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Genre : Drame, romance, inclassable, expérimental (interdit aux - 12 ans)

Année : 1990

Durée : 1h25

 

Synopsis :

Dans la cité russe d'Arkhangelsk un soldat canadien, un aviateur belge et une infirmière russe, à jamais perturbés par les gaz moutarde et les horreurs de la guerre, sont affligés de troubles de la mémoire tels qu'ils en oublient à tout instant l'objet de leur amour.

 

La critique :

Il y a de cela 2 semaines, je chroniquais, à la grande joie d'inthemood, Tales From The Gimli Hospital du réalisateur méconnu du grand public, à savoir Guy Maddin, reconnu comme l'un des cinéastes les plus rudes et étranges de toute l'histoire du cinéma. Réalisateur reconnu aussi pour l'importance de son oeuvre et considéré par beaucoup comme l'un des meilleurs du 7ème art. Evidemment, il aurait été fâcheux de ne pas s'attaquer au restant de son oeuvre, mais ça n'arrivera pas, vu qu'un deuxième film arrive justement aujourd'hui à travers cette chronique.
Ce film du nom d'Archangel est le deuxième film de Maddin et il ne fait aucun doute que le réalisateur était attendu au tournant avec celle-ci. 
A dire vrai, on ne trouve toujours que peu d'informations concernant le parcours de ses films et ce, malgré le Telluride Medal obtenu. Bien évidemment, on est en droit de se demander si Maddin va réussir à poursuivre sur sa, déjà, remarquable lancée en sortant un film dans le même état d'esprit que son tout premier bijou. Est-ce qu'il aura réussi à s'imposer comme l'un des boss du cinéma expérimental ? Réponse dans cette chronique d'un film très étrange.

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ATTENTION SPOILERS : Le film se déroule après la première Guerre Mondiale, en 1919. Les nouvelles annonçant la fin de la guerre ne sont pas parvenues au port russe d'Arkhangelsk et les protagonistes continuent de se battre tandis que la guerre civile russe fait rage. Le lieutenant canadien John Boles, ayant perdu une jambe et une partie de la mémoire, pleure son amour perdu, Iris. Boles est caserné dans la maison d'une famille russe et s'éprend de la belle Veronkha, ressemblant étrangement à Iris. Le mari de Veronkha, Philbin, souffre également d'amnésie et est persuadé que chaque soir est sa nuit de mariage. Boles devient de plus en plus convaincu que Veronkha est Iris.
Pendant ce temps, la guerre se poursuit dans la nuit arctique et chacun agit héroïquement malgré les troubles amnésiques touchant la plupart des protagonistes.

Alors ça c'est du synopsis qui a le mérite d'être original et de toucher l'intérêt de chacun ! Un synopsis beau sur une romance originale et déchirante loin des chiures sortant par milliers à notre époque (Clin d'oeil à Nos Etoiles Contraires face auquel je n'ai pas su tenir 15 minutes devant sans couper la projection). On peut le dire, Maddin a de l'idée et de l'imagination pour créer un cadre dans ses films et Archangel ne déroge pas à la règle. Avoir cette idée de créer un quasi film de guerre avec une gigantesque touche expérimental, ça pique la curiosité mais ça peut inquiéter.
Pourtant, Maddin confirme son potentiel en livrant un OFNI d'une poésie rarement vue, à même de nous donner envie d'être amoureux à la fin du visionnage. La seule chose qui résonnera dans notre crâne durant le film est que c'est beau. 
Archangel est typiquement le trip sensoriel par excellence que l'on va profondément détester et le rabaisser à de la branlette intellectuelle (et on ne va pas se cacher que c'est compréhensible), ou que l'on va adorer et être charmé tout le long.

Le réalisateur nous place dans le contexte de la guerre civile russe avec 3 personnages ravagés par les effets néfastes du gaz moutarde et qui en oublient sitôt leur amour. Contrairement à certains, il n'y a pas de sanglots ni de lamentations mais une indicible tristesse en chacun témoignant de toute l'absurdité de la guerre et de ses conséquences sur l'individu, tourné dans un style unique. Une satire sur la propagande des anciens films, livres et journaux de l'époque où les Bolchevik et Allemands sont montrés comme des sous-hommes, des monstres s'adonnant au cannibalisme et autres atrocités.
La guerre y est humiliée et montrée non seulement comme inutile mais dévastatrice tant physiquement que psychologiquement sur l'individu. Bien sûr, vu comme cela, on se dit que le scénario s'adresse à n'importe quel public mais détrompez-vous très vite. Vous trouviez Tales From The Gimli Hospital déjà fort expérimental ? Alors, préparez-vous à vous retrouver face à un plus gros morceau car Archangel va encore plus loin. 

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La trame est à la fois claire dans ses intentions mais dévie souvent et devient confuse à d'autres moments dans un tourbillon de sentiments et de pensées de chaque personnage. La mise en scène rend le long-métrage totalement inclassable à un point que seuls les plus passionnés d'expérimental sauront correctement apprivoiser cette curiosité singulière. L'histoire est nébuleuse, parfois évanescente et s'articule autour d'une tonalité artistique et esthétique à couper le souffle tant les genres se mélangent. Le noir et blanc offre des plans superbes via une caméra toujours placée au bon endroit.
A de nombreuses reprises, on remarquera l'amour qu'a Maddin pour l'expressionnisme et le cinéma muet en général en jouant sur les ombres ainsi qu'en insérant des panneaux décrivant l'action qui se déroule ou des réactions des personnages. Le réalisateur joue entre le muet et le parlant et intègrera à quelques reprises un noir et blanc très bleuté et des plans sépia, tous du plus bel effet. Qu'on se le dise, Archangel est une leçon de mise en scène et décontenancera les spectateurs par l'absurde qui restera toujours lié intrinsèquement au film.

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Les réactions sont parfois incohérentes, comme si tout était irréel et que l'on était face à un rêve éveillé. On pense à ces femmes se battant aux côtés des soldats dans les tranchées ou encore à ce gros bonhomme étranglant un Bolchevik avec ses intestins. Nul doute qu'il n'y a pas de crédibilité et que l'histoire n'est pas terre-à-terre. Cette oeuvre hypnotise et procure en nous une sorte de fascination indescriptible. Et ça, on ne le voit que dans très très peu de films. La bande sonore est relaxante, posée et contribue à cette ambiance irréelle. Enfin, n'oublions pas de parler des acteurs qui délivreront une prestation parfaitement compatible avec l'atmosphère. Une grosse mention sera à faire à Kathy Marykuca, qui représente Veronkha, se montrant absolument magnifique par son regard mélancolique et sa blancheur immaculée.
Rarement, une femme n'aura autant crevée l'écran de par sa présence. Les 2 rivaux pour la même femme qui sont Boles et Philbin, incarnés respectivement par Kyle McCulloch et Ari Cohen, sont convaincants quoique un peu apathiques par moments. A noter que McCulloch et Michael Gottli, incarnant Jannings, étaient déjà aux côtés de Maddin dans Gimli Hospital.

En conclusion, difficile d'en dire plus sur cette oeuvre complètement atypique dans son genre. Archangel est un film qui se vit vraiment. Une poésie étrange et loufoque sur un fond magnifique et mélancolique. Une expérience déroutante mais attractive servie par une grande atmosphère et une mise en scène aux petits oignons. Néanmoins, compte tenu du trait expérimental très prononcé, Maddin rend son bébé complètement inclassable et donc très difficile d'accès.
Pourtant, je défie quiconque ne pas être charmé voire même envoûté devant l'aura unique ressortant des multiples séquences du récit et de la tonalité inhabituelle qui en émane. Un film encore plus atypique, surréaliste, étrange, indescriptible, irréel, surprenant, intriguant et autres qualificatifs suffisant à dire qu'aucune note n'est possible à mettre face à ce petit bijou empreint de sensualité par le biais d'une belle et tragique histoire d'amour.

 

Note : ???

 

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