nekroposter002

Genre : Horreur, trash, inclassable (interdit aux - 18 ans)

Année : 1987

Durée : 1h10

 

Synopsis :

Robert travaille comme "ramasseurs" de cadavres et récupère des morceaux de corps qu'il expose dans des bocaux chez lui. Il vit en compagnie de sa petite amie, Betty, également nécrophile. Un jour, Robert ramène un cadavre et le couple s'adonne à des jeux sexuels...

 

La critique :

Après avoir fêté ma 50ème chronique avec un film trash de catégorie 3, je me suis dit : "Pourquoi ne pas le faire aussi pour ma, déjà, 70ème chronique ?". Chose faite aujourd'hui avec un très grand film controversé au doux nom de Nekromantik sorti en 1987 par Jorg Buttgereit, petit homme dérangé fasciné par les multiples aspects de la mort mais au-delà de ça, de ce questionnement qu'il y a après la mort. Je ne trouve pas nécessaire de préciser que ce réalisateur est, à peu de chose près, persona non grata en raison de son cinéma austère, viscéral et d'une transgression rarement vue, où se succéderont après ce premier film teinté de scandale, d'autres oeuvres tout aussi réjouissantes, telles que Der Todesking ou Schramm sans oublier Nekromantik 2, la suite spirituelle du film chroniqué aujourd'hui.
Néanmoins, il va sans dire que Nekromantik reste son film le plus connu et considéré comme le chef d'oeuvre absolu du réalisateur.

Ainsi, très controversé au départ car la nécrophilie n'est pas le truc le plus sain à traiter dans un film, cette curieuse production sera interdite dans plusieurs pays comme le Royaume-Uni mais sortira cependant en France chez Haxan en VOSTFR. Plus que le grand chef d'oeuvre du réalisateur, le film a peu à peu atteint le statut de film culte en raison d'un sujet inédit et très osé et ce, malgré de nombreuses critiques négatives de spectateurs incapables de voir au-delà du simple rapport nécrophile.
Avec 4,9/10 sur Sens Critique et 5,1/10 sur IMdb, on ne peut pas dire que ça soit bien parti si l'on veut se fier aux notes mais comme je dis, on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Soit, il est temps de passer à la critique. 

maxresdefault

ATTENTION SPOILERS : Rob travaille pour une société de ramassage de corps du nom de Joe's Street Cleaning Agency, ce qui lui permet de subtiliser des cadavres qu'il ramène chez lui afin de se livrer à des actes érotiques sur eux et ce, avec la complicité de sa fiancée. Mais son patron s'apercevant que quelque chose cloche, Rob est renvoyé de son travail ce qui provoque une crise dans son couple. À partir de là, c'est la déchéance. A partir de ce moment-là, bienvenu pour une plongée en enfer dans l'un des films les plus culottés de toute l'histoire du cinéma, si l'on excepte les atrocités chroniquées sur le blog et destinées à rester confinées dans l'anonymat.
Buttgereit s'attaque au sujet extrêmement sensible de la nécrophilie soit les rapports sexuels avec un cadavre, une pratique quelque peu malsaine à mon goût. L'idée de se retrouver face à un film vulgaire et putassier sombrant dans une débauche pornographique sans fond nous vient à l'esprit et c'est normal. Cependant, le réalisateur nous surprend et nous livre bien plus que ça. Mieux encore, la pornographie est écartée pour une analyse précise et rigoureuse d'un couple malade en pleine déliquescence, et de cette passion répugnante rongeant progressivement la psychologie de nos personnages.

Ceux s'attendant à de la pornographie trash sont priés d'aller faire un petit tour car Buttgereit a, d'emblée, de véritables ambitions. Pour ainsi dire, il n'y a que peu de scènes érotiques montrées et jamais nous n'aurons de gros plans sur ces pratiques si ce n'est qu'avec une vue plus éloignée mais tout à fait visible sur les actes pratiqués. Le réalisateur s'attarde beaucoup plus sur la psychologie de Rob, un homme d'apparence fragile, effacé et ne possédant guère de charisme mais cachant un noir secret. Sa femme, au contraire, se montrera plus confiante et aura un caractère beaucoup plus prononcé.
Dans le film, ce n'est pas l'homme qui est le dominant mais bien la femme. Et on sait très bien ce qui se passe lorsqu'une personnalité fragile se retrouve confrontée face à un drame qui la dépasse.

nekro2

Ainsi, le film peut être divisé en 2 parties très distinctes. La première verra ce couple sous l'emprise de cette pulsion nécrophile avec un cadavre fraîchement ramené par Rob de son boulot. Boulot qu'il effectue uniquement pour satisfaire ses pulsions internes. Dans cette partie, le réalisateur nous expose cette pratique de manière étonnamment sage pour ceux s'attendant à du dégueulasse à outrance et des sommets d'infamie. La deuxième, par contre, élude en partie ceci pour analyser de manière très efficace, ce nécrophile perdu après la perte de sa femme, mais aussi du cadavre qu'il exposait tel un crucifix dans la chambre. A partir de là, la machine s'emballe et si le récit était déjà très intense dans son premier chapitre, celui-ci gagne encore en puissance pour s'achever dans un final apocalyptique qui en marquera plus d'un.

A ce niveau, on peut dire que la mise en scène est redoutable et que Buttgereit maîtrise plus que bien son sujet. Il nous entraîne dans une atmosphère absolument glaciale, déroutante et réellement malsaine où le spectateur est étouffé dans cet appartement lugubre, siège d'une absurdité sexuelle. Plus encore, Nekromantik se pare de véritables questionnements existentiels sur la condition de l'homme, après la mort, réduit à un simple bout de chair inanimé et en putréfaction.
Le fait de constamment filmer la mort tant naturelle que suite à un meurtre procure en nous une grande violence alors qu'il n'y a aucun artifice et absence de gore. Un ressenti très désagréable et inexplicable se produit en nous, comme si on était marqué par le fait de voir que notre vie se résumera à terminer en une entité laide et putréfiée. Visionner Nekromantik, c'est être sûr d'avoir le cafard après mais en même temps, on en vient à savourer après chaque plaisir de la vie.

Nekromantik-1988-movie-Jörg-Buttgereit-6

Buttgereit insère aussi les rêves de ce personnage tourmenté et en conflit permanent avec lui-même. Irrémédiablement, le réalisateur rend son personnage principal attachant et on en vient presque à vouloir l'aider à sortir de cette spirale infernale. Cependant, ne vous attendez pas à un quelconque bonheur car seule la mort triomphera et emportera avec lui son personnage dans une séquence où il s'auto-poignardera tout en éjaculant. Une séquence très puissante confirmant sans problème le choc obtenu après le visionnage de Nekromantik se parant de nombreuses séquences toutes plus malsaines les unes que les autres. On ne pourra pas dire que l'interdiction aux moins de 18 ans fut usurpée et la scène du chat purement massacré sera très difficile à encaisser pour tous les amis des bêtes (dont moi).
Encore une fois, il n'y a pas de pornographie ni de gore car tout se joue dans l'ambiance et la violence psychologique quasi insoutenable.

De plus, si Buttgereit gère très bien son idée de base, il sait aussi travailler son film physiquement et le moins que l'on puisse dire est que le résultat reste impressionnant pour un film à petit budget de ce genre. Les décors d'une froideur rare amplifient le trait excessivement glauque du récit alors qu'à certains moments, des scènes champêtres émergeront et se montreront de toute beauté. Il y a un gros point à souligner et ça se passe au niveau de la bande sonore qui est un vrai régal pour les oreilles et s'intègre parfaitement à la tonalité morbide. C'est assez paradoxal car celles-ci ont une tonalité poétique contrastant totalement avec le thème macabre et pourtant, la recette fonctionne parfaitement.
Le réalisateur entremêle la poésie et le macabre, la légèreté et le morbide, ce qui surprend complètement le spectateur. Parvenir à offrir un résultat convaincant et envoûtant en combinant 2 thèmes opposés est une grande prouesse. Ces tonalités se vérifieront aussi durant les rapports sexuels nécrophiles avec toujours ce côté poétique déstabilisant mais hypnotique.

Nekromantik_shot3a

Bien sûr, il s'agira aussi de mentionner le jeu d'acteurs stupéfiant tant les acteurs sont investis dans la peau de leur personnage. Betty, incarnée par Béatrice Manowski, offre une grande prestation d'une femme aussi sympathique qu'une porte de prison et à la méchanceté refoulée qui explosera vers la moitié de la (trop) courte durée de 70 minutes. Evidemment, la star du film concerne Daktari Lorenz interprétant Rob et parfait dans la peau de cet homme psychologiquement très fragile, déboussolé autant par ses pulsions que par la désintégration du couple. C'est clairement le genre d'acteur que j'aimerais voir plus souvent et dans des films plus "grand public". En conclusion, sous ses airs de film abject et aux rapports sexuels déviants et orduriers, Nekromantik est un vrai petit chef d'oeuvre underground au choc évident pour tous ceux qui auront tenté l'expérience. Plus que de l'ultra violence, cette oeuvre est avant tout un superbe drame humain se focalisant sur un jeune homme en perte totale de repère et semblant être abandonné par toute la société, preuve de son absence de relations sociales.
Très dur psychologiquement à encaisser et nous interrogeant sur la notion même de la mort, Nekromantik déclenche de profondes réflexions en notre fort intérieur à un point tel que l'on en ressort presque avec cette impression d'avoir vécu quelque chose d'important. La vie est indissociable de la mort selon le réalisateur et on ne peut pas vraiment lui donner tort. Compte tenu de plusieurs séquences absolument répugnantes, il ne fait aucun doute que le film est à réserver à un public averti qui se devra d'avoir un estomac solide. De manière purement personnelle, je n'ai pas honte de dire que Nekromantik se hisse parmi mes films préférés mais soyons objectifs, aucune note ne peut être mise sur ce film.

 

Note : ???

 

orange-mecanique Taratata