même syllogisme analogique via Halloween, la nuit des masques (1978). Seule dissimilitude et pas des moindres, le croquemitaine n'a pas vraiment de faciès et incarne le mal absolu.

Factieux et turpide, Michael Myers préfigure cette menace indicible qui vient subrepticement occire et assaillir des étudiants peu farouches. Seule la jolie Laurie Strode, une adulescente pudibonde, échappe de justesse au courroux du psychopathe écervelé. On retrouve également cette pruderie ostentatoire à travers A Nightmare on Elm Street et Vendredi 13. Dans le cas de Vendredi 13 (Sean S. Cunningham, 1980), les animosités se déroulent à la lisière de Crystal Lake. Cette fois-ci, le croquemitaine étrille et estampe des étudiants gouailleurs et ripailleurs.
Narquois, Sean S. Cunningham s'échine à mettre en exergue un tueur en série indicible et énigmatique. Ce dernier n'est autre que Madame Voorhees, une matriarche sévèrement courroucée depuis le décès de son fils Jason.

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Le corps de l'adulescent monstrueux git quelque part dans les tréfonds de Crystal Lake. Suite au succès pharaonique du premier Vendredi 13, il était logique que le jouvenceau revienne d'entre les morts pour étriller - à son tour - la caste estudiantine. Tel sera, par ailleurs, le principal apanage des chapitres consécutifs. Jason Voorhees devient une figure iconique du cinéma d'horreur. Et peu importe si le célèbre boogeyman est empalé, démembré, écartelé, anatomisé ou encore tuméfié. Durant les années 1980, le slasher est au faîte de sa gloire. 
A leur tour, Michael Myers, Freddy Krueger et autres Leatherface se délectent de jeunes éphèbes qu'ils estampent et étrillent avec une jubilation à peine dissimulée. Corrélativement, le public commence déjà se lasser de ces pellicules peu ou prou analogiques.

Dès la fin des années 1980, le slasher est en berne et peine à retrouver ses lettres de noblesse de naguère. Et c'est ce qu'a parfaitement compris Wes Craven. Plus personne ne semble en mesure de raviver un genre en désuétude. Alors autant s'ébaudir de ces mêmes préceptes qui ont marqué la quintessence du slasher entre la fin des années 1970 et le milieu des années 1980. C'est dans cette nouvelle dialectique que s'inscrit Scream (Wes Craven, 1996), un film d'épouvante qui fait voeu d'obédience à Halloween, la nuit des masques et autres Vendredi 13
La recette se révèle fructueuse, à tel point que Scream se transmute à son tour en saga opulente via trois nouveaux chapitres consécutifs. Mieux, le long-métrage de Wes Craven se décline en slasher prépubère via les succès concomitants d'Urban Legend (Jamie Blanks, 1999) et de Souviens-toi... L'été dernier (Jim Gillespie, 1997).

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Toutefois, rien de neuf à l'horizon si ce n'est que le slasher se contente de psalmodier les bonnes vieilles recettes de jadis. Preuve en est avec Tourist Trap, soit Le Piège dans l'idiome de Molière, et cornaqué par les soins de David Schmoeller en 1979. En outre, Tourist Trap constitue le second long-métrage du metteur en scène américain et succède à The Spider Will Kill You (1976), par ailleurs inconnu au bataillon et inédit dans nos contrées hexagonales. A postériori, David Schmoeller enchaînera avec Tele Terror (1982), Fou à tuer (1986), Catacombs (1988), Puppet Master (1989), The Arrival (1989), Netherworld (1992), The Secret Kingdom (1998), ou encore Please Kill Mr. Kinski (1999). On tient donc là un véritable parangon, ainsi qu'un honnête artisan du cinéma bis.
En l'occurrence, David Schmoeller peut escompter sur l'érudition de Charles Band, un autre expert chevronné de la série B.

Certes, Tourist Trap n'est probablement pas aussi célèbre que des titres tels qu'Halloween - La Nuit des Masques ou Massacre à la Tronçonneuse. Par ailleurs, le long-métrage est souvent auréolé par le substantif de slasher subsidiaire. A tort... Au fil des années, voire des décennies, Tourist Trap semble retrouver de la verve et de la superbe puisqu'il est régulièrement répertorié parmi les meilleurs slashers de la décennie 1970. De prime abord, le métrage de David Schmoeller écope d'une interdiction aux moins de 16 ans au moment de sa sortie.
Indubitablement, Tourist Trap ne badine pas avec le sadisme et dévoile ostensiblement le physique gracieux de ses interprètes féminins. Curieusement, cette réprobation sera minorée à postériori pour passer à une "simple" (si j'ose dire...) interdiction aux moins de 12 ans.

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La distribution du film se compose de Chuck Connors, Jocelyn Jones, Jon Van Ness, Robin Sherwood, Tanya Roberts, Dawn Jeffory, Keith McDermott, Shailar Coby et Linnea Quigley. Attention, SPOILERS ! (1) Une bande de jeunes californiens (répondant aux doux noms de Woody, Jerry, Molly et autres noms donnés dans les années 80 par des parents sevrés aux aventures de Bobby Ewing and co.) se baladent en jeep dans un coin paumé des USA et tombent en rade. Ils trouvent refuge dans l'oasis perdu de Slausen, du nom du propriétaire de cet hôtel désaffecté depuis qu'une route express a été construite. Ce Slausen (le grand Chuck Connors), vieil homme solitaire vivant dans le passé, leur fait une drôle d'impression... Une seule survivra (1). A l'aune de cette exégèse, le spectateur lambda pourra légitimement se montrer dubitatif. A fortiori, rien ne semble vraiment distinguer Tourist Trap des slashers habituels.

Pis, par certaines accointances, on peut également invoquer une sorte d'avatar de Massacre à la Tronçonneuse. Seule dissimilitude et pas des moindres, l'anthropophagie a été supplantée par des confections de masques de cire sur des visages humains. Par ailleurs, quelques décennies plus tard, ce didactisme morbide sera repris par La Maison de Cire (Jaume Collet-Serra, 2004), un autre slasher qui fait office de remake galvaudeux. Pourtant, nonobstant ses accointances avec Massacre à la Tronçonneuse, Tourist Trap parvient à se départir et même à essaimer une atmosphère poisseuse. Mieux, sous l'égide de Charles Band, David Schmoeller nous invite dans un voyage parmi les exhalaisons ténébreuses. Mission remplie et réussie en l'occurrence.
Si Tourist Trap ne parvient pas se hisser aux mêmes hauteurs stratosphériques qu'un Massacre à la Tronçonneuse, il peut néanmoins escompter sur un boogeyman particulièrement revêche et retors. Hélas, le film de Schmoeller n'est pas exempt de tout grief, le principal étant ces chutes de rythme récurrentes et hélas préjudiciables à la qualité de ce slasher. Toutefois, il faudrait se montrer plutôt rustre et vachard pour ne pas discerner les sérieux attributs de cette série B matoise.

 

Note : 14/20

(1) Synopsis du film sur : https://www.psychovision.net/films/critiques/fiche/771-tourist-trap

 

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La critique de Titi :

Le nom de David Schmoeller ne vous dit probablement pas grand-chose et pourtant, cet artisan des effets spéciaux est surtout connu pour avoir signé un film extrêmement réputé dans le genre, à savoir Fou A Tuer, avec Klaus Kinski en psychopathe. Mais, bien avant cela, le bonhomme a fait ses premiers pas dans la mise en scène avec une production de Charles Band, une rareté totalement oubliée et sortie à la fin des années 70, j'ai nommé Tourist Trap, aussi appelé Le Piège.
A l'époque, l'homme est encore inexpérimenté dans la réalisation malgré deux tentatives dans le court-métrage, laissant apparaître un goût pour les univers assez singuliers (notamment le premier, qui conte l'histoire d'une jeune femme voyant son environnement blanc et virginal menacé par un rat noir). 

Il faut dire qu'avec des amis comme Luis Bunüel ou Alexandro Jorodowski, difficile pour un cinéaste d'avoir un style singulier. Mais le jeune metteur en scène peut compter sur le soutien et l'expérience de son producteur et de ses comédiens, notamment Chuck Connors, acteur vu notamment dans des seconds rôles et dans des films comme Y-a-t-il Un Pilote Dans L'Avion ? ou Soleil Vert. On peut remarquer aussi la présence de Tanya Roberts, James Bond Girl dans Dangereusement Vôtre en 1985. Quant à la musique du film, elle est signée Pino Donaggio, dont les compositions pour des films comme Carrie de Brian de Palma, ou Piranha de Joe Dante, résonnent encore aux oreilles des béophiles.
Pour l'anecdote, David Schmoeller et le musicien s'entendront si bien sur le tournage qu'ils se retrouveront souvent par la suite.

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L'histoire est relativement simple. Durant l'été, un groupe d'amis en vacances crève un pneu au milieu d'une petite ville qui semble désertique. Pendant que l'un de leur copain est parti chercher une roue de secours dans une station-service, les filles du groupe passent le temps en faisant une petite baignade. C'est alors qu'apparait un habitant du coin, un homme étrange du nom de Monsieur Slausen, qui leur propose de venir visiter son musée de cire.
Le groupe se laisse rapidement convaincre, mais ne sait pas qu'il vient de s'engager pour une nuit qui s'annoncera cauchemardesque. Ce petit résumé vous semble rempli de clichés et déjà vu mille fois ? En effet, il l'est. Sauf que la présence de David Schmoeller, qui a également participé au scénario, va en faire quelque chose de totalement inattendu.

A travers cette trame basique (inspirée d'un épisode de la série The Twilight Zone), le jeune metteur en scène va en profiter pour affirmer son goût pour les univers étranges et un peu tordus. Ca commence dès la première scène avec un jeune homme trop curieux, qui pénètre dans une des pièces d'une station-service. L'endroit est rempli de mannequins. Le garçon se retrouve alors enfermé et voit les mannequins s'agiter les uns après les autres dans une sorte de foire macabre. 
Puis, c'est au tour d'une armoire de se mettre à gigoter avant qu'un morceau de ferraille ne vienne en finir avec le jeune homme. Car l'une des particularités du film, c'est que le tueur possède des pouvoirs télékinésiques, ce qui le rend encore plus dangereux puisqu'il n'a pas besoin de bouger pour éliminer ses victimes.

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En témoigne la scène où celui-ci reste assis face à une fille qui voit progressivement les mannequins s'animer. Ponctué par une musique qui hésite entre le burlesque et le mystère, le film propose énormément de moments particuliers où la présence des mannequins dégage un sentiment de malaise. Bien sûr, le film n'est pas exempt de défauts, comme la fameuse identité du tueur masqué qui se devine facilement mais pour autant, il possède un coté singulier et assez unique, ajouté à de nombreuses idées bien barrées, qui rendent ce Tourist Trap atypique. 
Je terminerai en signalant l'excellent jeu de Chuck Connors, absolument parfait en psychopathe tour à tour charmant et complètement dérangé. Bref, si vous voulez un film d'horreur original, je ne peux que vous conseiller ce Tourist Trap, qui reste une rareté à redécouvrir d'urgence.

Note : 16/20

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