la grande bouffe

 

Genre : drame (interdit aux - 18 ans lors de sa sortie en France)
Année : 1973
Durée : 2h05

Synopsis : Quatre amis gourmets et gourmands s'enferment tout un week-end à la campagne et organisent une "bouffe" gigantesque.

La critique :

Si la carrière cinématographique de Marco Ferreri débute dès la fin des années 1950 (L'Appartement en 1959), le réalisateur connaît réellement son apogée vers le milieu des années 1960. Son sujet de prédilection ? Un capitalisme spécieux et pernicieux qui se nourrit de nos pulsions primitives et archaïques, transformant peu à peu l'individu en super consommateur nombriliste. Ainsi, plusieurs films de Marco Ferreri tancent et admonestent cet hédonisme à tous crins, notamment Le Mari de la femme à barbe (1964), Break-Up, érotisme et ballons rouges (1965), L'Audience (1971), ou encore Liza (1972). Vient également s'ajouter La Grande Bouffe, sorti en 1973.
On tient là probablement le film le plus populaire mais aussi le plus scandaleux de Marco Ferreri.

Une notoriété évidemment entachée par de nombreuses acrimonies. Certes, le long-métrage est présenté en compétition officielle au festival de Cannes où il remporte "le Prix Fipresci", ex-aequo avec La Maman et la Putain de Jean Eustache" (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Grande_Bouffe), provoquant, dans un premier temps, un tonnerre d'applaudissements et de dithyrambes. Un leurre et un simulacre pour mieux farder une polémique féroce et à charge contre le film. 
Marco Ferreri est conspué et qualifié de "scatophile" par une certaine presse intellectuelle. Honni, voué à l'opprobre et aux gémonies, La Grande Bouffe devient alors l'un des films les plus scandaleux des années 1970, un titre peu honorifique qu'il partage avec Salo ou les 120 Journées de Sodome (Pier Paolo Pasolini, 1975), une autre pellicule à la réputation sulfureuse.

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En outre, le métrage écope carrément d'une interdiction aux moins de 18 ans lors de sa sortie en France. Interdiction minorée quelques années plus tard pour passer "aux moins de 16 ans". Reste à savoir si La Grande Bouffe mérite une telle controverse. Réponse dans les lignes à venir... Pour les besoins du film, l'actrice Andréa Ferréol sera sommée de prendre 25 kilos pour décrocher le rôle. Viennent également s'ajouter Marcello Mastroianni, Michel Picoli, Ugo Tognazzi, Philippe Noiret, Monique Chaumette et Florence Giorgetti. Attention, SPOILERS !
(1) Quatre amis, Marcello, pilote de ligne, Ugo, restaurateur, Michel, réalisateur à la télévision, et Philippe, juge, ont décidé de mettre fin à leurs jours en se gavant à mort.

Marcello insiste au début pour que des prostituées se joignent à leurs bacchanales. Mais celles-ci, dégoûtées et épuisées, s'éclipsent bientôt... à l'exception de l'opulente Andréa (1). Indubitablement, La Grande Bouffe marque un tournant rédhibitoire dans l'histoire du cinéma. Plus qu'un film scandaleux, il s'agit davantage d'une pellicule à caractère sociétal, pointant et fustigeant une nouvelle forme de capitalisme : l'hédonisme ad nauseam. Mais les apparences sont trompeuses.
A partir d'un scénario à priori basique et lapidaire, Marco Ferreri vilipende une société bourgeoise en pleine décrépitude. Quatre amis (Marcello, Michel, Philippe et Ugo) ne sont que les instruments de cette déréliction. Cet alanguissement dans la profusion de flatulences et de nourriture ne traduit pas seulement une profonde solitude.

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Bientôt, cette mélancolie terminale va se transmuter en suicide collectif. Toutefois, cette psychasthénie mentale ne s'apparente pas vraiment à une sorte de catatonie et/ou d'apathie généralisée, mais davantage à une suite d'agapes, de priapées et de bacchanales. Autant mourir en ripaillant et en s'empiffrant... Ainsi, ce besoin irrépressible de se gaver jusqu'à la nausée se joint à d'autres pulsions reptiliennes : le sexe et la mort. A l'instar de Salo ou les 120 Journée de Sodome (déjà précité) et qui sortira deux ans plus tard, La Grande Bouffe obéit lui aussi à un cycle infernal et irréfragable.
Dans cette spirale incoercible de débauches diverses et variées, l'hédonisme atteint son paroxysme. Seuls certains personnages secondaires, en particulier des prostituées, décident de quitter leurs convives. 

Pas question de participer plus longtemps à ces parties de gloutonnerie qui doivent se terminer dans la mort et la putréfaction. Seule la ventripotente Andréa assistera nos "joyeux" lurons jusqu'à leur dernier soupir. La dimension corporelle tient ici une place prédominante. A force de se gaver de nourriture, les corps se délitent, s'alanguissent, éructent... pour finalement dépérir. Mais ici, pas question de céder à la tentation de survivre. Ainsi, Andréa devient la spectatrice de cette déchéance.
Inutile de réfréner les bas instincts de ses quatre amis. Oui, La Grande Bouffe n'a pas usurpé sa sulfureuse réputation. 
Par son discours nihiliste, radical et brut de décoffrage, le long-métrage reste, plus que jamais, d'une étonnante actualité, préfigurant nos tendances voyeuristes et eudémonistes. A raison, certaines critiques pesteront et clabauderont après une pellicule outrancière. A contrario, d'autres y verront une sorte d'exutoire sur les perfidies du capitalisme. 
Nul doute qu'un tel film mériterait sans doute un meilleur niveau d'analyse...

Note : 16/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://www.dvdclassik.com/critique/la-grande-bouffe-ferreri