shock corridor

Genre : Drame / Suspense (Interdit aux - 12 ans)

Année : 1963

Durée : 1h41

L'histoire : Un journaliste ambitieux projette de s'immerger dans un asile psychiatrique pour démasquer l'auteur d'un meurtre qui s'y est déroulé. Préparé par un psychiatre et avec la complicité de sa compagne, il se fait arrêter puis interner tout en continuant à simuler des troubles mentaux. Mais, alors que son enquête avance, l'environnement dans lequel il évolue, commence à générer chez lui un état de confusion mentale qu'il peut de moins en moins maîtriser.

La critique :

Attention, film culte et une référence majeure pour de nombreux cinéphiles et cinéastes (dont Alexandre Courtès qui s'en ait inspiré pour son premier long métrage, The Incident), j'ai nommé Shock Corridor réalisé par Samuel Fuller en 1963 ! C'est au début des années 1940 que le réalisateur écrit une première ébauche du scénario sous le titre de The Lunatic, mais il abandonnera le projet pour le reprendre plusieurs années plus tard, motivé par le succès de la pièce Vol Au Dessus D'Un Nid De Coucou. Tourné en une petite dizaine de jours, Samuel Fuller dirige des comédiens peu connus, la plupart étant issus du western, comme Constance Towers qui avait joué dans Les Cavaliers au côté de John Wayne. 
Pour l'anecdote, durant le tournage, le réalisateur détruisit la quasi totalité de ses décors dans un des passages les plus apocalyptiques du film, manière de s'assurer que les producteurs ne pourraient pas lui faire tourner des scènes additionnelles et ainsi lui faire modifier son film.

L'histoire est celle de Johnny Barrett, un journaliste en quête d'un scoop pouvant lui permettre de décrocher le prix Pullitzer. Aidé de son patron, d'un médecin et de sa fiancée, il décide de s'infiltrer dans un asile psychiatrique où deux meurtres se sont produits. Seule la compagne de Johnny craint pour la santé de son concubin et lui fait part de ses doutes, mais le journaliste est trop avide de gloire pour y prêter attention et la jeune femme a droit à un odieux chantage de la part du patron de Johnny. 
Finalement, elle accepte de coopérer et se rend à la police en prétendant que son frère (le journaliste, donc) l'a agressée. Johnny joue si bien la comédie qu'il parvient à être interné dans l'établissement tenu par le Dr Cristo.
Déclaré obsédé sexuel mentalement dérangé (le journaliste fait croire à un fantasme sur sa prétendue soeur), il commence son enquête parmi les patients de l'hôpital.

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Mais peu à peu, le milieu dans lequel il évolue, pèse sur sa santé mentale et le journaliste commence à sombrer lui-même dans la folie, au grand désespoir de sa fiancée, impuissante. Avec Shock Corridor, Samuel Fuller réunit la plupart de ses thèmes fétiches : le journalisme, la folie et le racisme, pour une oeuvre se déroulant dans un décor unique (le fameux asile) où le spectateur assiste à une plongée dans la folie rarement aussi bien retranscrite. 
Le réalisateur se permet toutes les audaces visuelles, comme lorsqu'il fait apparaître la compagne de Johnny en version miniature à côté de lui, traduisant ainsi une des peurs du journaliste, celle d'être abandonné par la femme qu'il aime. 
De la même manière, si la majorité du film est en noir et blanc, Samuel Fuller utilise la couleur lors de scènes traduisant les visions de certains patients. 

On a ainsi droit à des inserts en Technicolor tirés d'un projet tourné quelques années auparavant par le réalisateur au Brésil, et finalement abandonné. A sa sortie, le film connut de nombreux problèmes, pas étonnant quand on sait que le réalisateur y aborde des thèmes assez tabous en Amérique, comme les ravages de la guerre au Vietnam, le danger nucléaire et surtout la xénophobie avec ce personnage noir se confectionnant des cagoules du Ku Klux Klan dans des taies d'oreiller, et hurlant les mêmes propos racistes auquel il a eut droit durant son enfance et sa jeunesse : “L'Amérique est devenue un asile d’aliénés” disait Martin Scorsese, une manière on ne peut plus juste de définir ce très grand film qu'est Shock CorridorUne oeuvre choc, profonde et sans concession mais surtout une plongée vertigineuse dans la folie et la paranoïa d'un monde, dont le réalisateur ne se gêne pas d'en dévoiler les failles.
Bref, un très grand film, culte à plus d'un titre. 

Note : 18/20

titi Titi