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Genre : Aventure, drame, action

Année : 1954

Durée : 3h27

 

Synopsis :

Au Moyen-Âge, la tranquillité d'un petit village japonais est troublée par les attaques répétées d'une bande de pillards. Sept samouraïs sans maître acceptent de défendre les paysans impuissants.

 

La critique :

Cette fois-ci, j'ai décidé de m'attaquer à un très gros poids lourd du genre. Non seulement car il fut réalisé par l'un des plus grands réalisateurs de tous les temps mais qu'il s'agit sans trop de doute de son plus grand film. Le réalisateur derrière ce projet, vous l'aurez compris, est Akira Kurosawa, réalisateur de pas moins de 30 films avec entre autres, Rashomon, Sanjuro ou encore Les Salauds Dorment en Paix. La presque totalité de ses oeuvres sont considérées comme des bijoux du cinéma asiatique, ce qui n'étonnera personne de savoir que Kurosawa fut le cinéaste japonais le plus célèbre et le plus influent de l'histoire. Actuellement, il jouit d'un culte auprès d'un très grand nombre de cinéphiles.
Sa réputation est telle qu'il reçut un Oscar d'honneur pour ses accomplissements qui ont diverti le public mondial et influencé les cinéastes du monde entier, qu'il fut nommé asiatique du siècle dans la catégorie "Arts, Littérature et Culture", et qu'il fut considéré comme l'une des 5 personnes ayant le plus contribué à l'épanouissement de l'Asie durant les 5 dernières années.

Parmi tous ses films, Les Sept Samouraïs, présenté aujourd'hui, est fréquemment cité comme le point culminant de sa carrière. Une carrière surtout marquée à cette époque par la réalisation de chanbara, films de samouraïs, dont il fut le représentant majeur. Pour autant, remettons nous maintenant dans le contexte de l'époque. Nous sommes dans les années 50 et rares sont les films japonais à être distribués en Occident, ceux de Kurosawa faisant figure d'exception car ils semblent suffisamment proches des traditions du cinéma européen. Les Sept Samouraïs est ainsi le premier véritable succès d'un film japonais en Occident. Le film est d'ailleurs un tel succès qu'il connaît par la suite de nombreuses sorties dans le monde entier, mais cette fois-ci, en version intégrale à partir des années 80 et différentes adaptations.
En effet, il fut distribué au début dans des versions écourtées de peur que les spectateurs s'ennuient durant la très longue durée de la séance. Au Japon, le film sera disponible dès sa sortie en version intégrale avant d'être également exploité dans une version écourtée mais néanmoins moins raccourcie que celle disponible chez nous. 

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Que soit, aujourd'hui, cette oeuvre est devenue un très grand classique du cinéma et est régulièrement citée parmi les meilleurs films de tous les temps au côté de titres comme Citizen Kane, 12 Hommes en Colère ou encore Sueurs Froides. L'heure est venue à la chronique de ce monument. ATTENTION SPOILERS : Au temps du Japon médiéval, les guerres entre clans plongent le pays dans le chaos et les paysans tentent de survivre, accablés par la famine et des groupes de bandits les rackettant.
L'un de ces villages de campagne manque de subir une de ces attaques, mais les brigands rebroussent chemin au dernier moment lorsque l'un d'eux se rend compte qu'ils ont déjà pillé le village l'année passée. Le répit est cependant de courte durée, les bandits décidant de revenir après la prochaine moisson. L'un des paysans, Yohei, surprend leur conversation et va avertir les autres villageois. Tandis que certains sont prêts à tout donner aux pillards au risque de mourir de faim, Rikichi, lui, en appelle à prendre les armes.

Sur les conseils de Gisaku, l'ancien du village, le conseil décide finalement de recruter des samouraïs sans maîtres pour leur venir en aide. Bref, nous voici emporté dans l'univers du Japon médiéval, plus précisément à l'époque Sengoku (16ème siècle), époque fascinante des samouraïs mais oh combien éprouvante pour des petites gens régulièrement la cible de bandits malintentionnés. C'est dans ce contexte qu'évolue Les Sept Samouraïs qui est sans aucun doute le plus grand chanbara sorti à ce jour, où l'aventure se mêle à l'héroïsme et à une analyse rigoureuse de la morale et de l'éthique humaines.
A ce sujet, le réalisateur nous livre un univers fascinant et d'une grande richesse. En gros, nous sommes complètement plongés dans une autre époque aux moeurs et trains de vie très différents, où la vie des hommes en complète harmonie avec la nature est caractéristique.

On sait parfaitement bien que Kurosawa est un grand passionné de la nature qu'il voit sacrée et au-dessus de n'importe quel homme. Ceci sera prouvé dans Dersou Ouzala mais cette thématique est déjà traitée. On ne peut qu'être complètement baveux devant cette mise en scène d'une très rare majestuosité où chaque plan semble avoir été rigoureusement pensé. Cela atteindra des sommets durant des séquences de personnages évoluant en pleine nature, séquences étant un véritable régal pour les yeux. De mémoire, Kurosawa est l'un des très rares réalisateurs dont la mise en scène est aussi belle et précise.
La nature est sublimée de A à Z, tant les cours d'eaux que les arbres ou la moindre parcelle d'herbe. Si on ajoute en plus des musiques d'époque apportant davantage de consistance au film, on a là une grande leçon de cinéma dont bien des réalisateurs actuels devraient analyser.

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Comme je l'ai dit auparavant, sous ses airs d'aventure, Les Sept Samouraïs est avant tout une formidable épopée humaine et une grande analyse sociale. Kurosawa est un éternel humaniste et cela se ressent lorsqu'il met en scène ces 7 samouraïs sans maître aux convictions profondes. Ils ne les transmutent pas en héros mais les montrent comme des personnalités aussi simples que Monsieur et Madame Tout le Monde. La simplicité est d'ailleurs bien ce mot clignotant en permanence à l'écran. Kurosawa ne glorifie pas les samouraïs, ne les transforme pas en surhommes capables de maîtriser des situations impensables telles que l'on peut observer dans les séries B et autres blockbusters.
Surtout, il montre que ces hommes ne sont pas non plus immortels. Sa mise en scène est très naturelle, sans artifices mais, comme dit avant, d'une beauté à couper le souffle.

Là où les villageois, bien plus nombreux, se montreront peureux voire lâches, les samouraïs se montrent humbles, sympathiques et proches du peuple. Un grand travail a été effectué pour créer ce cinéma naturel et très proche de la réalité. Face au malheur et aux menaces, le réalisateur prouve que seule l'union fait la force et qu'il faut se battre pour triompher des épreuves de la vie. Des thématiques qui pourraient être un peu naïves au premier abord mais qui, paradoxalement, deviennent touchantes.
C'est ça la magie du cinéma de Kurosawa. Là où nombre de réalisateurs se seraient cassés la gueule en beauté, on obtient de la main de ce génie un traitement proche de la perfection. L'un des principaux points qui a le plus inquiété et inquiète bien sûr encore les spectateurs, est la durée astronomique de plus de 200 minutes, propulsant ce film parmi les plus longues heures du cinéma, je précise, classique (le record étant attribué au méconnu Modern Times Forever et sa durée de 240h). 

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Rassurez-vous, le scénario est sans temps mort et la mise en scène est à la fois dynamique et contemplative. Il ne fait aucun doute que Kurosawa s'est inquiété de cela et a dû travailler son oeuvre en conséquence pour ne pas provoquer des somnolences dans la foulée. A peu de choses près, l'immersion est quasi totale et on a cette impression que les 3h30 se sont transformées en 2h30. De même, si le film est un exemple à suivre et a été étudié en conséquence dans toutes les grandes écoles de cinéma, on notera 2-3 soucis dans la prestation de plusieurs samouraïs qui seront effacés par les meneurs principaux. On aurait aimé avoir sept samouraïs avec un réel charisme et qui parviennent tous à procurer un grand intérêt, en plus de se montrer indispensables dans leur combat contre les brigands.
Certaines prestations trop éclipsées entachent très légèrement le visionnage mais sans que ça nuise au grand plaisir de cette oeuvre. Notons l'interprétation de Toshiro Mifune, grand chouchou du réalisateur, absolument inattendue dans la peau de Kikuchiyo se rêvant samouraï mais n'appartenant pas à cette caste.

Cachant sa véritable identité, il se montrera imposteur et vantard mais révèlera une profondeur étonnante voire insoupçonnable. Après, il est évident que l'on pourra parfois être exaspéré de sa prestation d'un faux samouraï semblant avoir été bourré aux amphétamines et communiquant avec des grimaces mais, curieusement, on en vient à le trouver touchant. En conclusion, je ne vais pas laisser durer le suspense plus longtemps car Les Sept Samouraïs, nanti d'un budget colossal de 500 000 $ (pour l'époque bien sûr), n'a de loin absolument pas usurpé sa réputation d'un des plus grands films de tous les temps. Possédant une mise en scène visuelle tout bonnement somptueuse, on tient là un récit d'aventure passionnant de villageois confrontés à l'adversité et à une situation qui les dépasse.
Un traitement qui aurait pu être tout bonnement catastrophique dans les mains d'un réalisateur quelconque, mais qui se transforme en un chef d'oeuvre entre les mains d'un réalisateur comme Kurosawa. Qu'on se le dise, ce film apporte ses lettres de noblesse au cinéma asiatique qui est définitivement l'un des cinémas les plus travaillés et les plus complets de tous les temps. A ne louper sous aucun prétexte. 

 

Note : 18/20

 

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