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Genre : Drame, thriller (interdit aux - 16 ans)

Année : 2005

Durée : 1h48

 

Synopsis :

A 12 ans, Mitsuko est violée par son père. Sa mère, Sayuri, les surprend avec horreur, mais ne dit rien. La perversion du père montera ensuite d'un cran, lorsqu'il enfermera sa jeune fille dans un étui à violoncelle troué pour la forcer à assister à ses ébats avec sa femme. Puis c'est au tour de la mère de prendre place dans l'étui, afin qu'elle soit le témoin de la relation incestueuse de son mari et de sa fille. Victimes du même monstre, Sayuri et Mitsuko, mère et fille, vont commencer à se confondre. Lorsque Sayuri meurt d'une chute d'escalier, Mitsuko va définitivement prendre sa place et son apparence... Cette terrible histoire est le dernier roman d'une célèbre femme écrivain, Taeko. Est-ce une autobiographie ou pure invention ? Taeko est-elle Sayuri ? Ou bien Mitsuko à l'âge adulte ? Un jeune assistant va l'accompagner jusqu'à la fin de son récit tout en nouant avec elle une étrange relation.

 

La critique :

Le genre dramatique a toujours été quelque chose de très casse-gueule à réaliser parce que, fréquemment, rien n'est fait pour bousculer le spectateur ou, à l'inverse, on en fait trop et ça transforme un film au potentiel sûr en longues lamentations. Je ne vais pas vous cacher que ce sont des reproches que j'ai l'habitude de faire au cinéma de chez nous, mais qu'en est-il du cinéma à l'autre bout du monde et plus particulièrement au Japon ? Aujourd'hui, faisons encore un énième petit voyage au pays du Soleil Levant avec un film au nom énigmatique de Strange Circus, réalisé par un cinéaste curieusement méconnu comparé à certains. Je veux bien sûr parler de Sono Sion à l'origine du très controversé Suicide Club et d'autres oeuvres un peu moins connues, comme Love Exposure, Himizu ou encore Jigoku de Naze WaruiAvec ce film, Sono Sion entend à nouveau donner un gros coup de pied dans la fourmilière après avoir laissé les spectateurs médusés avec son Suicide Club qui abordait d'énormes problématiques sociales sur un Japon en perte de repère.
Pari réussi ? En tout cas, on pourra dire que son nouveau bijou a eu un certain succès dans les différents festivals cinématographiques comme vous pourrez le voir en observant cette très belle pochette témoignant déjà du style de ce cinéaste qui était avant tout poète. La poésie peut-elle faire bon ménage avec une histoire choquante et de la violence ? Réponse dans la chronique.

 

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ATTENTION SPOILERS : Mitsuko est une jeune fille ayant eu une enfance pour le moins épouvantable entre un père incestueux et une mère instable n'hésitant pas à multiplier les mauvais traitements sur sa fille pour se décharger de sa jalousie envers elle. La perversion du père est telle qu'il enfermera Mitsuko dans un étui à violoncelle pour la forcer à regarder les ébats sexuels de lui et sa mère, puis poussera le vice à faire la même chose avec sa femme qui se devra d'observer les rapports incestueux. Victimes du même monstre, Sayuri et Mitsuko vont commencer à se confondre et lorsque Sayuri meurt dans un accident d'escalier, Mitsuko va définitivement prendre sa place et son apparence. Cette histoire est le dernier roman d'un célèbre écrivain du nom de Taeko. Mais qui est vraiment cette Taeko ? Un jeune assistant va l'accompagner tout au long de la fin de son récit en nouant avec elle une étrange relation.

On ne peut pas dire en lisant le synopsis que l'on va s'attendre à de grands moments de fous rires. A ce niveau-ci, les habitués des drames gentils sont priés d'aller faire un petit tour car on est plongé ici au beau milieu d'un drame atroce multipliant les thèmes sensibles. Sono Sion traite différentes thématiques de manière frontale telles que l'inceste, la pédophilie, le dédoublement de personnalité, les problèmes d'identité sexuelle et l'automutilation. Un bouillon de culture qui aura tôt fait de bousculer le spectateur s'il est bien traité ou d'être grossier entre les mains d'un incompétent.
Je pense que vous connaissez la réponse et je n'irai pas par 4 chemins en disant que Strange Circus est probablement l'un des drames les plus audacieux et les plus dérangeants sortis à ce jour. Ceci est surtout renforcé par le fait que rien n'est vraiment suggéré. 
La première partie du récit agrippe déjà le spectateur par la gorge en le larguant dans une superbe maison contrastant avec ces traitements inhumains pratiqués sur une jeune fille.

Sono Sion n'hésite pas à filmer lorsqu'elle se fait battre et pousse le vice jusqu'à la filmer en plein viol avec les traits de Sayuri remplaçant Mitsuko. C'est glauque et excessivement dérangeant et autant dire qu'un tel traitement ne plaira pas à tout le monde. L'inceste en totale adéquation avec la pédophilie est filmée sans trop de retenue, mais cela serait bien dommage de s'arrêter à cela sans creuser plus loin. Le réalisateur a su traiter très efficacement les ravages psychologiques sur la psyché humaine.
Mitsuko et sa mère, jalouse d'elle, méchante et soumise vont commencer à se confondre jusqu'à un point de non-retour. Le dédoublement de personnalité ou schizophrénie apparaît et va créer des ravages qui bouleverseront à jamais le quotidien déjà cauchemardesque de cette famille. Ainsi, Mitsuko devenue Sayuri dans sa tête va transformer la douleur du viol en plaisir sexuel alors que Sayuri va se transmuter en sa fille afin de fuir son absence de responsabilités et les agissements de son mari qu'elle cautionne en se taisant. 

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Comme dit avant, ces deux personnalités vont se confondre jusqu'au niveau sexuel et le fait de représenter Mitsuko sous les traits de Sayuri crée quelque chose de très désagréable en nous. Cette technique est certes utilisée pour éviter de sombrer dans l'illégalité, mais cela n'empêche pas l'impact psychologique de se créer et de nous bouleverser profondément. Indéniablement, Strange Circus est une oeuvre choquante et son caractère malsain ne fera que se poursuivre tout au long du récit. Suivant le quotidien de Taeko, l'histoire va se transformer en intrigue à mystères jusqu'à aboutir à des révélations remarquables et un final d'une rare intensité débouchant sur une dernière scène achevant ce marquage au fer rouge. A ce niveau, l'interdiction aux moins de 16 ans est parfaitement justifiée de part une atmosphère réellement dérangeante et certaines scènes de violence physique assez crues.
Pour autant, il n'y a que peu de scènes gore. 
Pourtant, le traitement tant narratif que dans la mise en scène est loin d'être académique et Sion apporte une grande touche personnelle.

De fait, la narration se basera à de nombreuses reprises sur les troubles psychiques et psychosomatiques en nous faisant souvent sombrer dans les méandres torturées de l'esprit de Taeko. Cela apporte une touche de surréalisme et d'onirisme conférant une véritable ambiance au récit en plus de lui apporter une grande profondeur. Paradoxalement, cela peut parfois perturber la bonne compréhension de l'histoire mais celle-ci reste claire même si un deuxième visionnage pourrait s'avérer nécessaire pour certains. A côté, un grand travail a été effectué au niveau de l'esthétique à travers toutes ses couleurs propres au cirque. Un cirque étrange et morbide ne représentant rien de plus que le chemin de la vie des personnes "condamnées à mort à la naissance". La guillotine est une métaphore très intelligente à ce niveau et incarne la barbarie à l'état pur. Pas de mort "douce" pour souligner cette destruction de l'enfance mais bien un moyen de meurtre plus violent. Une idée brillante.
La bande sonore n'est pas en reste et nous apporte de très belles symphonies. Encore un bon point.

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En cela, l'idée du cirque confirme le caractère provocateur et burlesque cher au réalisateur mais qui, à aucun moment, ne ridiculise le visionnage ou dénature un récit complexe et cruel. Tout a été dosé tant les hallucinations que les passages de cirque et cela fait de Strange Circus un film tant original que puissant. A de nombreuses reprises, on observera aussi l'image de la suprématie du sexe masculin où le père est vu comme écrasant le sexe féminin dans la société nippone. Encore une fois, une métaphore brillante a été créée avec cette TV à travers laquelle le père apparaît comme un "Big Brother" omniscient, tout en étant un riche directeur d'école. Une façon de représenter le père comme une autorité financière et sociale mais se montrant surtout repoussant les limites de la dépravation grâce à son statut de dominant. L'interprétation des acteurs y est pour beaucoup et ceux-ci sont parfaitement investis dans la peau de leur personnage. Hiroshi Ohguchi est absolument brillant dans la peau de ce père antipathique, pervers, sadique et manipulateur que l'on aimerait enfermer à vie dans un étui à violoncelle.
Taeko, incarnée par Masumi Miyazaki, nous offre le portrait d'une femme meurtrie à vie par son passé qu'elle tente à tout prix d'oublier. Issei Hishida, dans le rôle de Yuji, campe tout aussi bien le rôle d'un assistant au début apathique mais devenant de plus en plus étrange et même terrifiant dans la dernière partie.

Enfin, Mitsuko, incarnée par Rie Kuwana, se montre très touchante dans la peau de cette petite fille qui n'a rien demandé et se retrouve maltraitée par ses parents. En conclusion, Strange Circus est l'archétype même du très grand film dramatique où l'émotion et le désespoir atteignent des proportions rarement vues à certains moments. C'est un récit tragique et cruel orchestré de main de maître et dont on ne ressort pas indemne face à toutes ces thématiques chocs et tabous traitées sans le moindre complexe mais sans jamais sombrer dans le putassier.
Une oeuvre d'une grande violence psychologique malmenant tant le spectateur que la petite Mistuko. Il est évident que le film ne plaira pas à tout le monde et s'adressera à un public très averti de par sa radicalité et son nihilisme reposant, cependant, sur une superbe mise en scène à l'esthétique raffinée et colorée, contrastant avec cet amer tableau familial. Une mention doit aussi être faite à la bande sonore nous apportant de très belles symphonies.
Il est lamentable de se rendre compte que Strange Circus est confiné dans l'anonymat alors que ses qualités le font se hérisser sans problème parmi les plus grands drames sortis à ce jour. Qu'à cela ne tienne, ceux qui auront tenté l'expérience conserveront sans nul doute une marque en eux. Ne partageant pas entièrement les louanges de Suicide Club, je dois dire que Sono Sion m'a foutu une sacrée claque dans la gueule et je pense que ses autres films vont avoir beaucoup de mal à se hisser au même niveau, voire, encore plus, à le surpasser.

 

Note : 17,5/20

 

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