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Genre : Drame, thriller (interdit aux - 16 ans)

Année : 2002

Durée : 1h30

 

Synopsis : Esther, une trentenaire gaie et ambitieuse, effectue une mission dans un institut de sondage où elle espère bientôt être embauchée. Mais une blessure à la jambe la stoppe dans son élan professionnel et sentimental. Bientôt happée par une pulsion autodestructrice, Esther va lutter pour sauver sa carrière et surtout sa relation amoureuse avec Vincent.

 

La critique :

Fréquemment, quand on pense au cinéma d'horreur, on a souvent tendance à oublier la France qui a toujours été fort hostile à ce style cinématographique et qui n'hésite pas une seconde à descendre, parfois, gratuitement l'un ou l'autre film de ce genre sortant de temps à autre. A ce sujet, on se souviendra longtemps du scandale qui a éclaté au moment de la sortie de Martyrs où bon nombre de pseudo cinéphiles n'y ont vu que du gore voyeuriste. En d'autres termes, la France n'aime pas les films durs, elle n'aime pas les films radicaux et s'est engouffrée depuis trop longtemps dans une bien-pensance absurde. Mais aujourd'hui, nous allons briser ce poncif avec un nouveau thriller issu de l'Hexagone, à savoir Dans Ma Peau, réalisé par Marina De Van. Une oeuvre qui n'aura pas beaucoup fait parler d'elle et reste encore confinée dans l'anonymat. Chose assez étonnante, histoire d'être un peu de mauvaise langue, les critiques applaudiront plutôt bien le film et rien qu'avec ça, on a envie d'en savoir plus et de vérifier la réputation du dit film. Un thriller horrifique français, ça ne sort pas tous les jours donc autant prendre le risque et s'y jeter. Est-ce que Dans Ma Peau remplit le contrat et peut redorer un minimum le blason du cinéma choc français ? Réponse dans la chronique.

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ATTENTION SPOILERS : Âgée d'une trentaine d'années, Esther réalise ce dont on peut rêver à son âge. En mission dans une société d'études de marché, elle réussit à passer chef de projet junior. Elle vit aussi une histoire d'amour avec Laurent avec qui elle envisage d'acheter un logement. Tout va donc bien jusqu'au moment où elle tombe dans le jardin sombre d'une maison où se tient une soirée à laquelle elle participe. Plusieurs heures après sa chute, elle se rend compte qu'elle est vraiment blessée et doit se rendre aux urgences. Elle ne comprend pas pourquoi elle n'a pas senti cette blessure, pourquoi elle n'a pas eu conscience de ce qui se passait dans son corps.
Esther commence alors à se lacérer la peau, comme pour retrouver la présence de son corps. 
Vous l'avez donc compris, on tient là un film intéressant traitant d'un thème trop occulté dans le monde cinématographique traditionnel, qui n'est autre que l'automutilation. Un véritable désordre psychologique où l'individu prend plaisir à se faire mal, à se lacérer et à se faire saigner à un point tel qu'il est impossible pour lui de s'en passer.

Nul doute qu'une telle pratique mise en image pourrait donner lieu à une vraie oeuvre choc. Le résultat est-il à la hauteur de nos attentes ? Oui malgré une opinion assez partagée car l'oeuvre porte en elle plusieurs problèmes gênants mais j'y reviendrai par la suite. Marina De Van nous offre une oeuvre audacieuse et plus intelligente qu'elle n'y paraît. Vous vous attendez à un déluge gore ? Alors vous pouvez passer votre chemin car Dans Ma Peau est avant tout un drame social cruel reposant sur l'analyse de la déchéance d'une femme intègre et menant une belle vie au cours d'un simple accident.
La réalisatrice ne fait pas dans l'artifice et met en scène une bête chute en soirée pouvant arriver à n'importe qui et qui aura des répercussions terribles sur le devenir de cette trentenaire. 
Dans Ma Peau aborde un certain nombre de thématiques liées profondément à l'automutilation avec ce rapport de l'homme à la chair et la perte de contact social qui en résulte.

Esther, se retrouvant face à une situation qui la dépasse du fait de la laideur de sa jambe, va se scarifier d'abord en douceur mais de plus en plus fréquemment et surtout de plus en plus violemment. La réalisatrice élude toute explication rationnelle sur le pourquoi de cette folie. Un propos qui pourra agacer dans l'absolu mais qui n'est pas si idiot que ça car comment fournir une explication tangible sur une folie psychologique ? Difficile de répondre à cette question. Est-ce le fait d'être repoussée par son propre corps après cet accident au point de le dégrader davantage ?
Est-ce que le manque de sensations au moment de la chute fait qu'Esther cherchera à tout prix à retrouver une douleur sensorielle ? Objectivement, on a bien du mal à y répondre et cela pourra être vu comme un défaut rédhibitoire pour certains.

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Plus que tout, l'oeuvre met surtout en avant le mal-être profond d'une personne ne sachant pas réaliser et affronter ce qui lui arrive. Comme dit avant, cela aura une influence très négative sur ses liens sociaux et très vite, Esther s'isolera des autres dans une descente aux enfers d'un rendu crédible, de par la folie faisant de plus en plus corps avec le personnage, comme lors de cette excellente scène du dîner d'entreprise dans un restaurant. L'oeuvre crée le malaise et délivre une ambiance étrange ponctuée de séquences très réalistes de mutilation débouchant parfois sur le cannibalisme.
Comprenez bien que le film, en lui-même, est d'un réalisme saisissant tant dans le déroulement scénaristique jamais exagéré et ne versant jamais dans du gore pour faire du gore, que dans le jeu d'acteurs où on retrouve le très bon Laurent Lucas dans ce mari désarçonné par la situation psychologique de sa femme et Marina De Van, elle-même, incarnant Esther et qui offrira une prestation surprenante de qualité. Ainsi, la réalisatrice est complètement investie dans la peau de son personnage tourmenté par des pulsions autodestructrices qu'elle n'arrive pas à contrôler et dont l'issue ne fera qu'empirer.

Qu'on se le dise, Dans Ma Peau nous gratifie de très belles qualités mais on observera différents défauts assez gênants. Pour commencer, mais ça tient plus d'un ressenti personnel qu'autre chose, j'ai été assez déçu de l'absence d'explication de cette folie atterrissant un peu comme un cheveu dans la soupe sans qu'il n'y ait assez de signes avant-coureurs. On aurait aussi aimé que la réalisatrice aille plus loin dans l'analyse de cette grave pulsion qui, tout au long et bien que les différents thèmes soient traités de manière plus que correcte, évoluera un peu trop en superficialité.
Un peu plus de profondeur n'aurait pas été de refus car le thème central est plus que passionnant. On pourra aussi avoir cette impression désagréable d'autocensure faite par la réalisatrice elle-même pour éviter de trop choquer son audimat. De fait, l'interdiction aux moins de 16 ans peut parfois être un peu exagérée sachant que la mise en scène est loin d'être jusqu'au-boutiste et ne happe pas en permanence le spectateur par la gorge comme on pourrait l'attendre.

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Enfin, mais là je ne partage pas du tout ces reproches, on pourra également reprocher le rythme de la mise en scène parfois fort lent et manquant de gnaque sur les bords. Pour autant, la mise en scène est tout ce qu'il y a de plus conventionnelle et ne perd jamais son spectateur ni ne le déçoit car les plans sont toujours travaillés et que le rythme est assez correct. Les scènes violentes sont davantage suggérées et font mouche malgré un manque de puissance parfois décevant. En conclusion, Dans Ma Peau est décidément une oeuvre bien difficile à analyser et qui en déboussolera plus d'un tout en le faisant réfléchir sur ce qu'il a vu et sur la qualité du film. Pour autant, si l'impression est mitigée à la fin du récit avec une fin peu intéressante, cette oeuvre offre des thèmes relativement bien traités bien que manquant un peu de profondeur sur les bords et, fait notable, se détache de toutes lamentations et pleurs abusives propres aux mauvais drames. Il ne fait aucun doute que le film se montre plus difficile d'accès qu'il n'en a l'air et ne plaira pas à tout le monde. De fait, un deuxième visionnage pourra être nécessaire pour se faire un avis définitif sur le long-métrage qui pourra créer facilement le débat.
Un thriller plutôt intéressant mais assez dispensable à mon goût.

 

Note : 12/20

 

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