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Genre : Thriller (interdit aux - 12 ans avec avertissement)

Année : 2011

Durée : 2h15

 

Synopsis :

Yanji, ville chinoise de la Préfecture de Yanbian, coincée entre la Corée du Nord et la Russie, où vivent quelques 800 000 Sino-coréens surnommés les "Joseon-Jok". 50% de cette population vit d’activités illégales. Gu-nam, chauffeur de taxi, y mène une vie misérable. Depuis six mois, il est sans nouvelles de sa femme, partie en Corée du Sud pour chercher du travail. Myun, un parrain local, lui propose de l’aider à passer en Corée pour retrouver sa femme et même de rembourser ses dettes de jeu. En contrepartie il devra simplement y assassiner un inconnu. Mais rien ne se passera comme prévu…

La critique :

Encore une fois, je suis de retour avec un autre film issu tout droit du grand cinéma coréen spécialisé dans le thriller de très haute qualité, à savoir The Murderer sorti en 2011 dans nos contrées et issu de la plume de Na Hong-jin. Vous le connaissez sans doute vu qu'il est le réalisateur du, désormais, culte The Chaser qui avait déjà durablement marqué les esprits au travers d'une ambiance noire et désespérée aux antipodes de la gentillesse de la majorité des thriller occidentaux. Après ce premier grand succès, le réalisateur était attendu au tournant.
Ainsi, le film est présenté officiellement au festival de Cannes où il concourait dans la section "un certain regard". Mais pas seulement, le long-métrage remportera 2 belles récompenses avec le prix du meilleur réalisateur au festival du film de Catalogne et le prix du meilleur acteur pour Ha Jung-woo aux Asian Film Awards. A cela, une nomination pour le meilleur réalisateur à ce même festival sera également à noter.

Mais il y a surtout une particularité très importante qui entoure ce récit car il marque une grande première dans le cinéma sud-coréen. En effet, un studio hollywoodien, en l'occurrence la 20th Century Fox, a participé à la production du film via son antenne internationale, Fox International Productions. Une collaboration américo-coréenne n'avait donc encore jamais eu lieu avant. Evidemment, il y a un revers à cela vu que la société de production américaine possède les droits pour réaliser un remake (ha ha !) du film ainsi qu'une suite (ha ha ha !), toutes deux dirigées par Na Hong-jin, que l'on n'espère ne pas céder aux revendications surtout en voyant la fin toute sauf bonne à une suite. Qu'à cela ne tienne, il est maintenant l'heure de voir si le réalisateur a su encore reproduire le coup de massue.

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ATTENTION SPOILERS : Dans la province chinoise de Yanbian, Gu-nam, un Joseon-jok (Coréen de Chine), travaille comme chauffeur de taxi. Endetté jusqu'au cou et sans nouvelle de sa femme, partie chercher du travail en Corée du Sud, depuis des mois, il se voit contraint d'accepter ce que lui propose Myun, un dangereux mafieux local : se rendre à Séoul pour y assassiner un homme en échange d'une forte somme d'argent. Gu-nam voit aussi en ce contrat la possibilité de partir à la recherche de son épouse. Mais absolument rien ne se passera comme prévu...

Bref, Na Hong-jin est fidèle à lui-même et offre un synopsis attrayant ayant lieu dans la province sensible de Yanbian, théâtre de la misère sociale omniprésente et d'activités criminelles en tout genre. L'idée de transposer un scénario dans ce contexte est très intelligent et permet un dépaysement non négligeable mais plus encore de nous livrer un récit froid, pas seulement à cause de la température mais à cause de la pauvreté et de nombre bâtiments dégradés s'étant érigés progressivement en zones de non droit. Le réalisateur nous plonge dans le quotidien misérable d'un chauffeur de taxi addict aux jeux d'argent pour rembourser une dette colossale et qui n'aura d'autres choix que de devoir tuer un homme pour espérer s'en sortir. Comme pour The Chaser, il n'y a pas de bon et de mauvais et tous sont à mettre dans le même sac. D'emblée, le cinéaste balaie toute leçon de morale et nous prépare à suivre la traque d'un homme comme les autres voué à la cause de l'appât du gain et soumis à la perte de son humanité. Le choix fut judicieux de créer un personnage introverti, taciturne même, et antipathique.

Comprenez bien que le traitement risquera fort de déplaire les adeptes d'un cinéma où l'espoir triomphe toujours face à l'adversité. Comme dit avant, l'ambiance est désespérée et sujette à une histoire où Gu-nam sombrera dans une spirale sans fin de violence dont l'issue ne pourra qu'être fatale et sujette à tout sauf le happy-end. Ainsi, le film peut être divisé en 2 parties très distinctes. La première narre le quotidien de ce "paumé" vite mis en relation avec le parrain local qui l'embauchera pour effectuer une mission sensible. On sera invité à voir ses déambulations dans Séoul avant d'arriver à l'évènement clé du meurtre de cet inconnu. A partir de là, la seconde partie commence et l'histoire grimpera progressivement en intensité tout au long.

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A ce sujet, la mise en scène est rythmée, incisive et garde constamment l'attention du spectateur dans un climat de tension omniprésent. Tout pourrait aller dans le meilleur des mondes et propulser The Murderer au même rang que The Chaser sauf que le récit, complexe de base, s'emmêle un peu les pinceaux et perd son spectateur pris dans une épopée dégénérant en règlements de compte où l'on ne sait plus trop ce qui se passe et quelles sont les motivations des personnages. On s'entend au début puis après ça se transforme en une succession de meurtres sans précédents.
La confusion peut vite agacer le spectateur dans la dernière partie, je précise, du film. A force de, peut-être, trop vouloir en faire dans la construction d'un film riche en diverses intrigues, Na Hong-jin perd son sujet et sombre un peu dans la caricature malgré un film intense et se suivant sans déplaisir. Dommage !!

Car, en dehors de ça, le réalisateur nous livre une leçon de rythme et ne lésine pas sur l'action aux abonnées présentes et d'une brutalité assez marquée, confirmant l'avertissement qui s'ajoute à l'interdiction aux moins de 12 ans. Les meurtres s'enchaînent à une vitesse impressionnante et versent dans la sauvagerie la plus bestiale où armes blanches et hachettes se défient fréquemment. Le sang gicle sur les personnes et les murs, les séquences de fusillade mettent en pièce les malheureux qui se retrouveraient un peu trop exposés face à la bouche du canon. Vous en aurez pour votre argent et cela relève considérablement l'intérêt du film dont le seul défaut majeur est de s'être perdu dans son scénario vers la fin. Ceci dit, on rouspètera vite sur l'illisibilité de la séquence de poursuite en voiture entre Gu-nam et Myun où la caméra s'emballe en une bouillie exaspérante à regarder. Ca tâche car les autres courses poursuites, inhérentes au long-métrage, sont de très bonnes facture.

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Concernant l'architecture du film, si l'on excepte la course poursuite dont j'ai parlé plus haut, tout est filmé de manière très correcte sans que la caméra ne s'emballe. L'action est claire et les décors nocturnes sublimés par les multiples néons sont un régal à regarder. La bande sonore est tout ce qu'il y a de plus classique mais efficace. N'oublions pas le jeu d'acteur où nous retrouvons Ha Jung-woo dans le rôle de Gun-am. L'acteur offre une prestation en accord avec son personnage froid et dénué de tout sentiment. On retrouve aussi Kim Yoon-seok dans le rôle de Myun. Il est d'ailleurs assez amusant de constater que les rôles sont inversés car dans The Chaser, ce dernier incarnait en quelque sorte le héros du film et Ha Jung-woo était dans le rôle du psychopathe. Au reste du casting, on retrouvera Jo Seong-ha, Kwak Byoung-kyu ou encore Lee Chul-min offrant une prestation convaincante mais c'est tout.

En conclusion, The Murderer, il faut le dire, est indéniablement un très bon thriller tenant en haleine le spectateur pris dans un engrenage de rebondissements, de course poursuites et de combats très violents. Servi par une mise en scène énergétique, un visuel soigné et des acteurs principaux assez attachants, le traitement fait mouche mais est en partie gâché, à force de, peut-être, trop vouloir en faire, par un scénario confus dans la dernière demi heure, d'autant plus que l'intrigue était claire et facile à suivre avant. Mais ne boudons pas notre déplaisir, bien qu'inférieur à The Chaser, on est forcé de dire que l'efficacité est au rendez vous et que la fin est d'une noirceur comparable au reste du film en plus d'être très belle. Une dernière note : Hollywood a au moins eu ce mérite de ne pas faire chier son monde à vouloir occidentaliser le film.

 

Note : 15/20

 

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