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Genre : Policier, fantastique, thriller (interdit aux - 12 ans)

Année : 1992

Durée : 2h15

 

Synopsis :

La mort mystérieuse de Teresa Banks dans la tranquille petite ville de Twin Peaks va donner bien du fil à retordre aux agents Dale Cooper et Chester Desmond qui vont mener une enquête en forme de charade et découvrir que bien des citoyens de la ville sont impliqués dans cette affaire. Un an plus tard, ce sont les sept derniers jours de Laura Palmer, qui se termineront par la mort brutale de cette dernière, annonçant ainsi le début de Twin Peaks, le soap opera.

 

La critique :

Aujourd'hui une autre chronique pour un autre film de l'univers fascinant de David Lynch, réalisateur controversé du septième art passionné de rêves et de psychologie et fréquemment traité de fumiste ou de prétentieux personnage, à l'origine de titres très connus comme Eraserhead, Blue Velvet (bientôt chroniqué) et Mulholland Drive pour ne citer que eux. On pourra également venir rajouter son long-métrage Twin Peaks : Fire Walk With Me sorti en 1992 et au tournage oh combien éprouvant, en plus d'être controversé voire mal aimé chez tous les fans invétérés de la série culte mais peu accessible, donc Twin Peaks (dont je commence personnellement la saison 2).
Pour autant, il est assez surprenant de voir que peu font mention de cette oeuvre quand on parle de David Lynch, un peu comme si il a voulu être caché, rendu indésirable.

Pour parler un peu du film, sachez que ça sera chaotique dans la réalisation. Tout d'abord, certains acteurs jouant des rôles importants dans la série ne seront pas présents dans le film. Ca sera notamment le cas de Lara Flynn Boyle (Donna Hayward), Sherilyn Fenn (Audrey Horne) et Richard Beymer (Benjamin Horne). Sherilyn Fenn déclarera que la deuxième saison s'était égarée et que cela l'avait déçue, ceci expliquant qu'elle ne participera pas au tournage. Les scènes impliquant son personnage sont alors supprimées du script et celles avec Benjamin Horne ne seront pas tournées.
Lara Flynn Boyle est quant à elle remplacée par Moira Kelly toujours pour interpréter Donna Hayward. Kyle MacLachlan est également réticent pour les mêmes raisons évoquées par Sherilyn Fenn. On annonce ensuite que le film ne se fera pas mais finalement, MacLachlan accepte de tourner à condition que ses interventions soient réduites. On réécrit le scénario en conséquence. 

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L'enquête sur le meurtre de Teresa Banks, initialement prévue pour Dale Cooper, est attribuée à un autre agent du FBI. Ainsi, ce film marque l'arrêt de la collaboration entre Lynch et MacLachlan jusqu'à la saison 3 de Twin Peaks tournée en 2016. Comprenez bien que ce film sera une catastrophe pour les nerfs de Lynch et maintenant passons à la critique. ATTENTION SPOILERS : Dans une bourgade du Nord des Etats-Unis, le corps d'une jeune fille de 17 ans, Teresa Banks, est découvert flottant sur une rivière. Le FBI enquête. Dale Cooper, un agent, a des visions prémonitoires qui l'amènent à craindre qu'un meurtre identique ne se produise bientôt dans la même région.
Un an plus tard, à Twin Peaks, la charmante Laura Palmer mène une double vie. Etudiante modèle le jour, cette toxicomane invétérée erre la nuit dans des lieux mal famés et se prostitue pour se procurer de la drogue. Elle devient la proie d'hallucinations et de cauchemars dans lesquels elle est agressée par un individu terrifiant.

Vous l'avez donc bien compris, ce projet d'une préquelle sur les sept derniers jours de Laura Palmer fut très risqué, le film s'aventurant sur un terrain miné et ça n'a pas raté car nombre de spectateurs ont été déçus ou décontenancés devant l'aspect bien plus expérimental du récit. Il est vrai que Fire Walk With Me navigue sur un chemin différent en se montrant bien plus difficile d'accès que la série, en cause un côté expérimental bien plus prononcé. De fait, le scénario plus nébuleux que la série, comme c'est l'habitude avec Lynch, présente quelques particularités scénaristiques qui pourra en agacer certains.
C'est là que l'on se rend compte que Fire Walk With Me n'exploite pleinement son potentiel qu'en étant pris à part. La principale idée est de voir ce film comme une oeuvre isolée et on pourra dire que c'est un défaut gênant (voire très) pour les nombreux puristes, et c'est plus que compréhensible, de la série.

Si, comme dit avant, on ne regarde que le film alors on sera forcé de reconnaître que le travail suscite le respect en gardant le spectateur enveloppé dans une ambiance irréelle et indescriptible d'un village bien mystérieux et ce, malgré un scénario où la confusion est parfois présente. C'est bien simple, on détecte directement le style Lynchien rien qu'en regardant les images avec ces couleurs chatoyantes, avec une prédominance de rouge rappelant le feu, et donc le titre du film.
Plus encore, l'ambiance sonore aux tonalités tantôt jazzie, comme durant cette très belle séquence où Laura allume sa cigarette en tournant le dos à son amie (voir l'image au-dessus) et tantôt sombres avec son lot de bruitages et de sons distillant un certain malaise.

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Le malaise est justement le principal ressenti quand nous visionnons un film de Lynch et Fire Walk With Me n'échappe pas à la règle. Comme toujours, nous avons ce contraste évident entre l'aspect visuel chaleureux et l'atmosphère étrange et malsaine où l'on retrouvera de nombreuses séquences digne de l'épouvante. La scène où Laura Palmer est dans sa chambre et se rend compte qu'il y a quelque chose derrière la porte en est un exemple ou même les quelques séquences se déroulant dans la chambre rouge sont plus déstabilisantes qu'autre chose.
Un mystère permanent plane tout au long et le traitement de l'ambiance nous hypnotise devant une mise en scène posée mais de très bonne facture. A vrai dire, on ne voit pas le temps passer si nous rentrons pleinement dans le récit.

De même, la performance des acteurs est toujours un point à souligner dans les films du réalisateur car on a fréquemment un bon travail à ce niveau et ici, on retrouve davantage cet état de fait. Sheryl Lee incarnant Laura Palmer est tout simplement ravissante et a un charme pour le moins déstabilisant en plus de nous offrir le portrait d'une fille complexe, perturbée voire presque bipolaire avec ses qualités d'étudiante modèle se transformant en prostituée toxicomane la nuit.
C'est un peu comme si la nuit mettait en évidence la part sombre du personnage et de fait, la nuit a un certain symbolisme sur la psychologie instable de Laura Palmer. Les autres acteurs, à savoir bien sûr Kyle MacLachlan, malheureusement trop peu présent pour les raisons évoquées au début, Moira Kelly, Ray Wise, Frank Silva incarnant le monstrueux Bob et bien sûr Michael J. Anderson incarnant l'étrange nain vêtu de rouge délivreront une prestation honorable. On notera également la présence du regretté David Bowie.

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Ce que l'on peut remarquer aussi est une certaine forme d'expressionnisme se dégageant de plusieurs personnages importants qui utiliseront beaucoup leurs expressions faciales pour délivrer des messages clairs et précis. Laura Palmer offre différents visages comme quand elle écarquille fortement les yeux pour suggérer une angoisse, chose très efficace amplifiant le malaise, elle fronce les sourcils et peut arborer un sourire radieux. L'étrange Bob n'hésite pas lui aussi à se montrer fort inquiétant avec son visage psychopathique quand il sourit.
Ce sont des détails très infimes, certes peu convaincants, mais qui ont toujours une microscopique part d'importance dans une chronique. En conclusion, je dois avouer avoir un peu moins de choses à dire sur Fire Walk With Me que sur les autres films de David Lynch que j'ai chroniqués, en cause une difficulté plus accrue que je ne le pensais à le chroniquer.

Non pas que le film soit déplaisant, loin de là, il est au contraire hypnotique grâce à une ambiance onirique habituelle, dont Lynch a le secret, se déroulant dans un village en apparence paisible mais cachant bien des vices. Ceux appréciant l'univers typique de ce réalisateur seront en terrain conquis avec une photographie léchée et lumineuse, un travail sonore précis et un récit onirique où cauchemar et mélancolie se tiennent par la main. Une oeuvre qui reste et restera controversée dans sa filmographie mais qui est un bijou d'ambiance et d'esthétique malgré une trame parfois trop confuse.
Comme dit avant, Fire Walk With Me ne doit se voir que comme une oeuvre à part de la série car le traitement reste un peu trop différent pour le relier suffisamment au traitement dont la série a fait l'objet. Beaucoup diront que le film n'apporte rien à la série mais honnêtement, le charme et l'envoûtement sont présents. A vous de voir (et bien sûr, impossible de noter ce film).

 

Note : ???

 

orange-mecanique Taratata