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Genre : Drame (interdit aux - 12 ans)

Année : 2014

Durée : 1h48

 

Synopsis :

A Hollywood, la ville des rêves, se télescopent les étoiles : Benjie, 13 ans et déjà star ; son père, Stafford Weiss, auteur à succès et coach des célébrités ; sa cliente, la belle Havana Segrand, qu’il aide à se réaliser en tant que femme et actrice. La capitale du Cinéma promet aussi le bonheur sur pellicule et papier glacé à ceux qui tentent de rejoindre les étoiles: Agatha, une jeune fille devenue, à peine débarquée, l’assistante d’Havana ; et le séduisant chauffeur de limousine avec lequel elle se lie, Jerome Fontana, qui aspire à la célébrité. Mais alors, pourquoi dit-on qu’Hollywood est la ville des vices et des névroses, des incestes et des jalousies ? La ville des rêves fait revivre les fantômes et promet surtout le déchaînement des pulsions et l’odeur du sang.

 

La critique :

Aujourd'hui, je m'attaque à la critique d'un gros poisson issu tout droit de l'imagination débordante du réalisateur culte David Cronenberg qui est, à n'en point douter, une des plus respectables figures connues dans le monde du cinéma d'horreur. Un réalisateur qui a bouleversé le genre et induit un côté plus viscéral que la plupart des oeuvres de jadis. Adulé par nombre de cinéphiles, ses films ont toujours bouleversé et suscité le débat. Néanmoins, depuis plusieurs années, le cinéaste semble avoir délaissé son style de jadis, ayant abouti à des oeuvres dérangeantes comme Videodrome, La Mouche et Faux Semblants, pour des films plus terre-à-terre et donc ancrés dans la réalité d'une époque.
Oui, le cinéma de Cronenberg a changé et le moins que l'on puisse dire est que ça a déboussolé de nombreux fans. A History of Violence a remplacé Frissons, Les Promesses de l'Ombre a remplacé Rage, Cosmopolis a remplacé Dead Zone. De fait, un certain nombre de cinéphiles boudent le réalisateur aujourd'hui, même si son style n'est pas devenu mauvais, bien au contraire.

La dernière oeuvre en date de ce personnage est Maps To The Stars, sorti en 2014 et qui a, une fois de plus, suscité les critiques habituelles mais compréhensibles des nostalgiques du réalisateur (et j'en suis un). Indubitablement, le long-métrage fait débat entre les éloges et l'hostilité, mais décrochera néanmoins le prix d'interprétation féminine à Cannes pour Julianne Moore, ainsi que le même prix à Catalogne. De plus, il sera sélectionné au festival international du film de Toronto et, fait notoire, il sera classé dans la liste des 10 meilleurs films canadiens de l'année.
On pourra dire ce que l'on veut mais le film aura empoché de belles récompenses malgré de réelles difficultés de financements à un point tel que Cronenberg était dans l'incapacité de tourner son film à Los Angeles. Est-ce néanmoins mérité ? Réponse dans la chronique.

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ATTENTION SPOILERS : Hollywood, ou la cité des Anges, met en scène divers personnages en apparence indépendants les uns des autres mais tous étroitement liés. Stafford Weiss, psychothérapeute et coach particulier de stars, a construit sa fortune grâce à des livres de développement personnel et est marié à Christina Weiss, manager de leur fils de 13 ans Benji, star du cinéma pour adolescents. Une jeune fille de 19 ans du nom de Agatha débarque un jour dans la ville et va se lier d'amitié avec Jérôme Fontana, chauffeur de limousines, et décrocher un travail d'assistante personnelle pour Havanah Segrand, une comédienne accro aux médicaments, cliente de Stafford Weiss et vivant encore dans un douloureux passé lié au harcèlement parental. Son rêve est de reprendre le rôle qui a fait de sa mère une grande star avant qu'elle ne périsse lors d'un tournage en 1976.

Cette fois-ci, Cronenberg s'attaque à une thématique assez surprenante qui n'est autre que "The place to be" pour les réalisateurs et futurs réalisateurs rêvant de gloire et d'une rampe de lancement pour être reconnus. Ce n'est pas la débilité des productions actuelles qu'il va cibler mais quelque chose de plus profond, quelque chose rongeant insidieusement Hollywood et qui n'est autre que l'essence même d'un film, donc les stars. Le réalisateur brosse le portrait de différentes personnalités toutes aussi différentes l'une que l'autre mais tout aussi abjectes. Le seul lien au-delà de la trame reliant ces différents personnages est leur mentalité détestable au possible. D'un côté, on a une Havanah Segrand dont la seule performance en tant que comédienne est l'hypocrisie et s'enfonçant dans une névrose obsessionnelle qui lui rongera littéralement la vie.

Celle-ci, hantée par les souvenirs incestueux avec sa mère et qui, dans un style digne du syndrome de Stockholm, rêvera de jouer le rôle de sa mère pour redorer sa gloire, va rencontrer Stafford Weiss. Celui-ci, présenté comme un gourou au travers d'émissions TV que n'aurait pas renié le voyant des stars, la star des voyants, Dominique Lehmann, est vu comme calculateur, manipulateur et se souciant de sa popularité avant tout. Sa femme, aussi sympathique qu'une porte de prison, sera le manager de Benji, archétype du petit con jaloux, prétentieux, avide de popularité et au passé noyé dans la drogue dès l'âge de 13 ans. Si Agatha sera en apparence sympathique, elle cachera très vite un noir secret et on vient à se dire que seul le chauffeur de limousines est le personnage un minimum humain dans l'histoire.

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Vous l'avez compris, il n'y a pas de bons ni de mauvais et tout le monde est mis dans le même sac. Tous ces personnages ne sont dictés que par le matérialisme et ce besoin de reconnaissance et de popularité au risque de sombrer très rapidement dans la dépression, voire la démence, comme en témoigne Havanah Segrand tombée en désuétude. Maps To The Stars analyse et met en scène une industrie cinématographique malsaine où tout le monde se critique et se tire à boulets rouges dans le dos, où l'hypocrisie est érigée en fer de lance, où mépriser est aussi quotidien que manger et pisser.
A ce niveau, on peut dire que l'interprétation des personnages est de bonne voire de très bonne facture. Julianne Moore offre un portrait très réaliste d'une actrice névrosée et droguée aux médicaments et Mia Wasikowska, en jeune fille mystérieuse, est plus que crédible. On peut tout autant en dire de John Cusack parfait dans la peau de ce cinglé qui, lui, nécessiterait d'aller voir un thérapeuthe.

Benji, incarné par Evan Bird, a la tête parfaite du sale gosse. Les autres acteurs dont Sarah Gadon, Olivia Williams et Robert Pattinson, entre autres seront aussi honorables. L'air de rien, le casting est intéressant et les répliques de tous ces personnages sont crédibles. Un casting où chaque personnage est travaillé et ça c'est encore trop rare dans les films actuellement. Au niveau de la mise en scène et de l'ambiance, le film se démarque vraiment et on sent que Cronenberg a été un peu fouillé chez Lynch tant l'esthétisme porté sur les couleurs vives et certaines scènes d'ambiance le rappellent.
Ce point se vérifiera surtout dans cette ambiance à la tonalité chaleureuse grâce à la présence de plans éclairés et colorés en contraste avec un fond malsain planant durant tout le récit. On pourra aussi voir une petite inspiration visuelle des oeuvres de Sofia Coppola par moment. En soit, ce ne sont absolument pas de mauvaises références et tout cela contribue à créer un film envoûtant et d'une beauté visuelle assez remarquable. 

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Curieusement, la mise en scène est très posée mais reste attractive et ne perd jamais son spectateur emmené dans une histoire, en apparence barbante, mais qui est vite intriguante. Nous sommes loin de l'énergie narrative d'avant. Ici les plans sont majoritairement fixes, sans trop d'actions, où les destins de tous les personnages s'entrecroisent pour aboutir à une dégradation progressive qui ne sera pas sans conséquence sur le mental et même la vie de nos personnages face à ce que l'on pourrait appeler une descente aux enfers. Néanmoins, vous vous rendez bien compte que le long-métrage n'est pas exempt de défauts. Tout d'abord, le point le plus gênant est que l'on ne dirait nullement que c'est du made-in Cronenberg. On a cette impression qu'il est parti puiser des inspirations ailleurs pour faire son film et ça c'est assez fâcheux pour un réalisateur pareil de ne pas affirmer son style.
Deuxièmement, l'atmosphère posée et contemplative aura du mal à tenir ses spectateurs devant un écran. Du coup, soit on aime et on sera transporté tout le long, soit on déteste et on va royalement se faire chier devant.

Troisième point, j'aimerais comprendre ce qui est passé dans la tête de Cronenberg pour avoir intégré une aussi laide séquence d'immolation. Certains jeux vidéos ont un meilleur rendu que ça. En conclusion, Maps To The Stars est un film difficile à critiquer car on a là un film d'un grand auteur mais dont le style a trop changé pour regrouper les fans. Cependant, difficile de ne pas être interpellé par cette critique acide d'un Hollywood complètement déconnecté de la réalité et fortement névrosé au point que l'individualisme n'a jamais été aussi présent. Le réalisateur nous montre toute l'avidité, le cynisme et l'hypocrisie de la nature humaine soumise à la gloire et la célébrité sans jamais partir dans des leçons de morale à 2 sous. Il se contente de filmer les destins des personnages en très bonne adéquation l'un dans l'autre, ce qui aboutit à une trame narrative de qualité.
Ces personnages sans bravoure et sans aucun amour ne se dégageant de leurs relations superficielles imposent un vrai charisme derrière l'écran. Même si l'on n'aime pas Cronenberg, nous sommes forcés d'avouer qu'il dépeint brillamment ce que nous avons l'habitude de dénoncer de cet univers. Hollywood, confronté à ses fantômes du passé semblant être inscrits aux racines même de ce microcosme, ne nous a que rarement paru aussi crédible. Stars oubliées, en perdition ou en devenir, toutes sont liées par un seul et unique chemin et n'en sortent jamais intactes car rien n'est éternel.
Un film psychologique voire même à tendance métaphorique qui va irrémédiablement créer le débat, aussi ma note pourra paraître exagérée aux yeux de certains.

 

Note : 15,5/20

 

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