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Genre : Drame, inclassable (interdit aux - 16 ans)

Année : 1971

Durée : 1h30

 

Synopsis :

La vie d'un adolescent en Espagne à la fin de la guerre civile dont le père, un rouge, a été dénoncé par sa mère.

 

La critique :

Je vous l'ai dit qu'à chaque dixième chronique, je me ferais un plaisir de chroniquer un film plus trash que ce que j'ai l'habitude de faire. Aujourd'hui, l'heureuse oeuvre élue est une étrange chose du nom de Viva La Muerte réalisé en 1971 par le célèbre Fernando Arrabal, à l'origine d'autres films sulfureux tels que le mystique J'irai comme un cheval fou ou encore L'Arbre de Guernica, pour ne citer que deux exemples. Artiste impressionnant de productivité en étant à la fois poète, romancier, essayiste, dramaturge et bien sûr cinéaste, il réalisa 7 longs-métrage, une centaine de pièces de théâtre, 14 romans, plusieurs essais et, tenez-vous bien, près de 800 livres de poésie.
Ca impressionne et on comprend mieux l'imagination inhumaine de ce bonhomme quand l'on visionne ces oeuvres. 
Il sera également confondateur de l'obscur mouvement actionniste Panique avec Alejandro Jodorowsky, Roland Topor et Christian Zeimert et créera également la pièce de théâtre Fando et Lis transmuté en film par Jodorowsky. Néanmoins, ne vous attendez pas à un cinéaste accessible car, comme dit auparavant, son cinéma est sulfureux, et Arrabal rencontrera divers soucis avec la censure française en raison d'une Espagne toujours sous régime Franquiste. Soit, bienvenue dans un cinéma complètement farfelu et maintenant direction la critique !

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ATTENTION SPOILERS : Après la guerre d'Espagne et sous le régime franquiste, Fando, un garçon d’une dizaine d’années, cherche à comprendre pourquoi son père a disparu. Il ne tarde pas à découvrir que c’est sa mère, pieuse catholique, qui a dénoncé son mari antifasciste. Perturbé par ces révélations, Fando va enquêter pour savoir ce qu’est devenu son père. Dans un pays cadenassé par la censure et les interdits religieux, Fando, partagé entre haine et amour pour sa mère et l’espoir de retrouver son père vivant, va enfanter autant de délires sexuels que morbides.
Je vous l'ai dit plus haut : bienvenue dans un cinéma farfelu, hors norme et complètement inimaginable la première fois que l'on s'y jette ! Viva La Muerte est à n'en pas douter un film d'une époque révolue où la libération des moeurs est passée par là, où les cinéastes ne se refusaient quasiment aucune excentricité, toute règle de bienséance étant violemment rudoyées par certains. Arrabal transpose son récit en mettant en première ligne Fando, un jeune garçon évoluant dans une société qu'il ne comprend pas.

Société alors toujours sous la dictature franquiste où les exécutions étaient monnaies courantes afin de se débarrasser de la "vermine rouge". Celui-ci est loin d'être épanoui car son père a été arrêté pour traîtrise à la patrie et que sa mère est tantôt protectrice et tantôt sujette à le maltraiter. Arrabal dénonce et lâche une féroce critique envers ce régime fasciste, tout ce qu'il y a de plus inhumain, n'ayant aucune considération pour le genre humain et s'enfermant dans un délire de violence absurde et de sectarisme disproportionné, la religion ayant une influence considérable à l'époque.
Cette société violente ne sera pas sans conséquence sur la psychologie encore très fragile de Fando et celui-ci ne tarde pas à perdre contact avec la réalité en s'enfermant dans des délires hors normes encore impressionnants près de 45 ans après sa sortie. Le réalisateur ne se censure pas et montre le tout crûment, que ça soit scatophilie, torture, inceste ou encore les mutilations et la nécrophilie. 

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Viva la Muerte est synonyme de déluge graphique où la violence est omniprésente. Un témoignage avant tout de la situation psychologique d'un enfant malmené et dépassé par un mode de vie bâti sur la violence. Arrabal démontre que l'imagination, très fertile, d'un enfant peut donner lieu à la création de pensées toutes plus choquantes les unes que les autres quand celui-ci évolue dans un environnement néfaste, en l'occurrence une société en pleine dérive. La mise en place de l'horreur humaine vue à travers les yeux d'un enfant de 10 ans est rigoureuse. 
Viva La Muerte
peut ainsi se targuer de posséder plusieurs séquences marquantes et d'une violence assez forte à l'image de cavaliers fonçant à toute allure sur le père de Fando enterré dans le sable avec juste sa tête à l'air libre. On pourra aussi parler de cette douloureuse mutilation d'un curé qui mangera ses propres organes génitaux en remerciant le seigneur ou de ce très impressionnant égorgement d'une vache. Et ça ce ne sont qu'une goutte d'eau dans un océan d'infâmie, et je n'ai pas parlé de la scatophilie !

En voyant cela, le fascisme n'est pas seulement critiqué mais la religion également sans oublier l'armée bien sûr. En gros, cette oeuvre est un bouillon de culture fort avant-gardiste et extrêmement acide envers l'Espagne de l'époque. Difficile donc de dire que l'on a "aimé" ce film tant le métrage additionne les délires scandaleux, toujours représentés par des filtres de différentes couleurs donnant un aspect clairement irréel. Jamais la gratuité n'est de mise, Arrabal dépeignant et analysant le portrait d'un jeune enfant incapable de comprendre le sens de toute cette violence et qui se désolidarisera indirectement de tout ceci au fur et à mesure de l'avancée de l'histoire.
Ceci dit, on sera en droit de comprendre les critiques reprochant une débauche excessive de violence. En l'état, difficile de s'imaginer qu'un garçon de cet âge fantasme déjà sur des délires scatophiles et nécrophiles. Je suis un peu resté dubitatif sur l'utilité de ces séquences au début mais au fur et à mesure, on se rend compte que ce n'est pas si idiot que ça.

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La scatophilie sera surtout représentée comme l'irrespect par excellence envers une personne. La scène de la mère déféquant sur le père enfermé dans une cellule en est un exemple frappant. En l'occurrence, on a là un film psychanalytique et hautement symbolique qui en rebutera plus d'un de part son jusqu'au-boutisme, sa nature surréaliste très marquée et sa relative complexité qui mériterait plus qu'une simple chronique. Difficile d'en dire plus car on a un film qui se vit pleinement et qui reste longtemps dans la tête après le visionnage de part toutes les thématiques traitées, y compris cette dualité sentimentale de Fando envers sa mère qui sera partagé entre son amour instinctif et sa haine suite aux mauvais traitements qu'il recevra. A ce sujet, la performance de la mère incarnée par Nùria Espert, à la fois belle et glaciale, est exemplaire. Un jeu d'acteur qui nous sautera aux yeux, là où les autres acteurs seront bien moins marquants, à l'exception de Fando incarné par Mahdi Chaouch, touchant et désemparé.

En conclusion, il ne fait aucun doute que Viva La Muerte est un film très compliqué à analyser et que cette chronique, à elle seule, est bien insuffisante pour mettre en avant tout le potentiel d'un film qui, personnellement, a eu du mal à me faire rentrer dedans mais qui a su par la suite susciter un intérêt non négligeable. Puissant et corrosif dans ses dénonciations, cette oeuvre est l'archétype même d'un film qui dérange et qui est sujet à controverses.
Il ne fait aucun doute que la censure de l'époque ne fut pas exagérée compte tenu du radicalisme de l'oeuvre. Radicalisme encore presque inédit dans le circuit cinématographique traditionnel. Bien que je n'ai pas eu le choc tant attendu, il est évident que Viva La Muerte cumule bon nombre de qualités et plaira sans nul doute aux amateurs d'oeuvres complexes. Un long-métrage, à peu de choses près, inclassable (donc difficile de mettre une note) à réserver toutefois à un public averti bien que Wikipedia mentionne une stupide interdiction aux moins de 12 ans. Croyez-moi, l'interdiction aux moins de 16 ans n'est pas usurpée et on le ressentira très vite dès l'introduction avec ces dessins de tortures avec, en fond sonore, une musique enfantine. Je vous l'avais dit que c'était du cinéma farfelu.

 

Note : ???

 

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