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Genre : horreur, slasher, comédie (interdit aux - 12 ans)
Année : 1998
Durée : 1h29

Synopsis : La poupée Chucky n'est plus qu'un infâme bout de chiffon et de plastique tout juste bon à jeter aux ordures. Mais Lee Ray, tueur en série officiellement mort depuis une dizaine d'années, habite encore sa carcasse en charpie. La pulpeuse Tiffany, créature tout entière dévolue à son culte, rêve de le ramener à la vie. Et voilà qu'elle parvient à le ranimer. Mais dès son retour à la vie, Chucky se fatigue vite de son apparence de jouet, car rien ne vaut, à ses yeux, un mètre quatre-vingts de chair et d'os, un physique avantageux où coule du sang chaud, celui du beau Jesse par exemple. 

La critique :

1988. La sortie de Jeu d'Enfant (Tom Holland) marque une nouvelle date fatidique dans le petit univers du slasher. Michael Myers, Jason Voorhees et Freddy Krueger, les affreux croquemitaines, sont carrément évincés par une vulgaire poupée en plastique, Chucky. Mais cette créature apathique n'est autre que la réincarnation d'un tueur en série, Charles Lee Ray. Très vite, le jouet démoniaque s'en prend à un jeune gosse et à toute sa famille.
C'est dans cette dialectique que s'inscrivent Chucky, la poupée de sang (John Lafia, 1990) et Chucky 3 (Jack Bender, 1991). Hélas, dès le troisième opus, la poupée sociopathique ne fait plus peur et suscite déjà l'indifférence d'un large public. Alors autant se moquer de cette figure méphistophélique sous l'angle de la dérision.

C'est dans cette rhétorique que se situe La Fiancée de Chucky, réalisé par Ronny Yu en 1998. Le réalisateur, producteur et scénariste chinois s'expatrie aux Etats-Unis vers le milieu des années 1990. Il s'illustre dès 1997 avec la sortie de Magic Warriors, un film d'aventure fantastique qui s'adresse essentiellement à un public pré-pubère. Bien que médiocre, le long-métrage se solde par un succès commercial au box-office américain.
Ronny Yu exulte. Le cinéaste souhaite s'orienter à la fois vers la comédie et l'horreur. La distribution de ce quatrième chapitre réunit Jennifer Tilly, Brad Dourif (qui prête toujours sa voix à Chucky), Katherine Heigl, Nick Stabile, Alexis Arquette, Gordon Michael Woolvett et John Ritter.

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A l'instar de ses épigones, La Fiancée de Chucky ne brille pas vraiment par sa complexité scénaristique. L'intitulé résume à lui seul l'inanité et la vacuité de cette nouvelle historiette. Attention, SPOILERS ! (1) Tiffany, la dernière amante de Chucky pendant qu'il était humain, assassine de sang froid dans un hangar désaffecté un policier qui quelques minutes auparavant avait dérobé la poupée pour elle dans un commissariat de police. Elle décide de la ressusciter par une incantation vaudou.
Celle-ci pensait naïvement, par une bague trouvée dans l'appartement, qu'il voulait la demander en mariage la nuit de sa mort. Hélas, cette bague volée n'était qu'un trophée pour Chucky. Déçue, elle l'enferme et lui offre en moquerie une poupée d'une mariée. Chucky ne cherche qu'une chose, prendre possession du corps de quelqu'un.

Il tue Tiffany, qui était déterminée à ne pas le laisser se remettre en humain tant qu'il ne l'épouserait pas, et transfère l'âme de Tiffany dans une poupée. La seule solution pour retrouver leur forme humaine est de traverser les Etats-Unis. Pendant ce temps, un jeune couple, Jesse, voisin de Tiffany, et Jade, victime de la surveillance de son oncle officier de police, rencontrent énormément de difficultés pour pouvoir se voir. Un coup de téléphone de Tiffany leur demandant, argent à la clé, d'amener les poupées à la tombe de Charles Lee Ray, ils partent, et une nouvelle série de meurtres commence, cette fois en couple, à travers les Etats-Unis (1). Premier constat, Ronny Yu connaît parfaitement ses références et dissémine, ici et là, plusieurs clins d'oeil aux grands classiques du cinéma d'épouvante. 

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La Fiancée de Chucky entretient donc une étrange filiation avec La Fiancée de Frankenstein (James Whale, 1935). Hélas, hormis la tension sexuelle sous-jacente et inhérente au chef d'oeuvre de James Whale, la comparaison s'arrête bien là. Lors d'une saynète élusive, Ronny Yu nous présente les masques de boogeymen bien connus du grand public, ceux de Leatherface, de Jason Voorhees, de Michael Myers et de Freddy Krueger. Toujours la même antienne...
Chucky, la poupée sanguinaire s'inscrit dans ce même univers, celui du meurtre mais aussi de figures condamnées à être raillées et ridiculisées. A l'instar du jouet en plastique et psychopathique, Freddy et Jason seront eux aussi brocardés, nargués, humiliés et auto-parodiés dans Freddy contre Jason (2003), un autre slasher qui joue à la fois la carte de l'horreur et des fanfaronnades.

Ces grandes figures lucifériennes n'inspirent plus la terreur mais les avanies, les invectives et les quolibets. Pas question de renouveler un concept désuet et périmé depuis belle lurette ! Dès lors, Ronny Yu choisit de caricaturer Chucky à une sorte de lubrique et de sadique à ses heures perdues. Mais la poupée sanguinolente trouve ici une concurrente de poids, en la personne de Tiffany (Jennifer Tilly), à son tour victime de sorcellerie, et elle aussi confinée dans le corps d'une poupée.
A partir de là, Ronny Yu enchaîne les goguenardises, les meurtres et les répliques grivoises, quitte parfois à verser trop facilement dans les gauloiseries et la complaisance. Par exemple, était-il absolument nécessaire de montrer une scène coïtale entre Chucky et sa dulcinée ? En dépit de son concept anomique, ce quatrième chapitre surprend néanmoins par sa nonchalance et son irrévérence. En l'état, les protagonistes humains sont évidemment supplantés par Chucky et son énamourée.
En outre, les deux poupées acariâtres restent les principales attractions de ce quatrième volet
. Evidemment, la conclusion finale, elle aussi en fanfare, annonce un inévitable cinquième opus, Le Fils de Chucky (Don Mancini, 2004), par ailleurs beaucoup moins subversif que son prédécesseur.

Note : 12.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver