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Genre : Thriller, policier (interdit aux - 12 ans avec avertissement)

Année : 2008

Durée : 2h

 

Synopsis :

Joong-ho, ancien flic devenu proxénète, reprend du service lorsqu'il se rend compte que ses filles disparaissent les unes après les autres. Très vite, il réalise qu'elles avaient toutes rencontré le même client, identifié par les derniers chiffres de son numéro de portable. Joong-ho se lance alors dans une chasse à l'homme, persuadé qu'il peut encore sauver Mi-jin, la dernière victime du tueur.

 

La critique :

Nous voici, à nouveau, de retour pour une autre chronique d'un film en provenance de la belle Corée du Sud reconnue, comme dit depuis longtemps, comme la terre du renouveau du thriller grâce à ses réalisateurs de talent ayant sorti de nombreuses pépites au cours du XXIème siècle, où nous citerons volontiers Old Boy, I Saw The Devil ou encore Memories of Murder, par exemple. Ces 3 oeuvres sont devenues, au cours du temps, érigées en véritables films cultes et un passage quasiment obligatoire pour tout cinéphile chevronné n'ayant pas peur d'être impressionné par le haut niveau (sauf pour le dernier film) de violence représentée. Parmi les classiques du cinéma coréen peut aussi être rajouté The Chaser, sorti en 2008 et réalisé par Na Hong-Jin. Très vite, ce film va se forger une énorme popularité et connaîtra un grand succès dans son pays. De plus, les critiques se montreront élogieuses et parleront de cette oeuvre comme l'un des meilleurs thrillers de ces dernières années.
Présenté en sélection officielle hors compétition au prestigieux festival de Cannes, le film recevra une ovation de près d'une dizaine de minutes. Je ne vais même pas m'étaler sur le nombre de récompenses et de nominations qu'il reçut car la visite de la page Wikipedia, à elle seule, lui étant attribuée vaut le détour tant le pedigree est impressionnant (30 récompenses et 32 nominations réparties dans plusieurs festivals). Un tel CV met directement en confiance et le mystère sur la qualité du film chroniqué aujourd'hui ne sera pas d'application car ce film n'a pas usurpé sa réputation.

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ATTENTION SPOILERS : Joong-ho, un ex-flic devenu proxénète sans foi ni loi, retrouve ses talents d'enquêteur quand il apprend qu'une de ses filles, Mi-jin, a disparu, comme trois autres avant elle. Au début il pense qu'il a affaire à un autre proxénète qui aurait vendu ses filles puis il comprend que c'est plus grave. Il se lance alors dans une véritable chasse à l'homme pour retrouver Mi-Jin et faire emprisonner le tueur, Yeong-Min, qui, arrêté à la suite d'un banal accrochage en voiture, a avoué les meurtres d'autres jeunes femmes, elles aussi disparues. 
Voilà pour les hostilités de ce thriller coréen qui aura marqué les moult festivals dans lesquels il a été représenté. Na Hong-jin brosse le portrait de toute une galerie de personnages tous aussi marquants ou attachants, quand leur prestation ne transcende pas, au coeur d'une histoire où nous évoluons dans le milieu sordide de la prostitution.

Ainsi, Joong-Ho, le personnage principal, est représenté tout sauf comme un héros ou un homme intègre prêt à combattre le crime. Dans un virage de 360°, le flic est devenu proxénète et avide exploitant de la détresse féminine où des femmes sont obligées de vendre leur corps pour survivre dans une société les ayant complètement abandonnées. Très vite, on se fait une mauvaise idée de ce personnage n'hésitant pas à obliger une prostituée à aller faire son boulot malgré que celle-ci soit clouée au lit avec une grosse fièvre. Pour ainsi dire, il n'y a pas vraiment de héros dans The Chaser car la police excelle dans l'incompétence et la stupidité avec ses inspecteurs tous plus idiots et crédules les uns que les autres.
Néanmoins, face à la perte d'une autre prostituée supplémentaire, Joong-ho sent que cette histoire n'est pas louche et que le coup du kidnapping par un proxénète concurrent n'est pas tangible. La réalité est bien plus noire et assez rapidement, celui-ci se retrouvera face à l'hypothétique tueur du nom de Yeong-Min, psychopathe notoire au visage d'ange au cours d'un banal accrochage.

Ce qui frappe directement en visionnant The Chaser est de voir que nous ne nous retrouverons pas face à un thriller aux moults retournements de situation et aux mystères savamment largués par-ci, par-là. Le réalisateur crée une trame originale qui, un peu comme dans I Saw The Devil, voit le tueur vite être mis en évidence. Mieux encore, celui-ci avouera sans retenue qu'il a massacré les femmes tout en rigolant. Son arrestation rapide par la police nous fait craindre un scénario, ensuite, monotone mais la réalité nous rattrapera très vite en nous disant que nos premières impressions étaient complètement faussées. Ainsi, la mise en scène est d'une effroyable efficacité en accumulant suspense sur suspense sans réels temps morts. Le réalisateur libère un scénario pensé et intelligent et montre que mettre en scène une histoire, alors que le meurtrier est pourtant arrêté, peut être tout aussi efficace.
On reconnaît là la signature coréenne et tout le travail derrière. 
Na Hong-jin agrippe son spectateur par la gorge durant une durée de 2h et l'ennui est inexistant.

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Cette mise en scène est relativement viscérale et l'avertissement accompagnant l'interdiction aux moins de 12 ans n'est pas inutile car le sadisme et certaines scènes de meurtres, de violence, ou même des plans sur des cadavres, sont assez osées pour une simple interdiction aux moins de 12 ans. Après, rassurez-vous, on n'atteindra bien sûr pas celle de moins de 16 ans. Ceci sera en partie dû à un humour omniprésent s'additionnant étrangement très bien avec la tonalité austère et désespérée du récit. Les scènes comiques font mouche et souvent, il nous arrive de rigoler devant le ridicule de certaines situations, à l'image de la séquence bordélique au commissariat de police, ou de la réaction de certains personnages, que cela soit le proxénète ou le meurtrier lui-même rétorquant à l'inspecteur que ça sent le poisson et qu'elle a sans doute ses règles. A aucun moment, cela n'entâche le visionnage et ça apporte même une énorme plus-value qui pourrait réveiller l'attention des très rares qui viendraient à regarder le mur au lieu de l'écran.

A ce sujet, on ne pourra que souligner la grande performance des 2 principaux personnages parfaits dans leur rôle respectif. Kim Yoon-seok, incarnant Joong-ho, est impeccable dans la peau de ce profiteur du malheur des autres au sang chaud, et notre opinion envers lui deviendra de plus en plus favorable au fur et à mesure du récit. Ha Jeong-woo interprétant Yeong-Min est encore mieux et est assurément la grande star du film. On le sent complètement investi dans son rôle de psychopathe au sadisme semblant être sans limite. A plusieurs reprises, sa prestation nous mettra mal à l'aise comme lorsqu'il se prendra un petit fou rire lorsqu'il dira qu'il a massacré 2 des filles recherchées à coup de marteau.
On pourra dire que Na Hong-jin a su mettre en scène un tueur avec une réelle identité, un charisme tranchant et à la psychologie meurtrie par une impuissance érectile qui aboutira à une haine de la gente féminine. De même, la police est quasiment ridiculisée en mettant en scène des personnages aussi ahuris les uns que les autres et qui ne pourront que nous faire pouffer de rire. Je passerai les détails.

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Au niveau de l'architecture du film, il n'y a rien à dire non plus. Les cadrages et plans sont ouverts et le réalisateur filme bien l'action sans transformer le tout en une bouillie illisible alors que les séquences fréquentes de poursuite (titre du film oblige) se multiplient. Ainsi, on tombera sous le charme de cette ville aux très belles lumières le soir car le travail sur les lumières est lui aussi de grande qualité. Le visuel est agréable et la moindre bâtisse ou la moindre dédale de petites rues sera bien filmée. La bande sonore, sans grand artifice, confère une tonalité mélancolique se renforcant les soirs de pluie.
On peut dire que The Chaser intègre une grande dimension dramatique qui atteindra son point culminant durant la dernière partie du film. Dans le fond, c'est assez académique mais une recherche esthétique et autres expérimentations n'auraient de toute façon eu aucune utilité.

En conclusion, on peut dire sans crainte que The Chaser n'a absolument pas usurpé sa réputation de grand classique du thriller contemporain en intégrant brillamment une intrigue sur le fil du rasoir et à contre-courant de ce qu'on a l'habitude de voir chez nous. Ici, le tueur est arrêté et en détention provisoire mais n'est pas jugé car il n'y a pas de preuves suffisantes pour l'accabler et seule une arrestation de 48h n'est possible dans ce cas précis. Ainsi, le récit se basera sur une course contre la montre happant le spectateur pris dans ce périple pour enfermer définitivement Yeong-Min en apportant des preuves pertinentes. Le jeu d'acteurs est précis, d'excellente qualité et sans quelconque exagération.
L'humour est travaillé et ne ridiculise jamais l'oeuvre car il sait s'effacer durant des scènes importantes. Le propos est intelligent et redoutable et apporte davantage de l'eau à mon moulin, en démontrant par A+B, que la Corée du Sud est "The place to be" pour la création de vrais thrillers. Et dans tout thriller qui se respecte, mentionnons qu'on obtiendra ici une fin déchirante et à l'exact opposé du happy-end occidental traditionnel. En gros, à ceux qui ne l'ont pas vu, je vous prierai de foncer dessus.

 

Note : 17/20

 

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