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Genre : Comédie, inclassable (interdit aux - 16 ans)

Année : 1972

Durée : 1h32

 

Synopsis :

Divine vit dans une roulotte aux Etats-Unis. Objet de nombreuses convoitises, elle use de tous les moyens pour défendre sa gloire. Elle revendique en effet le titre de l'être le plus immonde de la Terre.

 

La critique :

Aujourd'hui, on s'attaque à du sérieux et à un très gros poids lourd du cinéma underground. Son nom ? Pink Flamingos issu de la "belle" plume du réalisateur culte John Waters en l'an de grâce 1972. Il démarra, après quelques courts et moyens métrage, sa carrière avec Mondo Trasho, un film au doux titre qui imposait déjà les bases de son style, à savoir de la débauche et de l'obscénité étant affichées comme fers de lance. Devant cet accueil plutôt encourageant, naquit ensuite Multiple Maniacs, mais 1972 s'imposera vraiment comme l'année phare pour ce réalisateur puisque Pink Flamingos lui permettra d'atteindre le succès et la gloire d'un public totalement abasourdi par sa création.
Remettons-nous dans le contexte de l'époque, une époque en pleine libération sexuelle où tout était permis et où les Midnight Movies, impossibles à être mis à l'affiche en journée, voyaient débarquer toujours plus de curieux. Très vite, ce film sera érigé au rang de monument du cinéma underground au côté de titres comme The Rocky Horror Picture Show ou Eraserhead.

Aujourd'hui, il a atteint le statut de film culte chez de nombreuses personnes s'étant essayées au style de ce cinéaste, disons-le, unique en ce monde. De plus, de nombreuses anecdotes croustillantes entourent ce film qui verra Waters traîné en justice pour obscénités. De plus, son film sera dédicacé à 3 des membres de la tristement célèbre famille Manson. Ce qui sera confirmé lorsque Divine parcourra les rues de Baltimore et passera devant un mur où est tagué "Free Tex Watson XX" soit "Libérez Tex Watson", l'un des membres de la Famille et également bras droit de Charles Manson lui-même.
Rajoutons aussi que ses déambulations dans les rues provoqueront l'émoi des personnages masculins pas conscients qu'elle était en train d'être filmée, une séquence à mourir de rire plus par l'aspect marginal que l'aspect de pin-up qu'il/elle prend à ce moment-ci. Passons maintenant à la chronique de ce génial OFNI.

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ATTENTION SPOILERS : L'histoire se déroule dans les années 1970 à Baltimore. Divine, qui pour se cacher de la police se fait appeler Babs Johnson, vient d'emménager dans une caravane avec sa mère Edie, simple d'esprit qui ne vit que par amour des œufs, son fils Crackers aux moeurs sexuelles particulières, et leur amie Cotton qui a tendance au voyeurisme. Ensemble ils mènent une vie tranquille, jusqu'au jour où Divine est nommée par un magazine « l'être vivant le plus dégoûtant de la planète ». C'est alors que Connie et Raymond Marble, un couple de fétichistes tout aussi abjects, empreints de jalousie, va chercher par tous les moyens à détrôner Divine.
Les Marble gèrent un trafic d'enfants. Ils kidnappent de jeunes femmes qu'ils font féconder par leur majordome et les séquestrent le temps de la gestation, pour ensuite revendre les bébés à des couples lesbiens. L'argent ainsi gagné leur sert à financer un réseau de dealers vendant de l'héroïne dans les écoles. Raymond est également exhibitionniste. Pour accomplir leur dessein, ils vont tout d'abord engager Cookie pour espionner Divine. 

Inutile de mentionner que l'on ne tombe pas sur un synopsis, semblant avoir été réalisé sous LSD, de ce genre tous les jours. Vous voici désormais plongés dans l'un des films les plus barjes du cinéma où le mauvais goût atteint des sommets stratosphériques et reste, encore maintenant, du quasi jamais vu dans le circuit cinématographique traditionnel. Waters brosse le portrait de personnages tous plus répugnants les uns que les autres entre une Divine obscène tant par son habillement que ses mimiques, une abrutie dont la seule passion dans la vie sont les oeufs, un fils zoophile, une charmante blonde voyeuriste et un couple de fétichistes à la coloration douteuse.
Qu'on se le dise, le réalisateur crée des personnages avec une réelle identité, des personnages qui sont travaillés et que l'on en vient à trouver terriblement attachants tant le traitement proposé fait mouche. Sous ses airs d'abjecte composition, Pink Flamingos se montre être très attachant grâce aux prestations désopilantes de ses acteurs avec bien sûr l'acteur fétiche, Divine, du réalisateur mais aussi David Lochary, Mink Stole et Edith Massey pour ne citer que eux.

Mais la prestation ne suffit pas et Waters le sait en créant un scénario sans temps morts, ne tournant jamais à vide et sujet à multiplier les séquences les plus bizarres, les plus outrageantes au point que l'on a envie de se récurer le corps à l'eau de Javel après le visionnage. Le réalisateur ne se refuse strictement aucune excentricité entre le cannibalisme, la zoophilie sanglante, les séquestrations et mauvais traitements, le vomi, la fellation incestueuse, le voyeurisme et la scatologie. Mention à la séquence de Divine dégustant un étron de chien qui est strictement authentique donc sans les moindres effets spéciaux.
Pour autant, si tout ce panel peu ragoûtant peut être sujet à dégoûter le spectateur, il n'en est rien car le tout prend une dimension comique voire hilarante cassant absolument le côté trash qui en ressortirait. Certes, le film est une comédie trash mais pas au point de réellement choquer car toute l'oeuvre est du 36ème degré à elle seule.

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On a ici un film qui se vit véritablement et où s'ajoutent, déjà à un scénario étrangement fascinant, de nombreuses séquences mémorables qui abasourdiront le spectateur noyé sous un flot de mauvais goût et d'obscénité. On citera, parmi celles-ci, la scène inoubliable de Divine et son fils léchant tout le mobilier des Marbles quand ils ne sont pas là, la séquence poétique du cul chantant ou ce rapport zoophile abominable avec des poulets égorgés et fourrés dans le vagin de la pauvre espionne le tout avec Cotton se masturbant par la fenêtre. Inutile d'en dire trop car ce film se doit d'être découvert sans trop de spoilers, dont les rares ne serviront qu'à inciter ceux qui n'ont pas encore eu le "privilège" de se jeter dessus. Pour autant, Pink Flamingos n'est pas si idiot que ça et se pare même de certaines critiques acides envers la société, à commencer par ces journalistes appelés pour une exécution publique et qui filmeront les détails en gros plans, dans la bonne humeur pour faire grimper l'audimat et procurer toujours plus de sensationnel auprès d'une population tout aussi débile que les personnages principaux.
Plus encore, dans une interview, Divine scandera que la passion pour le mauvais goût fait chaque jour de plus en plus d'adeptes. Une manière pour John Waters de mettre en lumière une population ayant de moins en moins d'éthique, de moins en moins de respect pour soi-même et se vautrant clairement dans la fange de sa propre médiocrité. Un propos très cru mais qui prouve que cette oeuvre a une idéologie sous-jacente si on tente d'aller au-delà de la dégueulasserie omniprésente.

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Rien n'est beau dans ce film et même le visuel des décors ne transpire aucun bon goût. L'image a été rendue quelque peu salie, les rues de Baltimore sont grises et ternes, les arbres sont rachitiques et sans feuilles et même les habits des personnages sont laids. On pourrait qualifier Pink Flamingos de repoussoir visuel, mais dont l'attraction est quasiment immédiate et surtout puissante du début jusqu'à la fin. Waters offre aussi quelques jolies chansons en contraste total avec la tonalité du récit, dont le grand classique d'époque "The Girl Can't Help It" durant la promenade de Divine dans les rues.
Pour autant, jamais la caméra ne s'emballe et filme toujours correctement ses personnages et l'action. Aussi bien en scénariste qu'en metteur en scène et photographe, John Waters se débrouille plus que bien.

En conclusion, on sera bien forcé de dire que Pink Flamingos n'a absolument pas usurpé ses 2 statuts, à savoir de grand classique du cinéma underground et de film culte. Ce film est l'antithèse totale du bon goût où la crasse, la vulgarité, la provocation et l'obscénité sont affichées en porte-étendard d'un style revendiqué et complètement assumé qui, logiquement, ne plaira pas à tout le monde. Une succession de scènes à la fois abjectes et mémorables qui feront tomber sous le charme ceux qui n'ont pas peur de tenter ce titanesque crachat à la face de la bien-pensance.
C'est une insulte à l'art cinématographique au point que tourner un film de ce genre serait absolument impossible à notre époque et pourtant, on adore et on en veut encore. Voilà une belle prouesse de ce réalisateur de porter un réel intérêt à un scénario débile dont on pourra pester un côté vintage un poil trop dépassé, mais ça serait bien dommage de faire le difficile et de ne pas tenter cette expérience unique d'un réalisateur unique lui aussi. A noter que l'entrevue de 15 minutes avec le réalisateur concernant ce film apporte davantage de profondeur et une nouvelle facette du film grâce aux scènes coupées où l'on en apprend un peu plus sur le scénario.

 

Note : 16,5/20

 

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