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Genre : Comédie noire, drame, thriller (interdit aux - 12 ans)

Année : 2010

Durée : 1h47

 

Synopsis :

Dans l’enceinte d’un cirque, les singes crient sauvagement dans leur cage tandis qu’à l’extérieur, les hommes s’entretuent sur la piste d’un tout autre cirque : la guerre civile espagnole. Recruté de force par l’armée républicaine, le clown Auguste se retrouve, dans son costume de scène, au milieu d’une bataille où il finira par perpétrer un massacre à coup de machette au sein du camp national. Quelques années plus tard, sous la dictature de Franco, Javier, le fils du clown milicien, se trouve du travail en tant que clown triste dans un cirque où il va rencontrer un invraisemblable panel de personnages marginaux, comme l’homme canon, le dompteur d’éléphants, un couple en crise, dresseurs de chiens mais surtout un autre clown : un clown brutal, rongé par la haine et le désespoir, Sergio. Les deux clowns vont alors s’affronter sans limite pour l’amour d’une acrobate, la plus belle et la plus cruelle femme du cirque : Natalia.

 

La critique :

Aujourd'hui, nous voici à nouveau pour un nouveau rendez-vous avec le cinéma hispanique qui n'a eu de cesse de se démarquer depuis de nombreuses années, surtout en ce qui concerne le cinéma d'horreur, avec quelques grands noms tels que la saga des REC (où nous ne retiendrons que les 2 premiers) ou encore La Secte sans Nom, pour ne citer que ceux-là. De fait, l'Espagne s'est taillée au fur et à mesure du temps une certaine reconnaissance et sympathie des amateurs d'oeuvres violentes au scénario travaillé (si... si ça arrive) et à l'innovation certaine qui fait que nombres d'entre elles remporteront des prix dans les grands festivals. A toute cette liste d'oeuvres plébiscitées, nous pouvons désormais rajouter le curieux et déjanté Balada Triste de son vrai nom hispanique Balada Triste de la Trompeta, réalisé par Alex de la Iglesia connu entre autres, pour avoir réalisé Le Jour de la Bête, déjà chroniqué sur le blog, Le Crime Farpait ou encore Mes Chers Voisins.

Nanti d'un beau petit budget de 7 millions de dollars, le film sera présenté dans divers festivals et récoltera de prestigieuses récompenses comme le Lion d'argent du meilleur réalisateur à la Mostra de Venise, ou encore le Méliès d'or au festival international du film de Catalogne. On pourra aussi rajouter la bagatelle de 18 nominations à ce Balada Triste suivi de critiques assez élogieuses. En gros, tout ce qu'il faut pour plaire et qui démontre les qualités certaines d'un réalisateur nous ayant pondu un film d'une originalité certaine, où la comédie noire cohabite avec la folie pure.
Qu'il en soit ainsi, nous pouvons à présent passer à la critique de cette oeuvre. ATTENTION SPOILERS : En pleine Guerre civile espagnole, un clown est recruté de force par les troupes républicaines. Cruel, il massacre des combattants nationalistes à coup de machette avant d'être arrêté puis détenu. Il ne laissera qu'une consigne à son fils, un gage ultime de bonheur : la vengeance. Des années plus tard, son fils, Javier, devenu clown à l'instar de son père est engagé dans un cirque dominé par Sergio. Nous sommes à la fin de l'ère franquiste, en 1973. Les deux clowns, l'un triste, l'autre Auguste, vont se livrer une bataille mortelle pour conquérir le cœur d'une belle acrobate, Natalia.

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Quel étrange et original synopsis que voilà où ce bon vieux Alex de la Iglesia se fait un malin plaisir à nous larguer dans l'étrange monde du cirque et tous ses personnages plus farfelus les uns que les autres ! Comme une critique le mentionne sur la pochette du film, on tient assurément là l'un des films les plus originaux de cette année 2010. Non content de nous faire évoluer dans l'univers du cirque, le réalisateur transpose son histoire dans une des plus cruelles périodes de l'histoire contemporaine espagnole qui n'est autre que la période où les franquistes, avec à leur tête le colonel Franco, contrôlaient l'Espagne, surtout rendue célèbre par le massacre de Guernica.
Peu de films ont traité cette période de l'histoire et autant dire que nous sommes directement plongés dans l'histoire où celle-ci démarre lors de la 2ème guerre mondiale avec ses bombes, ses soldats républicains en pleine insurrection enrôlant de force une troupe de cirque et les soldats du gouvernement les prenant en chasse. Ce passage ne durera que très peu car très vite, le reste de l'histoire aura lieu après la guerre, mais dans un pays toujours gouverné par Franco. 

L'idée d'y intégrer une dimension historique était osée mais inutile de rechercher ici et là une crédibilité historique certaine car jusqu'à preuve du nouvel ordre, Franco ne s'est jamais fait mordre par un clown complètement cinglé. Un point qui fâchera sans doute ceux qui s'attendaient à un minimum de reproduction historique, mais il n'en sera rien car Balada Triste repose avant tout sur un énorme trip déjanté ne se souciant que très peu de la crédibilité de cette période. On aime ou on n'aime pas, mais c'est souvent le principal reproche entendu au sujet de ce film.
Néanmoins, il serait bien réducteur de voir en ce film, une oeuvre maladroite car malgré tout, le long-métrage exerce une curieuse attraction sur le spectateur qui, tout en étant lancé dans une histoire abracadabrante, assistera aux différentes exactions de l'époque avec au programme les traditionnelles exécutions sommaires de tout régime fasciste qui se respecte, les arrestations violentes sans mobile préalable et le contrôle des médias. 

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Si De la Iglesia ne fait pas de reproduction historique fidèle, il parvient à critiquer et à montrer ce qui se passait à cette époque. Bien sûr, un point accessoire qui pourra encore fâcher car Balada Triste ne cherche pas à réellement dénoncer les méfaits de l'époque. Ce n'est de toute façon pas son but. De même, le film brasse de nombreux genres et n'hésite pas à mélanger habilement la comédie noire, le drame, le thriller ou encore la folie pure, où des séquences brutales et d'une violence assez marquée, sont tournées en ridicule au point que nous finissons par être amusés, à l'image de Javier effondré sur la cible du jeu et tabassé à coup de marteaux de fête foraine parce que Sergio voulait un cadeau en même temps qu'il se vengeait de voir sa dulcinée entre les mains de ce clown triste.
Balada Triste se pare de nombreuses séquences délirantes où le grotesque est tel qu'il parvient presque à mettre mal à l'aise comme dans la séquence du massacre à la machette par le clown au début du film. Si l'appellation "comédie" caractérise effectivement le long-métrage, il est nécessaire de se rendre compte que nous ne tenons pas là une comédie tout public.

Plus que tout, le film ne lésine pas sur la violence avec ces soldats massacrés à la machette, des personnages tabassés au marteau, à la trompette (vous avez bien lu !), au crochet, moult fusillades, supplices individuels et j'en passe. On ne pourra pas dire que Balada Triste n'a pas volé son interdiction aux - 12 ans. Le réalisateur crée un climat glauque et froid où la violence en est rendue presque comique voire jouissive mais surtout stylisée, et ce ne sont pas les plans, les cadrages, l'esthétisme et les maquillages qui seront en reste car toute la dimension artistique est traitée de manière plus que correcte. La dimension du spectacle est omniprésente et curieusement cohérente bien que, encore une fois, le grotesque est disséminé à tous les étages. Autant dire tout de suite que le film n'est pas à prendre au sérieux, ce que vous aurez sans doute deviné.

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Comment ne pas aborder la dimension artistique sans faire référence à la prestation des acteurs avec cette Natalia, incarnée par Carolina Bang, à la fois sensuelle, sensible et d'une beauté radieuse s'énamourant de Sergio, incarné par Antonio de la Torre, plus que crédible dans le rôle de ce clown bipolaire tantôt joyeux et amoureux (dans le bon sens du terme, je précise) des enfants et tantôt ivre, agressif voire psychopathique ? Javier, le personnage principal incarné par Carlos Areces, tire aussi son épingle du jeu sous les traits d'un clown à la personnalité complexe rongée par la tristesse, la vengeance et une folie latente qui explosera arrivé à la moitié du film, pour faire place à un clown psychopathe complètement incontrôlable. Ces deux personnages, Javier et Sergio, se voueront une haine féroce qui pourrait curieusement rappeler ces deux camps, les franquistes et les révolutionnaires.
Deux anti-héros avec d'un côté, un clown machiavélique et manipulateur et de l'autre, un clown assoiffé de meurtre et de vengeance.

En conclusion, Balada Triste est décidément une oeuvre bien étrange qui pourrait être apparentée à un gros mixeur rempli de genres différents, le tout aboutissant à un style unique en son genre à la fois burlesque mais glauque, et qui n'est pas sans rappeler Killer Joe, où l'on retrouvait déjà des scènes bien malsaines, si elles étaient prises au premier degré, tournées de manière à en faire des séquences hilarantes. Un gage de réussite bien que l'on pourra pester sur une reproduction historique détournée à 360°, des personnages externes au trio assez peu attachants et sur une fin qui s'éternise un peu.
Pour autant, De la Iglesia a plus que correctement rempli son cahier des charges en nous livrant une comédie poisseuse et violente qu'il serait bon de ne pas mettre entre les mains des jeunes enfants, dont certains doivent être encore hantés par le clown tueur de Ca. Décidément, le thème clownesque détourné de manière malsaine n'a pas encore dit son dernier mot.

 

Note : 15/20

 

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