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Genre : science-fiction, catastrophe 
Année : 1951

Durée : 1h23

Synopsis : Un astronaute découvre une planète morte qui file droit vers la Terre. Car il n'y a aucun moyen d'empêcher la collision, un pilote et un astronome sont chargés de construire puis de piloter un vaisseau spatial capable d'embarquer une poignée d'humains rigoureusement sélectionnés vers une autre planète.

La critique :

Plusieurs films de science-fiction - catastrophe annoncent des temps funestes et eschatologiques, soit sous l'angle écologique (Le Jour d'Après et 2012 de Roland Emmerich), soit sous l'angle d'une invasion extraterrestre (Le remake de La Guerre des Mondes de Steven Spielberg en 2005), soit sous l'angle d'une créature vorace et comminatoire (Cloverfield, Matt Reeves, 2008), ou soit encore sous la menace céleste et astronomique (Armageddon, Michael Bay, 1998).
Dans le dernier cas, l'arrivée d'un astéroïde de taille massive sur notre planète est hélas une triste réalité, ou plutôt probabilité, tout comme la collision de plusieurs planètes. Telle est la thèse alarmiste de Le Choc des Mondes, réalisé par Rudolph Maté en 1951.

En outre, le cinéaste doit surtout sa renommée pour son travail - en tant que chef opérateur - auprès de Carl Theodor Dreyer pour La Passion de Jeanne d'Arc (1927). Parallèlement, on lui doit quelques longs-métrages notoires, entre autres, La flamme qui s'éteint (1950), Le voleur de Tanger (1951), L'attaque de la rivière rouge (1954), ou encore Les Années Sauvages (1955). En l'occurrence, Le Choc des Mondes reste son oeuvre la plus proverbiale.
Adapté d'un roman éponyme (écrit conjointement par Philip Wylie et Edwin Balmer), le film s'inspire directement de l'Apocalypse et de l'Arche de Noé. De facto, Le Choc des Mondes a évidemment une vraie consonance Biblique et spirituelle. Le long-métrage est à la fois produit par George Pal et Cecil B. DeMille (par ailleurs non crédité au générique).

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A sa sortie, le métrage obtient un vif succès commercial ainsi qu'un véritable plébiscite. En effet, le film obtient carrément l'Oscar des meilleurs effets visuels en 1952. Dès lors, George Pal envisage rapidement une suite, intitulée Après le choc des mondes (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Choc_des_mondes_(film,_1951), mais le projet sera finalement prorogé. La distribution de When worlds collide (titre original du film) réunit Richard Derr, Barbara Rush, Peter Hansen, John Hoyt, Larry Keating et Frank Cady.
Attention, SPOILERS ! (1) D'après les calculs du professeur Bronson du Cap, la planète Bellus fonce vers la Terre. Alerté par le savant, le professeur Hendron de l'observatoire de New York confirme ses prévisions : il reste moins de 8 mois avant l'inévitable collision avec Bellus, 12 fois plus grosse que la Terre, et la fin du monde est proche.

Pourtant les Nations Unies, incrédules, refusent d'engager la moindre action. Grâce aux capitaux du banquier Sydney Stanton, un petit groupe dirigé par Hendron décide alors de construire un vaisseau spatial afin de coloniser le satellite de Bellus, Zyra, dont l'atmosphère est similaire à celle de la Terre et qui devrait réchapper du choc entre la Terre et Bellus. Si cette "Arche de Noé spatiale" interplanétaire est achevée à temps, 40 hommes et femmes, tirés au sort parmi des profils sélectionnés (ingénieurs, techniciens, agriculteurs...), pourront échapper à la catastrophe et perpétuer l'espèce sur Zyra (1).
Premier constat, Le Choc des Mondes s'inscrit dans la dialectique et la rhétorique des films de science-fiction des années 1950. A l'instar de ses augustes épigones, le long-métrage de Rudolph Maté sonde et analyse un monde entier en déliquescence.

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Nous sommes en 1951, donc à l'orée de la Guerre Froide, période encore marquée par le traumatisme de la Seconde Guerre Mondiale. Ici, point de menace ou d'invasion extraterrestre. En outre, les principaux gouvernements et les scientifiques les plus érudits ne peuvent réfréner la collision éminente avec une autre planète. Dès lors, le film formule déjà l'hypothèse d'une exoplanète similaire à la Terre. Son nom ? Zyra qui symbolise, évidemment, le paradis d'Eden et donc, ce nouvel empyrée (extra)terrestre. Faute de budget, Rudolph Maté élude les scènes de catastrophe et de conflagrations à travers le monde. Certes, le cinéaste dissémine, ici et là, plusieurs saynètes élusives de destruction massive.
Toutefois, le réalisateur refuse de verser dans la complaisance et la profusion d'effets pyrotechniques, misant davantage sur la réflexion que sur la profusion de conflagrations.

En l'occurrence, Rudolph Maté privilégie les rapports humains et se concentre sur un aréopage de scientifiques aguerris. Hélas, malgré leur érudition et leurs connaissances, les savants ne peuvent empêcher l'inexorable. Dès lors, Rudolph Maté délaisse prestement la piste théologique pour se centrer sur une doxa eugéniste. Seuls les plus doués et les plus intelligents sont donc sélectionnés pour le voyage spatial vers Zyra en compagnie de divers animaux.
Les autres sont sommés d'exhaler leur dernier soupir sous les flammes et les décombres. Si ce processus de sélection "naturelle" est un scénario - hélas - tout à fait plausible, le film n'émet aucune critique contre cette même doxa dominante. Ainsi, Rudoph Maté délivre un message pour le moins contestable. L'Humanité se doit de préserver une oligarchie savamment déguisée et essentiellement composée de savants, de bourgeois et d'édiles politiques. La caste dominante et hégémonique doit donc être préservée pour pacifier et surtout coloniser le reste de notre vaste univers.
Tel est le message glosé et professé par un Rudoph Maté emphatique. A contrario, le film épate, déjà à l'époque, par ses qualités visuelles et esthétiques. Ou lorsque la forme l'emporte sur le fond... Bref, en l'état, difficile de comprendre un tel plébiscite envers ce film de science-fiction à l'idéologie pernicieuse...

Note : 07.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Choc_des_mondes_(film,_1951)