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Genre : Judiciaire, thriller (interdit aux - 12 ans)

Année : 1991

Durée : 2h08

 

Synopsis :

Max Cady, condamné à quatorze années de prison pour viol et voie de fait sur une mineure, est à nouveau libre. Avec détermination et rigueur, il entreprend de se venger de l'avocat Sam Bowden, qu'il estime responsable de son incarcération.

 

La critique :

A de nombreuses reprises, j'ai tempêté sur le fait que le thriller était un genre très difficile à mettre en scène et qu'actuellement, l'Occident avait cette faculté de souvent se rétamer quand un film de ce genre sort. Pour briser ces poncifs, il faut remonter en arrière, pas trop longtemps, mais bien avant que l'appât du gain soit une priorité dans le domaine cinématographique. A ce niveau, les années 90 sont des années de choix pour trouver un bon compromis entre thriller pas trop vieux et qualité certaine. C'est dans ces années-là que nombre de thrillers se sont hissés au rang de film de grande qualité, voire même de grand classique du cinéma. L'un des réalisateurs qui a le plus contribué à ce phénomène et apporté ses lettres de noblesse à ce style est le très connu Martin Scorsese, auteur de grands classiques tels Les Affranchis, Taxi Driver, Raging Bull ou encore Shutter Island et Le Loup de Wall Street dans sa période contemporaine. Vient également s'ajouter le film d'aujourd'hui, donc Les Nerfs à Vif, qui, curieusement, n'est pas le premier film que l'on cite quand on parle de la filmographie du bonhomme et qui est le remake du film éponyme sorti en 1962 avec le grand Robert Mitchum dans le rôle du prisonnier.

Ainsi, le tournage du film fut un peu mouvementé dans ses prémisses vu que c'était d'abord Steven Spielberg qui était sollicité pour le projet, mais qui se désista pour se concentrer pleinement sur La Liste de Schindler. Il proposa alors Martin Scorsese pour le réaliser et le convaincra, après plus d'un an d'arguments, de le faire. Il lira à 3 reprises le script original mais le détesta à chaque fois car la famille Bowden était trop heureuse alors qu'il la voulait misérable. Qu'à cela ne tienne, le projet naquit et sera nommé aux Oscars en 1992 dans la catégorie de meilleur acteur pour Robert de Niro et de meilleure actrice dans un second rôle pour Juliette Lewis. Bref, du Scorsese et des critiques élogieuses ne peuvent qu'attirer. Maintenant passons à la critique. ATTENTION SPOILERS : Max Cady vient de passer quatorze ans dans un pénitencier, reconnu coupable du viol et du meurtre d'une adolescente.
Il n'a qu'une idée en tête : se venger de l'avocat, Sam Bowden, qui l'a jadis fait condamner. Cady est persuadé que Bowden a fait disparaître des pièces du dossier d'instruction afin de s'assurer de sa condamnation. L'ancien détenu s'installe en Floride, dans la petite ville où vivent Sam, sa femme Leigh et leur fille Danielle et va très vite s'immiscer dans leur vie et les harceler de plus en plus.

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Un synopsis diablement efficace et intriguant que voici, signé Scorsese. Le film est-il à la hauteur de nos attentes ? Sans surprise, je vous dis Oui et même 3 fois Oui car, malgré son absence plutôt fréquente dans les premiers noms de la filmographie du réalisateur, Les Nerfs à Vif démontre tout le potentiel du cinéaste et se hérisse facilement parmi ses meilleures oeuvres. En cause, une relation sous tension de 2 personnages que tout oppose entre un ex-truand rendu coupable de viol et de meurtre et de l'autre, un avocat intègre. Pour autant, Scorsese ne met pas de barrière morale entre ces deux individus car l'avocat pas si intègre que ça est avant tout lâche, malhonnête mais surtout infidèle, en entretenant une relation extraconjuguale. De fait, il n'y a pas de bon et de méchant et ces deux personnages sont à mettre dans le même sac, aux dépens de la femme et de la fille du mari.
On est loin du thriller tout gentil en se rapprochant davantage vers un thriller judiciaire sombre et psychopathique.

Plus encore, Scorsese met en scène de façon audacieuse et réfléchie la lente dégradation de cette famille, en apparence normale, filant le parfait bonheur dans une villa luxueuse. Il confrontera également cet avocat bipolaire dans ce besoin de faire régner la justice mais qui falsifia le rapport de Max Cady face à l'apparition de ce même psychopathe le harcelant. La référence aux films Les Chiens de Paille saute directement aux yeux quand son éthique commencera à vaciller et que ce sentiment de vengeance, de violence et d'animosité prendra le dessus sur les valeurs qu'il défendait.
A peu de choses près, on peut parler de réelle descente aux enfers psychologique et celle-ci sera réalisée de manière brillante voire même excellente. Si le propos et les différents thèmes traités sont très bien pensés et mis en scène avec toute la maestria habituelle du réalisateur, la construction scénaristique est de très bonne facture. Les temps morts sont rares et le suspense est à la fois permanent et incisif. On est directement pris dans le feu de l'action au travers de ces 128 minutes de bobine qui passeront comme une lettre à la poste.

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Scorsese ne fait pas dans la dentelle et parsème son film de séquences inoubliables comme celle, proposée par De Niro, où celui-ci mord violemment la joue de la maîtresse de Bowden pour en cracher un morceau. Le thème de prédateur sexuel prend ici tout son sens et ce n'est pas la séquence entre la petite Juliette et Max Cady dans l'auditorium qui dira le contraire. Une scène puissante, inoubliable mais avant tout très dérangeante.

L'interdiction aux moins de 12 ans est loin d'être exagérée et la violence tant physique que psychologique est en permanence aux abonnés présents. La dernière séquence dans les marécages en est un témoignage frappant. A ce niveau, on sera surpris de tout le talent du réalisateur à filmer de manière efficace son récit sans que la caméra ne devienne gênante. Les plans et cadrages sont toujours bien pensés et la photographie est plus qu'agréable en plus d'une bande sonore adéquate pour les moments tantôt calmes et tantôt de suspens et de tension. L'architecture du film est globalement irréprochable et ça, il convient de le souligner. Mais cette chronique ne pourrait être convenable si l'on n'abordait pas le jeu d'acteur, l'autre grand point du film. Ainsi, Robert de Niro dans la peau de Max Cady est tout simplement bluffant en apportant un charisme certain à son personnage qui renforce ce côté psychopathe.
Chacune de ses apparitions impressionne et j'irai jusqu'à dire que Les Nerfs à Vif est l'un des films où De Niro a le plus crevé l'écran. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien qu'il est souvent cité parmi les plus grands méchants.

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Et croyez-moi qu'il aura vraiment vécu son personnage en déboursant 5000$ à un dentiste pour transformer sa dentition comme s'il avait passé 10 ans en prison et en se tatouant avec des teintures végétales. Il travaillera aussi sa musculature jusqu'à obtenir 3% de masse graisseuse. Voilà l'exemple d'un acteur culte. De son côté, Nick Nolte est exemplaire aussi et fait grandement vivre son personnage à travers un jeu d'acteur travaillé et surtout très crédible. Jessica Lange et Juliette Lewis offriront aussi une performance plus qu'honorable. Comprenez bien que, si De Niro est bien sûr le plus marquant de tous, les acteurs sont totalement investis et offrent une excellente prestation.
En conclusion, Les Nerfs à Vif est un excellent thriller sombre et violent où le scénario est redoutable de part sa mise en scène et les thématiques traitées apportant une profondeur certaine au long-métrage. Alors quand la photographie est belle et que le jeu d'acteur frise la perfection, on ne peut être que enthousiaste et applaudir le film à la fin de la projection. Nul doute que Les Nerfs à Vif est un des plus grands thrillers de Scorsese et mériterait la même reconnaissance que Les Affranchis ou Taxi Driver. Un must que tout fan de thriller se doit d'avoir vu au moins une fois. A la fin, on ne saura qu'être trop d'accord avec cette célèbre citation de Hitchcock : "Meilleur est le méchant, meilleur est le film".

 

Note : 17/20

 

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