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Genre : Drame (interdit aux - 16 ans)

Année : 1999

Durée : 1h36

Synopsis : Pour Tom et ses quinze ans, la zone de guerre se trouve au coeur même de sa famille. Ni pauvre ni riche, apparemment heureuse. Lorsque la famille quitte Londres pour la campagne du Devon, Tom se trouve confronté à la solitude et à l'ennui. Mais rien ne peut le préparer à la découverte du secret qui lie son père à sa soeur, Jessie, âgée de dix-huit ans.

La critique :

De nombreux acteurs tentent, un jour ou l'autre, de se frotter à l'exercice difficile de la réalisation, mais certains amplifient encore la difficulté en choisissant des sujets brûlants et tabous. C'est notamment le cas de Bill Paxton avec Emprise, mais également de Tim Roth, qui, pour son premier long-métrage, choisit un thème assez casse gueule et peu traité au cinéma : l'inceste. Il adapte ici un roman d'Alexander Stuart et choisit, comme protagonistes principaux, deux jeunes comédiens qui n'avaient jamais joué dans un film jusqu'ici : Lara Belmont et Freddie Cunlife.
Pour l'anecdote, à l'origine, le premier accompagnait simplement un ami à l'audition où il a été repéré et la seconde travaillait dans un marché aux puces. Ils sont donc entourés par Ray Winstone et Tilda Swinton. 

A noter qu'on trouve également dans un petit rôle un certain Colin Farrell, encore tout jeunot et dont le temps d'apparition à l'écran se limite à quelques minutes. Le scénario s'articule autour de Tom, un adolescent Anglais de quinze ans ayant quitté Londres avec sa famille pour venir s'installer dans un petit bled perdu, à l'intérieur d'une maison isolée. Dans cet endroit coupé de tout contact extérieur, le garçon s'ennuie profondément et n'a pour seule distraction que de longues balades en vélo. 
En plus, sa mère est enceinte et tout le monde attend avec appréhension ou excitation la naissance du futur bébé. L'ambiance est donc plus à l'inquiétude, mais la famille tente malgré tout de maintenir un semblant d'harmonie. Un soir, Tom est témoin d'une scène qui va totalement briser son quotidien : son père est dans la baignoire avec Jessie, la soeur du garçon qui n'a qu'un an d'écart avec lui, et se livre à des ébats sexuels sur elle.

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Dès lors, le film se divise en trois parties distinctes. En premier, après avoir découvert l'horrible vérité, Tom va essayer de faire parler sa frangine qui essaie de nier la situation, parce qu'incapable d'assumer pleinement ce qui se passe et tentant de la refouler dans la douleur. De son côté, l'adolescent est tiraillé entre deux options : révéler l'insupportable vérité à sa mère et briser sa famille ou se taire avec la rage au ventre. La seconde partie commence lorsque Tom découvre son père en train d'imposer une sodomie à sa fille, tout cela caché dans un vieux bâtiment abandonné. 
C'est l'ignominie de trop. L'adolescente laisse éclater sa souffrance devant son frère et commence à s'automutiler, comme lorsqu'elle demande à Tom de lui brûler les seins avec un briquet. 

Enfin, la dernière partie voit Tom tout avouer à sa mère et faire face au comportement lâche et écoeurant du père qui nie en bloc. Dans ce rôle difficile, Ray Winstone est tout simplement parfait. Car ce personnage de patriarche pourrait aussi bien être votre voisin ou un proche, c'est-à-dire un "monsieur tout le monde" dont vous ne soupçonnez jamais la vraie nature. C'était d'ailleurs la volonté du réalisateur et du comédien de faire de ce personnage un individu "normal", ni violent ni issu d'un milieu défavorisé. On peut remarquer également que Tim Roth ne montre jamais la sexualité sous un jour favorable, notamment dans une scène où Tom est sur le point de vivre sa première expérience avec une femme plus âgée. Un parti pris en accord avec ce que vivent les deux adolescents et surtout Jessie. 
Les deux jeunes interprètes sont tout bonnement excellents. On sent également que Tim Roth a soigneusement pensé sa réalisation. Au final, The War Zone est un film très dur dont il est difficile de se remettre, porté par une ambiance sans espoir où même la naissance d'un bébé ne suffit pas à apporter la félicité. Une oeuvre sombre, terrible, avec des scènes parfois insoutenables (la fameuse scène de viol où le père insiste pour que sa fille se retourne parce qu'il ne veut pas la prendre par devant), et que Tim Roth accentue via une musique quasi absente, ce qui rend l'ambiance encore plus étouffante. Bref, The War Zone est un très grand film sur un sujet difficile mais essentiel. 
Une oeuvre pour laquelle j'avoue avoir eu un véritable coup de coeur.

Note : 17/20

titi Titi