Threads

 

Genre : science-fiction, anticipation, "documenteur" (interdit aux - 16 ans)
Année : 1984
Durée : 1h50

Synopsis : Une famille anglaise tente de survivre à une attaque nucléaire sur la Grande Bretagne.

La critique :

Notre monde serait menacé, un jour ou l'autre, de destruction et de néantisation totale. Une thématique qui va largement inspirer le noble Septième Art dès 1916 avec le bien nommé La Fin du Monde (August Blom). Puis, en 1931, deux ans avant l'apogée du nazisme en Allemagne, le réalisateur Abel Gance signe un film homonyme. Par la suite, il faudra attendre 1951 et Le Choc des Mondes (Rudolph Maté) pour voir notre société à nouveau péricliter sous une pluie d'astéroïdes.
Puis, en 1965, Peter Watkins signe une pellicule qui va marquer durablement les persistances rétiniennes. Son nom ? La Bombe (The War Game de son titre original). Tourné comme un documentaire, le long-métrage analyse les écueils et les corollaires d'une bombe atomique frappant l'Angleterre.

Le film inspire plusieurs générations de cinéastes, ainsi que de nombreux succédanés, notamment Le Jour d'Après (Nicholas Meyer, 1983) et surtout Threads (Mick Jackson, 1984). A l'instar de The War Game, Threads est lui aussi une production britannique produite et financée par la chaîne BBC. Le film a également pour vocation d'analyser et de sonder les effets délétères de conflagrations nucléaires qui s'abattent sur le Royaume-Uni. En ce sens, Threads pourrait presque être considéré comme un remake ou une séquelle de La Bombe. Diffusé pour la première fois en 1985, pour marquer le triste quarantième anniversaire de l'attaque d'Hiroshima et de Nagasaki, Threads suscite évidemment les foudres de la censure. Honni, voué à l'opprobre et aux gémonies, le film de Mick Jackson disparaît plus ou moins des radars et sombre dans les affres des oubliettes.

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Plusieurs raisons sont pérorées par la Commission de Censure. Le film serait beaucoup trop violent, radical et brut de décoffrage. Ensuite, Threads n'épargne pas les gouvernements internationaux. Qu'ils soient britanniques, russes, orientaux ou américains, tous en prennent pour leur grade et leur matricule. In fine, le métrage s'ingénie à décortiquer les conséquences de telles attaques bien des années après les premières déflagrations, montrant une population réduite à quia et à de vulgaires cacochymes. En vérité, Threads est souvent considéré comme le ou l'un des meilleurs films post-apocalyptiques, en tout cas le plus nihiliste et le plus réaliste. Une gloriole qu'il partage avec La Bombe et Le Jour d'Après, déjà précités. Inutile de mentionner le casting, à moins que vous connaissiez les noms de Karen Meagher, Reece Dinsdale, David Brierly, Rita May, Nicholas Lane et Jane Hazlegrove, mais j'en doute.

Attention, SPOILERS ! (1) Le récit se concentre sur deux familles de Sheffield et commence deux mois avant l'attaque nucléaire. Le spectateur peut voir leur façon de vivre ainsi que leurs réactions lors du déclenchement des hostilités et son escalade apocalyptique. Il pourra y voir également la place du Royaume-Uni sur le pied de guerre et les débuts des bombardements stratégiques tout autant qu'il pourra suivre la manière de réagir des membres des deux familles, ainsi que leur décès, de même que les conséquences médicales, économiques, sociales, et écologiques d'une guerre nucléaire (1).
Certes, ceux qui ont vu La Bombe pourront peut-être tonner et pester après le "documenteur" de Mick Jackson. Si Threads s'inspire énormément du film de Mick Jackson, il se détache néanmoins de son auguste épigone.

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Comme l'indique le synopsis, le long-métrage se focalise sur deux familles de Sheffield. Ainsi, la première partie du film plante à la fois le décor, ses protagonistes et un contexte international houleux. Pendant plus d'une heure, Mick Jackson décortique une situation de tension nucléaire qui s'inscrit directement dans cette paranoïa d'une Troisième Guerre Mondiale. Hélas, l'angoisse devient réalité.
Une voix-off, celle du narrateur, commente régulièrement les faits. En réponse au bloc soviétique, le Royaume-Uni, solide allié des Etats-Unis, réplique. Malheureusement, l'horreur ne tarde pas à frapper les différentes villes britanniques. En raison de son budget anomique, Threads élude tout effet spectaculaire. Toutefois, la fameuse séquence de conflagration reste un modèle de terreur rarement égalé. C'est la seconde partie du film.

Dès lors, Mick Jackson analyse les premiers jours post-mortem (si j'ose dire) ou plutôt post-atomique. Plus que les nuages radioactifs, ce sont les retombées chimiques qui provoquent des maladies graves, telles que la dysenterie chronique, puis la peste et le choléra. Dans ce monde en plein marasme, Ruth Beckett, une citoyenne lambda, est enceinte. Son compagnon est porté disparu, probablement soufflé par la tempête atomique. La jeune femme voit ses proches et sa famille se déliter et exhaler leur dernier soupir. L'eau et la nourriture sont devenues des denrées rarissimes.
Désormais, ces précieuses victuailles sont prodiguées par l'armée. Ainsi, le gouvernement britannique (tout du moins, ce qu'il en reste) instaure la loi martiale et un régime autocratique pour calmer les ardeurs d'une population affamée. .

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Quant aux réseaux électriques, ils sont désormais obsolètes et ne permettent plus aucun contact avec l'extérieur. Plusieurs mois se sont écoulés et Ruth donne naissance à sa fille, Jane. Après des années de maigres subsistances et d'errances dans le pays, Ruth succombe dans les décombres d'une ville atomisée et sous les yeux émoussés de sa fille, désormais juvénile. Ainsi, Threads se conclut sur la treizième année après les premières frappes nucléaires.
Plus qu'une analyse sociologique sur la fin du monde et d'une nation en particulier, le film psychanalyse un capitalisme qui s'adapte à cette situation de conflagration globale. Pour assainir les populations, les gouvernements instaurent des régimes militaires et totalitaires. En outre, aucun refuge ni aucune démocratie ne parviennent à s'instaurer, même plusieurs années après les déflagrations nucléaires. La populace est laissée à la dérive. Si elle ne crève pas de faim ni de froid, elle est condamnée par les retombées radioactives ou par des infections mortelles.
Bref, on tient là un documenteur choc, d'une violence inouïe et à réserver à un public particulièrement averti.

 

Note : 17.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver