La vie d'Adèle

Genre : drame, comédie dramatique (interdit aux - 12 ans avec avertissements)
Année : 2013
Durée : 2h57

Synopsis : À 15 ans, Adèle ne se pose pas de question : une fille, ça sort avec des garçons. Sa vie bascule le jour où elle rencontre Emma, une jeune femme aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir le désir et lui permettra de s’affirmer en tant que femme et adulte. Face au regard des autres Adèle grandit, se cherche, se perd, se trouve.

La critique :

C'est en tant qu'acteur qu'Abdellatif Kechiche débute sa carrière cinématographique. C'est ainsi qu'il se fait remarquer dans Le Thé à la Menthe (Abdelkrim Bahloul, 1984), mais surtout dans Les Innocents (1987) d'André Téchiné. C'est à partir des années 2000 qu'Abdellatif Kechiche se lance derrière la caméra de La Faute à Voltaire (2000). Le cinéaste confirme tous les espoirs placés en lui dès 2007 avec La Graine et le Mulet, qui reçoit un accueil triomphal s'octroyant même plusieurs prix, notamment la Mostra de Venise la même année. Puis, en 2013, Abdellatif Kechiche décide d'adapter librement la bande dessinée de Julie Maroh, Le bleu est une couleur chaude, rebaptisé La Vie d'Adèle - Chapitres 1 et 2 pour le cinéma. Le film signe enfin la consécration d'un cinéaste talentueux.

Non seulement, le long-métrage est présenté au Festival de Cannes en 2013, mais il devient rapidement le favori du public et du Jury. Impression corroborée par la Palme d'Or, décernée à la fois à Abdellatif Kechiche et à ses deux actrices principales, Léa Seydoux et Adèle Axerchopoulos. Au niveau de la distribution, viennent également s'ajouter Jérémie Laheurte, Mona Walravens, Salim Kechiouche, Catherine Salée, Aurélien Recoing et Alma Jodorowsky.
Si La Vie d'Adèle s'octroie rapidement les faveurs et les dithyrambes des médias, il suscite, à l'inverse, de nombreuses acrimonies. La principale concerne le tournage du film lui-même. En effet, dès septembre 2013, Léa Seydoux et Adèle Axerchopoulos se plaignent de mauvais traitements et plus particulièrement de harcèlement moral. 

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Elles accusent le réalisateur de comportements autocratiques. Une accusation corroborée par les techniciens, mais Abdellatif Kechiche se défend et crie à l'injustice. Certes, le réalisateur a poussé à bout ses deux stars principales, mais pour les besoins du film. La controverse se poursuit dans les médias et les réseaux sociaux. Dépité, Abdellatif Kechiche regrette que son long-métrage soit sorti dans un tel contexte car sali par les fadaises et les calomnies.
Parallèlement, Christine Boutin, la présidente du Parti Démocrate Chrétien, tance et admoneste une pellicule qu'elle juge obscène et indécente. Pis, une telle production n'aurait jamais dû connaître une telle gloriole et autant de récompenses. A contrario, toutes ces billevesées concourent à la popularité du film qui sort un peu partout en Europe et même aux Etats-Unis.

Chez l'Oncle Sam, La Vie d'Adèle suscite à nouveau la polémique et écope carrément d'une classification "X", soit d'une interdiction aux moins de 18 ans. La raison ? Le film montre des séquences oscillant entre l'érotisme hard et la pornographie soft. Toutefois, selon le propre aveu des deux actrices principales, des prothèses auraient été utilisées lors des séquences de coït. En France, le long-métrage est seulement interdit aux moins de 12 ans avec avertissements.
Reste à savoir si le long-métrage mérite une telle polémique. Réponse dans les lignes à venir... Attention, SPOILERS ! (1) Âgée de dix-sept ans, la jeune Adèle croit que forcément une fille doit rencontrer des garçons et rêve du grand amour. Elle se laisse brièvement séduire par Thomas, élève de Terminale, et met rapidement fin à cette liaison. 

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Elle croise alors Emma, une jeune femme aux cheveux bleus ; c'est le coup de foudre. C'est cette rencontre-là qui bouleverse totalement sa vie. Emma hante chaque nuit ses rêves et ses désirs les plus intimes. Adèle et Emma se rencontrent à nouveau fortuitement, se découvrent, s'aiment follement, vivent ensemble. Mais Emma est une artiste peintre pleine d'ambition, évoluant dans un milieu cultivé et intellectuel ; Adèle tient la maison, fait la cuisine, se contente d'exercer son métier d'institutrice et d'aimer Emma. L'écart se creuse : Adèle se sent seule, déplacée, complexée, elle a une courte aventure avec un collègue. Emma l'apprend, rejette Adèle hors de sa vie.
Emma se reconstruira, Adèle souffrira l'enfer, incapable d'oublier ce premier amour (1). Premier constat, La Vie d'Adèle marque le grand retour ou plutôt cet hommage au cinéma de la Nouvelle Vague, un mouvement qui s'est largement illustré au festival de Cannes par le passé, sous l'égide d'éminents réalisateurs (François Truffaut, Jean-Luc Godard, Claude Chabrol et Eric Rohmer principalement).

Tous ces augustes cinéastes ont inspiré d'autres metteurs en scène de prestige, notamment André Téchiné (déjà précité), Philippe Garrel et Jacques Doillon. A l'instar de ces illustres épigones, Abdellatif Kechiche brosse le portrait d'Adèle, son héroïne principale. Sa caméra, toujours en mouvement, filmant en gros plan ou de dos sa protagoniste juvénile, se centre sur les pas effrénés et surtout sur les premières prémisses d'une romance amoureuse.
Bienvenue dans le petit univers d'Adèle ! Plus qu'un film sur une homosexualité naissante, La Vie d'Adèle s'apparente surtout à une allégorie sur cette part de féminité, celle qui régit le quotidien d'Adèle : ses relations avec ses parents, ses conversations parfois tempétueuses avec ses camarades de lycée et surtout le regard accusateur et moralisateur des autres.

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Sur ce sujet, les oeuvres littéraires de Jean-Paul Sartre sont abondamment citées... Ce qui n'est pas aléatoire. "L'enfer, c'est la autres..." semble claironner Abdellatif Kechiche à travers le portrait de son héroïne. Mais la jeune femme découvre l'essence même de la passion et du désir dans les bras d'Emma. Presque trois heures de film pour cerner et analyser, le plus pertinemment possible, ce désir inavouable et cette passion éphémère, quitte à tirer un peu trop sur la longueur... Presque trois heures de film tout de même !
Mais La Vie d'Adèle, c'est aussi cette construction de l'âme et cette affirmation de soi dans un univers adolescent régenté par notre société consumériste et cette incapacité à communiquer. Adèle se découvre ainsi une véritable fascination, non seulement pour l'art et la culture, mais aussi pour l'éducation nationale. La jeune éphèbe souhaite enseigner... Un parcours semé de pièges et d'embûches. Résolument indocile et aux prises avec ses propres oxymorons, elle esquisse un baiser prude à un de ses collègues masculins de passage, provoquant ainsi l'ire de sa dulcinée.
Fin du chapitre Emma. Ou presque... Vers quelle route sinueuse et obombrée va se diriger Adèle ? Telle est la question spinescente qui se pose en filigrane dans les derniers instants du long-métrage. Bref, on tient là une oeuvre éminemment complexe qui nécessite, à notre avis, un meilleur niveau d'analyse.

Note : 17/20

 

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Vie_d%27Ad%C3%A8le_:_Chapitres_1_et_2