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Genre : Policier, thriller (interdit aux - 16 ans)

Année : 1999

Durée : 2h03

 

Synopsis :

"Privé" à Harrisburg, Pennsylvanie, Tom Welles mène une vie banale avec sa femme Amy et leur petite fille. Entre deux filatures pour adultère, il rêve de l'affaire exceptionnelle qui fera de lui un grand parmi les grands. Lorsqu'une richissime veuve lui demande d'enquêter sur le film 8 mm qu'elle a découvert dans le coffre de son défunt mari, Tom bascule dans un univers dont il ne soupçonnait pas l'existence. Les sévices et le meurtre de la jeune inconnue filmés sur la bobine sont-ils seulement une perverse mise en scène ou bien une terrifiante réalité ?

 

 

La critique :

Indubitablement, le genre thriller a toujours été un de ces genres les plus plébiscités et les plus appréciés chez le grand public voulant, à un moment ou à un autre, quitter le domaine des blockbusters mais pas seulement car chez les cinéphiles, il rencontre toujours un grand succès. Néanmoins, il est aussi un de ces genres qui peut vite sombrer dans le ridicule au point qu'un grand nombre de films de ce type se sont suivis, au mieux, avec un ennui poli. Parmi les réalisateurs notables apportant les lettres de noblesse à ce genre, on citera volontiers David Ficher (Seven, Zodiac, Gone Girl, Fight Club, etc..), Alfred Hitchcock (Psychose, Sueurs Froides, Fenêtre Sur Cour, etc...), ou encore Clint Eastwood (Gran Torino, Mystic River, etc...) sans oublier le cinéma coréen.
Il est assez surprenant que parmi ceux-ci, on oublie Joel Schumacher mais il n'y a rien d'étonnant car il est capable du meilleur avec Phone Game ou encore Chute Libre, comme du pire avec Le Nombre 23 ou Le Fantôme de l'Opéra. De fait, une belle irrégularité caractérise la filmographie de ce monsieur. 

Parmi sa filmographie, on retrouvera le film qui nous intéresse aujourd'hui, à savoir 8MM qui obtiendra 2 piètres récompenses et engendrera une suite absolument inutile. A l'origine, David Fincher fut approché pour réaliser le film mais celui-ci refusa poliment à cause d'une histoire beaucoup trop violente. Cela sera de même pour Mark Wahlberg qui refusera de jouer le rôle de Max California. La production est donc confiée à Joel Schumacher qui recrutera un casting pour le moins intéressant avec Nicolas Cage dans le rôle principal. Enfin, le personnage atypique de Max California sera confié au très bon acteur Joaquin Phoenix. Deux participations surprenantes pour un film loin de ce dans quoi, ils ont l'habitude de tenir un rôle. Pour autant, à sa sortie, le film recevra un accueil critique défavorable mais remportera un succès commercial modéré malgré son interdiction aux moins de 16 ans.
A première vue, on ne va pas se cacher que nous ne sommes pas en confiance avant de démarrer le film. Et pourtant...

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ATTENTION SPOILERS : Tom Welles, détective privé à l'affût de « l'affaire » qui lui apportera la notoriété, est contacté par madame Christian, une veuve fortunée qui a trouvé dans les documents de son défunt mari un snuff movie mettant en scène le meurtre d’une jeune fille. Bouleversée, elle demande à Welles d'enquêter sur l'authenticité du contenu du film. Celui-ci, aidé de Max California vendeur dans un sex-shop, se lance sur la trace d'un dénommé Machine qui semble être l'auteur du meurtre présenté dans le film sur lequel il enquête. A première vue, le synopsis donne envie de visionner le film malgré ses critiques défavorables. En somme, Joel Schumacher nous plonge dans un monde austère au beau milieu de l'immoralité et du cinéma underground et déviant. Pari réussi ?
Critiques défavorables biaisées et has-been dès qu'elles se retrouvent face à un film violent ? Je suis au regret de dire que oui, les critiques hostiles sont strictement incompréhensibles car nous sommes sans nul doute face à un des thrillers de la fin des années 90 les plus sous-estimés, la faute sans doute à une trame à la fois originale mais loin de la retenue observée dans le cinéma traditionnel et ce, malgré une réalisation de grande envergure.

De mémoire, 8MM est bien l'un des seuls films à traiter de ce thème tabou qui est le snuff-movie, soit un court film où de véritables personnes sont tuées. Une légende urbaine face à laquelle je reste sceptique compte tenu de tout ce que l'on peut trouver sur le darknet. Nul doute que cela décontenança de nombreuses personnes mais pourtant, Schumacher crée une ambiance pesante, travaillée et particulièrement glauque, où nous sommes happés avec Cage dans un univers en dehors de toute logique et de toute morale. Le réalisateur parvient à jongler habilement entre l'enquête policière et les dérives invraisemblables du cinéma underground sans jamais que ceux-ci ne viennent bouffer l'objectif premier du film, et ça c'est un vrai coup de génie car nombre de cinéastes auraient volontairement ou involontairement versés dans le voyeurisme abusif et le putassier.
Pourquoi je dis le mot "abusif" ? Car 8MM a avant tout cet objectif de critiquer une société se complaisant dans la violence face au visionnage d'oeuvres extrêmes. Un propos que l'on peut observer à tout moment face à ces vidéos gore et ultraviolentes fleurissant sur les réseaux sociaux et rencontrant toujours un grand succès. L'homme est avant tout un être voyeuriste, contrôlé indirectement par sa propre curiosité malsaine qu'il parvient difficilement à réfréner. 

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Mieux encore, il dénonce les classes les plus aisées qui seraient les plus dépravées en allant jusqu'à avoir droit de vie ou de mort sur des personnes enlevées pour satisfaire leurs besoins primaires. En soi, plus un individu a de pouvoir et plus il va chercher à le repousser jusqu'au pouvoir ultime à savoir, comme je l'ai dit, le droit de vie ou de mort. Un propos malin mais qui ira encore plus loin face à ce tueur loin de l'individu au passé sensible et à l'enfance difficile mais qui, au contraire, torture et tue parce qu'il aime ça, parce qu'il en a envie. Vous l'avez compris, on est loin des standards du thriller conventionnel et 8MM se révèle être une oeuvre dérangeante et nihiliste qui déstabilisera les personnes facilement impressionnables du fait d'une absence totale d'empathie au cours du visionnage, dû en partie à un propos glacial. Une réalisation tout simplement brillante, bien pensée faisant de ce film, une oeuvre relativement choquante qui n'aura pas usurpé son interdiction aux moins de 16 ans.

Ainsi, le visionnage d'oeuvres déviantes ponctue le récit en permanence où nous sommes amenés à suivre Nicolas Cage regarder des oeuvres pornographiques avec tortures, soumissions, sadomasochisme et humiliations en tout genre mais aussi des viols simulés, voire parfois de vrais viols représentés par des "extreme bondage". On le suit dans des brocantes cachées au grand public où se mélangent vidéos urophiles, scatophiles, zoophiles et pédophiles en provenance de pays éloignés comme les Philippines. On ne pourra pas dire que le scénario est adapté à tout un chacun, d'autant plus que Schumacher ne se censure pas vraiment et confirme l'interdiction élevée du film. 
Le récit se suit sans trop de temps morts et parvient à nous tenir en haleine malgré une durée de près de 2 heures. Le suspense et l'attraction sont omniprésents mais cela est dû en partie au climat et aux thèmes atypiques et violents, confirmant l'attrait inconscient du public pour la violence. Il ne fait aucun doute que le film plaira à tous les amateurs de thriller un minimum travaillé.

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Concernant l'architecture du film, ça reste académique tout en nous offrant une image très souvent belle où les couleurs de sex-shop, de salles sadomasochistes et de marchés de vidéos clandestines se marient bien. Un gros point sera à attribuer au jeu d'acteur très correct quand il ne se montre pas tout simplement excellent. Nicolas Cage se débrouille admirablement en profiler dépassé par ce monde austère tandis que Joaqin Phoenix confirme tout son talent d'acteur et s'investit pleinement dans son personnage à la fois comique et spécial, comme tout bon vendeur de sex-shop qui se respecte.
Les autres acteurs ne sont pas en reste avec Peter Stormrare pour le moins effrayant dans la peau de ce réalisateur de films pornographiques trash et surtout Machine, incarné par Chris Bauer, loin du physique du grand méchant avec sa tête inoffensive de Monsieur et Madame tout le monde, habitant une maison simple dans un pavillon tout ce qu'il y a de plus normal.

Ainsi, la confrontation entre nos 2 personnages crée un certain malaise quand on se retrouvera face à la véritable personnalité de Machine qui pourrait sans conteste être notre voisin ou tout du moins, un homme comme les autres. En conclusion, 8MM est un thriller assumant entièrement son sujet tout en le gérant de manière très efficace. Schumacher nous délivre un film intelligent et pensé se parant d'une véritable analyse anthropologique et psychologique d'une société en perte de repères moraux.
Il est regrettable de voir que 8MM reste un thriller très sous-estimé alors qu'il délivre plutôt bien la marchandise et va directement à l'essentiel. Servi par un jeu d'acteur très agréable et travaillé, ainsi qu'à une réalisation soignée et posée mais sans jamais atténuer l'attention du spectateur, 8MM mériterait une réelle reconnaissance du public.
Avec ce film, le réalisateur crée son oeuvre la plus excessive et peut-être même la plus dérangeante, mais nous interroge surtout le bien-fondé de la légende urbaine du snuff movie. A la fin du film, on ne pourra que se poser la question : Et si de telles vidéos existaient vraiment ? 

 

Note : 15/20

 

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