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Genre : Policier, thriller 

Année : 2004

Durée : 2h10

 

Synopsis :

Deux inspecteurs de police, l'un de la campagne, l'autre de la ville, aux méthodes radicalement opposées vont devoir mettre leurs forces en commun afin de piéger un terrible tueur en série. Les soupçons de chacun vont alors se déplacer d'un suspect à un autre, au rythme lancinant des assassinats barbares du mystérieux tueur.

 

La critique :

En ce mois de mai tout aussi pluvieux que le temps de ce film (du moins dans mon petit pays belge), une douloureuse période commence, c'est-à-dire celle des examens tant attendus. Et qui dit examen, dit irrémédiablement activité moins prolifique sur le blog et donc moins de chroniques pondues (même s'il y en aura encore un peu en juin). Bref, une fois n'est pas coutume et bienvenue pour la chronique d'un énième film coréen, encore une fois un gros morceau du nom de Memories of Murder, réalisé par Bong Joon-ho et sorti il y a à peine 13 ans.
Un film à mi-chemin entre le policier et le thriller et différent des films coréens que j'ai chroniqués auparavant car il s'inspire ici de faits réels s'étant déroulé entre 1986 et 1991. 
Pour vous raconter un peu l'histoire pour la moins démentielle, un tueur en série viola et assassina dix femmes, dans un rayon de deux kilomètres. La plus âgée des victimes avait soixante-et-onze ans. La plus jeune était une écolière de treize ans.

Le meurtrier n'a jamais laissé d'indices derrière lui. Plus de trois mille suspects furent interrogés et finalement, plus de trois cent mille policiers ont été mobilisés pour l'enquête. Personne ne fut jamais inculpé pour ces crimes. Voilà déjà pour les hostilités d'une histoire tragique et mystérieuse, digne justement des plus grands polars. A sa sortie, le long-métrage reçoit des critiques élogieuses et multiplie une belle collection de récompenses dans les divers festivals où il fut présenté. Bref, Memories of Murder est considéré aujourd'hui comme l'un des autres grands classiques du cinéma coréen et mieux encore comme l'un des grands classiques du genre policier.
Info ou intox ? Question stupide bien sûr.

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ATTENTION SPOILERS : En 1986, dans la province de Gyunggi, le corps d'une jeune femme violée puis assassinée est retrouvé dans la campagne. Deux mois plus tard, d'autres crimes similaires ont lieu. Dans un pays qui n'a jamais connu de telles atrocités, la rumeur d'actes commis par un serial killer grandit de jour en jour. Une unité spéciale de la police est ainsi créée dans la région afin de trouver rapidement le coupable. Elle est placée sous les ordres d'un policier local et d'un détective spécialement envoyé de Séoul à sa demande. Devant l'absence de preuves concrètes, les deux hommes sombrent peu à peu dans le doute... De fait, comme avec la plupart des grands thrillers coréens, on a toujours ce synopsis très attirant et imprégné de mystères. Mystère il y aura justement car nous sommes plongés ici dans l'un des films coréens les plus ambitieux dans sa trame narrative.
De facto, mettre en scène une histoire vraie de cette envergure est un pari à la fois risqué mais aussi sujet à rendre le thème grossier si il est traité de manière à vouloir afficher de la violence et du gore vain. Evidemment, nous ne sommes pas aux USA avec ses réalisateurs de 6ème zone car n'ayez crainte, Memories of Murder n'a aucunement usurpé sa réputation.

Bong Joon-ho nous délivre un film policier captivant et au suspense incisif où nous évoluons dans un superbe petit village perdu dans la campagne. A ce sujet, on soulignera tout le professionnalisme du réalisateur car le tournage s'est déroulé sur les lieux mêmes des événements. Il a nécessité plus d'une année de recherches, de visites, d'entretiens auprès de divers protagonistes liés à l'enquête : les policiers, mais aussi les journalistes qui couvrirent cette série de meurtres. A partir de là, on sait que le réalisateur a cherché à respecter à la lettre le déroulement de cette histoire et la reconstitution est frappante tant l'histoire est réaliste, mais n'hésite pas non plus à faire briller sa reconstitution par une mise en scène efficace et tenant par la gorge son spectateur.
Ainsi, Bong Joon-ho met en scène 2 policiers que tout oppose tant dans la mentalité que la manière de procéder et il va encore plus loin en analysant leur psychologie face à une situation les dépassant de plus en plus. Si le policier de la campagne a des méthodes brutales et se montre peu intègre en multipliant les mauvais traitements face aux suspects pour les faire parler, le policier de la ville se montrera plus réservé et plus tempéré dans son attitude.

C'est ce que l'on se dit car petit à petit, sa morale va progressivement vaciller, son intégrité et son sens de l'éthique aussi où il fera de cette enquête, une affaire personnelle l'obsédant de plus en plus. Indubitablement, on a ici le personnage le plus travaillé et l'air de rien le plus torturé en allant jusqu'à basculer dans une quasi folie vers la fin du récit. L'obsession, la vengeance personnelle et la critique envers la brutalité policière sont des thèmes assez flagrants rencontrés dans les thrillers coréens, et Memories of Murder réunit un peu tout cela en les traitant de manière très intelligente et subtile. Plus encore, nous ne sommes pas invités à suivre une simple enquête mais à assister également à la lente décrépitude de ces héros obsédés par la justice et ce besoin de faire régner l'ordre quitte à aller, parfois, mettre jusque la vie de leurs proches en danger.
Au niveau de toute l'idéologie et du scénario, le film fait un sans-faute et nous tient en haleine.

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La mise en scène, comme dit avant, est prenante bien que très posée et sans quelconque artifice pour renforcer, encore une fois, ce souci de réalisme qui est sans nul doute le fer de lance de ce long-métrage à la durée plutôt longue de 130 minutes passant comme une lettre à la poste. Il y a toujours quelque chose pour capter l'attention du spectateur, toujours un petit retournement de situation, une nouvelle révélation, de nouveaux indices, une trace quelconque et je défie n'importe qui de ne pas être impressionné par la qualité de la construction narrative.
Cependant, il n'y a pas que cela et tout film qui soit doit savoir gérer efficacement toute son architecture. Est-ce le cas ici aussi ? Oui sans aucun doute. Le cinéaste, en faisant dérouler sa trame dans la campagne, nous sort de superbes plans des champs, du village ou de la forêt, histoire de bien nous rincer l'oeil par la même occasion. Il est difficile de ne pas trouver certains plans de coucher de soleil beaux tant ceux-ci ont bénéficié d'un grand travail. Et ce ne sont pas les plans, cadrages et effets de lumière qui viendront ternir le tableau car ils sont tout aussi pensés. 

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La bande sonore est relativement discrète par moment et plus énergétique dans les moments de tension (et ils sont nombreux). N'oublions pas l'humour ponctuant le récit, toujours bien jaugé pour éviter de ridiculiser le récit et qui, en plus, fait mouche. On n'oubliera pas aussi le jeu d'acteur exemplaire avec Song Kang-ho et Kim Sang-Kyun incarnant respectivement les détectives Doo-man Park et Tae-yoon Seo, impeccables dans leurs rôles respectifs en étant très impliqués. Les autres acteurs, bien que forcément éclipsés, offriront une prestation honorable.
En conclusion, Memories of Murder n'est ni plus ni moins qu'un petit bijou de suspense à l'intrigue intelligente, pensée et tout bonnement captivante ne dénaturant jamais l'histoire dont il est inspiré. Le cinéaste respecte son sujet et c'est un point important qu'il faut souligner. Plus encore, il s'attelle à mettre en scène la dégradation progressive de l'état mental de nos inspecteurs confrontés à l'adversité, l'absence complète de preuves transformant rapidement l'enquête en impasse.
Une situation qui les dépassera et qu'ils refuseront de croire. Memories of Murder est brillant et nous rappelle encore une fois que le thriller coréen est la plus grande référence du genre au 21ème siècle. Et puis, comment oublier cette fin désespérée et d'une intensité rarement vue au cinéma ? Brillant est bien le mot qui convient le plus quand on pense et que l'on voit ce long-métrage. Par la suite, Bong Joon-ho confirmera tout son talent en réalisant The Host et Mother.

 

Note : 17/20

 

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