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Genre : Policier, drame, thriller (interdit aux - 12 ans)

Année : 1986

Durée : 1h55

 

Synopsis :

Épaulée par son amie Sandy, Jeffrey, un jeune homme, mène son enquête concernant une oreille humaine trouvée dans un terrain vague. Il croise sur son chemin Dorothy Vallens, une mystérieuse chanteuse de cabaret.

 

La critique :

L'air de rien, Blue Velvet est l'un des derniers films, issus de l'imagination sans limite de Lynch, chroniqués sur ce blog. David Lynch, aussi fascinant que pompeux pour d'autres, le réalisateur qui divise autant qu'il fascine. Cet étrange réalisateur a toujours eu une place de premier plan sur ce site compte tenu du trait fortement expérimental caractérisant la quasi-totalité de son oeuvre. La quasi-totalité ? Oui car il arrive que de temps en temps, Lynch sorte un film différent de ce qu'il a l'habitude de faire, un film où le scénario est sur un rail fixe et sans capacité d'interprétations multiples.
Blue Velvet est justement un de ceux-là et il n'est donc guère étonnant qu'il soit un des rares à ne pas autant diviser la critique et qu'il soit justement recommandé quand on veut se lancer dans la filmographie du réalisateur. 

Plus encore, ce film est devenu, comme beaucoup du réalisateur, un film culte aujourd'hui et a été auréolé de récompenses dont seuls les plus grands films peuvent se targuer d'en avoir. En effet, il est sur la liste des 100 plus grands films jamais réalisés par Entertainment Weekly en 1999 et sélectionné par le American Film Institute comme un des 10 meilleurs films à énigme jamais réalisé. Pourtant, le film aura eu un parcours assez difficile. En cause, Lynch sortant d'un échec commercial et de la mauvaise réputation de Dune, il décida de développer un film plus personnel qu'il considère aujourd'hui comme justement le plus personnel de sa carrière puisqu'il est en partie autobiographique.
De même, beaucoup d'acteurs et producteurs qu'il a approchés pour jouer les rôles principaux ont refusé compte tenu du caractère violent et fortement sexuel. Il est aussi bon de savoir que le film fut drastiquement raccourci car le premier montage durait 4h. Pour autant, à sa sortie, s'il fut un échec commercial, les critiques seront élogieuses et un nombre très impressionnant de récompenses et de nominations seront au rendez-vous. L'heure est venue de chroniquer le film.

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ATTENTION SPOILERS : Jeffrey, rentrant chez lui après une visite à son père malade, découvre une oreille humaine en décomposition dans un champ. Jeffrey amène immédiatement sa trouvaille à l’inspecteur Williams et fait ainsi la connaissance de sa fille, la jolie Sandy. Poussé par la curiosité et un certain goût pour le mystère, Jeffrey va mener l'enquête avec elle pour découvrir à qui appartient cette oreille et ce que cache cette histoire macabre, derrière la façade apparemment innocente de Lumberton. Cette investigation va le plonger dans un milieu étrange et sordide où évoluent, entre autres, Dorothy Vallens, une chanteuse de cabaret psychologiquement fragile, et Frank Booth, un dangereux psychopathe pervers. Voilà pour les hostilités d'un film au scénario très intriguant posant déjà les bases d'un grand film à énigme. Pour autant, nous sommes très loin du film à énigme conventionnel avec ses rebondissements perpétuels, car Blue Velvet ne boxe que très rarement dans cette catégorie.

Lynch oblige, le film se démarque par un scénario posé où l'intrigue, riche en mystère, se suit sans le moindre déplaisir et ne se pare que de très rares rebondissements. On est pris avec Kyle et Sandy au beau milieu d'une histoire loufoque mais passionnante. A ce niveau, ceux s'attendant à de grands retournements de situation et un scénario explosif sont priés de faire demi-tour, car nous ne sommes pas dans ce cas de figure et tant mieux, car ça n'aurait absolument pas collé avec le style du réalisateur qui ne retrouve son grand talent que dans les intrigues à caractère posé.
La mise en scène est d'une efficacité redoutable, Lynch ne filmant jamais à vide ou dans le but d'éterniser son récit. Difficile de savoir comment un film avait une durée de 4h dans son premier montage. Pour une fois que Hollywood prend une bonne décision en raccourcissant un film... Bref, il y a toujours quelque chose qui se passe et tient son spectateur en haleine. A ce sujet, les hommes se souviendront longtemps de cette séquence mythique de Kyle caché dans la buanderie et découvert par une Dorothy Vallens transformée en mythomane instable à ce moment précis. Difficile de ne pas être émoustillé mais par contre, pour les spectateurs féminins, cela sera plus compliqué.

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Mais plus que son intrigue captivante, Blue Velvet se démarque par une réelle ambiance. Pas de doute, le style Lynchien est d'application et est né avec ce film. L'image somptueuse et colorée se mélange aux sonorités jazzies et à de très belles chansons dans le pur style cabaret. La chanson donnant le nom au film en est un parfait exemple et offre une séquence pour le moins envoûtante quand Dorothy Vallens la chante sous un éclairage bleuté. Une aura quasi mystique n'en émane pas seulement de ce passage mais du film en lui-même. Je serais d'ailleurs même tenté de dire que ce long-métrage est probablement la quintessence de l'esthétique Lynchienne. Il ne fait aucun doute que les amoureux d'esthétisme seront aux anges face à cette ambiance en contraste total avec une histoire au fond plutôt glauque.
Ce trait glauque est surtout renforcé par l'interprétation des personnages et notamment de Dennis Hopper parfait dans le rôle de cet étrange et fortement instable psychopathe.

Il parvient à rentrer complètement dans la peau de son personnage et à l'habiter. Ce n'est pas étonnant que Frank Booth soit régulièrement mentionné dans les milieux cinéphiles comme étant l'un des méchants les plus marquants vus dans un film. Je dois par contre avouer que j'ai eu beaucoup moins d'enthousiasme face aux 2 personnages principaux que sont Jeffrey, incarné par Kyle MacLachlan, et Sandy, incarnée par Laura Dern, se montrant étrangement plus effacés.
S'il y a une impression de manque de charisme du côté de Jeffrey, le côté cruche de Sandy ressort et entache quelque peu le visionnage. C'est d'ailleurs même fort amusant que les personnages secondaires soient plus marquants. Isabella Rossellini donnant ses traits à Dorothy Vallens crée elle aussi un personnage marquant, torturé et désemparé par une situation dont elle n'a aucun contrôle. Une mention doit aussi être faite à Dean Stockwell incarnant le mystérieux Ben, homme à la fois raffiné, maniéré et sadique. 

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Vous l'avez compris, nos 2 personnages principaux gravitent face à des personnages secondaires dont le charisme les dépasse largement. Ca pourrait agacer pour certains. Un point est également attribué à un côté niais de certaines séquences d'amour entre Jeffrey et Sandy tombant amoureux l'un de l'autre après quelques jours et s'enlaçant au rythme des "je t'aime," parfois ponctués de larmes. On aurait très bien pu s'en passer. Mais, en conclusion, Blue Velvet reste un très bon film étant avant tout l'année de naissance du style si particulier que nous avons pu observer dans les films qui suivront par la suite. Ici, le réalisateur fait d'une pierre deux coups en créant une atmosphère raffinée et d'un esthétisme rare combiné à un scénario clair et précis se suivant sans déplaisir.
Il ne fait aucun doute que Blue Velvet reste un choix de taille pour qui veut s'essayer à ce réalisateur si particulier qui transportera complètement son spectateur s'étant abandonné à la tonalité de son style. Un film relativement facile d'accès pour ceux n'ayant pas l'habitude des films expérimentaux. Je pense même que nous pouvons dire que l'on tient là l'un de ses meilleurs films que, cette fois-ci, l'on pourra noter de manière logique, sans points d'interrogation.
Par la suite, pour les intéressés, naîtra Sailor et Lula dans le même état d'esprit et se parant lui aussi d'une intrigue claire et plus terre-à-terre mais qui, personnellement, ne m'a pas emporté plus que ça.

 

Note : 17/20

 

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