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Genre : Fantastique, drame, inclassable (interdit aux - 16 ans)

Année : 1968

Durée : 1h36

 

Synopsis :

Deux jeunes gens partent à la recherche d'une cité mythique où tous leurs voeux seraient exaucés. Mais sur leur chemin, ils ne rencontrent que corruption et folie.

 

La critique :

Beaucoup de réalisateurs ont une place privilégiée sur ce blog où l'inclassable et l'expérimental sont des mets très aimés. Parmi ceux-ci, on peut rajouter Alejandro Jodorowsky, très connu dans les milieux cinéphiles en raison de son cinéma transgressif et atypique où folie et désolation s'accompagnent étroitement avec des personnages en quête de rédemption et dictés par un idéal. Ainsi, le film présenté ici, à savoir Fando et Lis, est parfaitement en accord avec cette thématique.
Deuxième film du réalisateur après le court-métrage La Cravate, aux influences très théâtrales, sorti en 1957, cette oeuvre est à la base une adaptation de la pièce de théâtre du même nom créée de la plume de Fernando Arrabal, autre réalisateur à succès du blog, sortie en 1957. 

Très vite, ce long-métrage choque et marque durablement la rétine chez les spectateurs qui se sont essayés à visionner cette curieuse création. Le scandale éclate à un point tel qu'il provoquera carrément une émeute au festival d'Acapulco lors de sa première projection pour aboutir à une pure interdiction au Mexique, fief de Jodorowsky. Les raisons de ce débordement absurde resteront mystérieuses mais il ne fait aucun doute que personne en 1968 n'était en état de recevoir cette chose, alors que mai 68 et la révolution sexuelle qui suivra ainsi que cette volonté de transgression était soit, encore, inexistante ou soit n'en était qu'aux prémisses. Evidemment, une telle oeuvre n'aurait pu échapper à une chronique de Cinéma Choc, mais reste à voir si le film est aussi transgressif qu'on le dit.

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ATTENTION SPOILERS : Fando et Lis, un couple-enfant éperdument amoureux, en quête d'une vie meilleure, fait route vers Tar, ville énigmatique semblant être un lieu rêvé, une sorte de paradis terrestre où les souffrances s’envoleraient et où Lis, paralysée des deux jambes, pourrait être guérie. Evoluant dans une traversée en plein monde post-apocalyptique à la suite d'une guerre totale et abstraite, le couple devra faire face à la corruption et la folie. Comme dit auparavant, l'une des thématiques chères au réalisateur est cette analyse psychologique d'un individu en crise existentielle et face à l'adversité.
Clairement, Fando et Lis pose les bases du style unique de ce réalisateur en mettant en scène un périple initiatique de deux personnages en pleine crise existentielle. D'un côté, nous avons Fando, jeune aventurier quelque peu instable, transportant Lis, sa dulcinée, paralysée des deux jambes et ne pouvant évoluer qu'en fauteuil roulant.

Jodorowsky dépeint un couple atypique et à la relation platonique faisant face à l'adversité vu que Fando fera tout pour emmener Lis à la ville mythique de Tar où tout est possible. Mais justement, Tar existe-t-elle vraiment ? Nous n'en saurons rien car le film n'évolue pas dans le registre du cinéma classique mais s'apparente davantage à un trip, comme dit avant, initiatique où l'ésotérisme, le surréaliste et le métaphysique forment un trio passionnant qui pourra décontenancer les spectateurs n'étant pas habitué au style. Fando et Lis est empreint de métaphores soulignées par le fait que Tar symbolise avant tout l'espoir d'une vie meilleure. Celle-ci est mentionnée par le narrateur comme illuminée d'une lumière étincelante et comme l'endroit où tout est possible, où tout est beau et pur.
Après tout, qu'est-ce qui n'est pas aussi pur et lumineux que l'espoir après la souffrance ?? De fait, tout le film repose sur une gigantesque métaphore entre cette guerre abstraite représentant le malheur frappant ce couple et le monde dévasté comme un calvaire qu'ils endureront et traverseront pour se libérer de cette souffrance. L'idée est originale et fait réfléchir car plus qu'une tragédie, Fando et Lis est avant tout un film au propos pensé et très intelligent.

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En outre, l'ambiance est, pour ainsi dire, irréelle et va lorgner du côté du courant surréaliste dont on soupçonne Jodorowsky d'être un grand fan de Bunuel. On navigue dans une atmosphère pesante et froide où se succèdent des personnages tout aussi intrigants les uns que les autres, entre des individus émergeant de la boue, des travestis ou des femmes aux moeurs légères et davantage bien d'autres. Difficile cependant de parvenir à toujours trouver une explication rationnelle car la frontière entre surréalisme et l'ésotérisme est parfois très mince et court-circuite notre capacité d'analyse.
Simple représentation de la folie émanant du couple ? Représentation métaphorique des péchés capitaux ? Envies enfouies au plus profond de soi ? Ou même encore un rêve éveillé ? Il ne fait aucun doute que Fando et Lis est une oeuvre sensorielle où chaque spectateur se fera son propre avis sur son ressenti et sur ce qu'il aura vu. 

Néanmoins, Jodorowsky met son récit sur un vrai fil conducteur, là où le cinéma surréaliste, dans sa plus pure expression, était en adéquation avec le dadaïsme. A ce niveau, on peut dire que la frontière entre le surréalisme et l'ésotérisme est bien présente mais beaucoup moins dans le déroulement des événements. En parlant de fil conducteur, la mise en scène est divisée en plusieurs actes apportant une touche théâtrale à l'histoire et est à plusieurs reprises entrecoupée de scènes proches des souvenirs ou désirs de nos 2 personnages. Ce qui fait que la réalisation est parfois hachée.
De même, le film est relativement posé et voit se succéder les dialogues intimes ou partagés du couple durant cette traversée du désert. Un point qui pourra en agacer plus d'un car on peut vite décrocher si on n'adhère pas dans l'immédiat au style. 

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Un autre point qui pourra titiller les spectateurs est la qualité des dialogues, de très bonne qualité à mon goût, mais qui pourront attirer des critiques reprochant le côté un peu prétentieux de l'oeuvre et l'assimilant à de la branlette intellectuelle. C'est compréhensible mais je ne partage pas ce point de vue car Fando et Lis est avant tout une représentation théâtrale d'un couple en pleine crise existentielle. On se doute bien que les phrases ne seront pas simplettes. Encore une fois, on aime ou on déteste. Et cela ira de pair avec le jeu d'acteur où nous retrouverons Sergio Kleiner et Diana Mariscal, respectivement dans le rôle de Fando et Lis. Ceux-ci offriront une belle prestation à la fois touchante et empreinte de sincérité pour les spectateurs conquis, mais barbante et prétentieuse pour ceux incapables d'ingurgiter cet OFNI, et encore une fois c'est compréhensible. Cependant, on ne pourrait fermer les yeux sur le fait que ces acteurs soient complètement investis dans la peau de leur personnage au point que les mauvais traitements qui leur seront infligés ne sont pas simulés. On pense surtout à Lis traînée dans les graviers et lâchant des hurlements qui n'ont pas l'air d'être simulés.

Ceci pourrait être un des facteurs du scandale causé mais Jodorowsky va plus loin et traite de thématiques très tabous à l'époque, et notamment la sexualité représentée de manière débauchée dans ce long-métrage. Les femmes d'âge mur s'embrassent ou embrassent sans sourciller, veulent forniquer. Lis, dans une séquence, embrassera 2 hommes, dont Fando, d'affilée. N'oublions pas cette histoire de pédophilie à la scène réellement malsaine mais bien évidemment suggérée. En gros, il est pertinent de se rendre compte de l'avant-gardisme inouï de ce long-métrage au moment de sa sortie dans une époque où les moeurs étaient encore très rigides. En conclusion, Fando et Lis est une oeuvre difficile d'accès mais plus que recommandable à ceux charmés par le cinéma ésotérique, atypique et surréaliste. Certainement, l'une des oeuvres les plus rudes du réalisateur, mais avant tout une belle et cruelle tragédie d'un couple face au malheur de la vie, le tout mis en scène de manière presque onirique.
Fando et Lis interpelle par son thème sociétal que chaque couple sérieux aura vécu au cours de sa vie. Est-ce que notre couple atteindra le bout du tunnel et pourra perdurer dans un bonheur éternel ? Je vous laisse le découvrir. 

 

Note : ???

 

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