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Genre : Thriller, drame (interdit aux - 16 ans avec avertissement)

Année : 2011

Durée : 2h15

 

Synopsis :

Un agent secret recherche le serial killer qui a tué sa fiancée

 

La critique :

Troisième chronique du cinéma coréen présentée aujourd'hui avec un nouveau film au doux nom de I Saw The Devil (ou J'ai rencontré le Diable, dans nos contrées). A savoir que, à l'origine, le titre était Ayeoldae voulant dire littéralement "Nuit Subtropicale". Que soit, depuis de nombreuses années, le cinéma coréen s'est distinguée grâce à ses thrillers et polars noirs très souvent beaucoup plus violents que ce que nous sommes habitués avec notre cinéma plus autocensuré par des réalisateurs qui ont peur de transgresser les lois, et de voir leurs films choquer un plus grand nombre en plus d'être plus difficilement exploitables par les exposants des salles de cinéma.
Sans oublier non plus les critiques toujours plus hostiles avec la grande violence cinématographique mais en même temps, on aurait peu de torts à leur donner quand on a un scénario reposant sur du vide. Bref, le film présenté ici et sorti en 2011 de la main de Kim Jee-Woon, qui nous a déjà fourni plusieurs grands films comme Deux Soeurs ou A Bittersweet Life, s'est très vite distingué dans de nombreux festivals en empochant plusieurs nominations et récompenses. De fait, il remportera 3 prix au festival international du film fantastique de Gérardmer.

On pourra aussi mentionner qu'il a remporté le prix du meilleur montage à l'Asian Film Awards en 2011 et un corbeau d'or au festival international du film fantastique de Bruxelles. Je passerai outre les autres nominations et récompenses sous peine de devoir faire 4 paragraphes d'introduction et rendre ma chronique imbuvable. Mais tout ceci pour vous montrer le potentiel et le pedigree impressionnant de I Saw The Devil, désormais entré au panthéon des grands classiques du cinéma coréen.
Néanmoins, ce titre rencontrera plus de difficultés à être exploité en France en raison de la censure exercée par le comité de classification coréen (KMRB) et sera repoussé de 1 an à cause de sa violence, ce qui explique la date 2011 alors que le film était sorti logiquement en 2010. Maintenant, passons à la critique.

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ATTENTION SPOILERS : Soo-hyun, jeune agent des services secrets sud-coréen, se lance à la poursuite du tueur en série qui a tué sa fiancée alors enceinte, avec en tête un plan de vengeance aussi diabolique que l'est le criminel avec ses victimes. Il récupère la liste des quatre principaux suspects de la police. Il torture les deux premiers pour s'assurer qu'ils ne sont pas responsables. Lorsqu'il s'introduit chez le troisième suspect, Kyung-chul, il découvre la bague de sa fiancée. Il met alors en œuvre son projet de vengeance. On peut clairement voir ici que nous sommes face à une histoire pour le moins sombre, machiavélique et torturée. Bienvenue pour une plongée en enfer dans I Saw The DevilKim Jee-Woon brosse des thématiques pour le moins passionnantes !
En effet, il est question ici de justice personnelle d'un individu désemparé face à la mort de sa fiancée et convaincu que la justice ne pourra jamais exercer efficacement son rôle pour infliger une douleur similaire au calvaire des victimes de ce tueur. Le sentiment de vengeance a rarement été aussi incisif et puissant tant cette thématique a été rendue choquante par la descente aux enfers que subira Soo-hyun.

Ainsi, celui-ci, jeune agent des services secrets intègre et qui filait le parfait bonheur, va complètement se transmuter et devenir une bête enragée avide de tortures, de violence et de sang. Le personnage intègre s'efface et laisse la place à un psychopathe prenant du plaisir à torturer le bourreau de sa fiancée. Le réalisateur semble prouver que la vengeance personnelle inscrite en chacun de nous n'est pas une solution et que seule la souffrance et la monstruosité en découleront, l'individu se plaçant au même niveau que le tueur. Pire encore, celle-ci n'a pas de réelle finalité et ne pourra jamais réparer les dégâts causés. A ce sujet, ce long-métrage marquera durablement le spectateur avec une fin puissante et désespérée en parfaite adéquation avec la tonalité sombre et glaciale d'un scénario très travaillé, où chaque mécanique est parfaitement bien huilée.
On ne pourra que saluer l'énorme travail de Park Hoon-jeong, réalisateur de New World chroniqué il y a quelques jours, pour avoir créé une telle trame.

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Le scénario est sans temps morts et ne s'éternise jamais malgré la longue durée de 135 minutes, vitale pour apporter une grande consistance à la fois au scénario et à nos 2 personnages absolument époustouflants de par une prestation puissante et crédible. Lee Byung-hun, incarnant Soo-yun, nous offre une grande prestation d'un individu au visage innocent et calme, mais cachant en lui une énorme tristesse et rage qui le font sombrer très rapidement dans une violence dont il perdra très vite le contrôle. Le grand Choi Min-sik incarnant le psychopathe est pour le moins la grande star du film tant il est fascinant et d'une inhumanité à choquer même le plus endurci des cinéphiles.
Son absence totale d'empathie et de considération envers le genre humain font froid dans le dos à l'image de cette séquence mémorable du meurtre de la fiancée de Soo-yun exécutée avec une froideur telle qu'on l'a rarement vue à l'écran.

On parlera moins des autres personnages tous éclipsés pour ne laisser la place qu'à un duel entre 2 monstres et ce n'est pas la réalisation globale du film qui ternira le tableau. La manière de filmer laisse apparaître de grands espaces où l'on peut déceler tout mouvement et même dans les moments d'agitation et de poursuite, la caméra ne partira jamais en vrille pour laisser un résultat vomitif. La musique devient vite étouffante et intense, histoire de prendre davantage le spectateur par la gorge, sans oublier les décors assez variés où l'on jongle entre la ville même, un entrepôt désaffecté qui n'est autre que le repère du tueur en série et des décors naturels offrant de très beaux paysages.
Concernant la polémique à propos de la violence du récit, si celle-ci est somme toute ridicule, on ne pourra pas dire que le long-métrage ne lésine pas sur la violence. Les tortures et les actes de violence sont d'une brutalité assez effrayante entre démembrements, viols et passages à tabac.

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A ce sujet, et comme dit avant, I Saw The Devil s'enorgueillit de nombreuses séquences marquantes comme cette très douloureuse séquence pour la gente masculine lors de la rencontre avec le premier suspect, ou encore cette séquence dans la villa luxueuse d'un cannibale déguisé, séquence qui apportera son lot de jolis plans de l'anatomie humaine dans toutes ses coutures. Vous avez compris, le film n'a absolument pas usurpé son interdiction aux moins de 16 ans et la mention "avec avertissement" ne sera pas de trop non plus. En conclusion, I Saw The Devil mérite très largement sa réputation de grand classique du cinéma coréen. Le réalisateur nous pond une oeuvre d'une noirceur et d'une violence rares pour un film de ce genre en se permettant des excès qui, à aucun moment, ne verseront dans le putassier et l'envie de faire du gore pour du gore. Tous ceux s'attendant à un vulgaire torture porn peuvent donc traverser leur chemin car plus qu'une vengeance extrême, I Saw The Devil est avant tout une aventure humaine intense où l'émotion dépasse la raison, et dans laquelle on se retrouve face à une terrifiante dénonciation de la part sombre de chaque être humain lorsque celui-ci se retrouve face à un choc trop important.
Face au malheur, toutes les barrières morales s'effondrent pour ne laisser que la place à la destruction et la mort et croyez bien que le happy-end et l'espoir sont déjà balayés d'emblée dès les premières minutes, ce qui en fait un film assez difficile d'accès pour les adeptes d'un cinéma joyeux et niais, où les gentils triomphent toujours car il n'y a tout simplement aucune once de gentillesse dans ce récit. Bref, je ne peux que sévèrement recommander cette oeuvre à tous les amateurs de thriller et de polar qui verront en ce film bien plus que de la violence mais une réelle complexité.
Ce serait bien une hérésie de passer à côté même si le sang nous rebute.

 

Note : 17/20

 

 

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