dolls

 

Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans)
Année : 1987

Durée : 1h17

Synopsis : Sur la route des vacances, David Bower, sa future épouse Rosemary et sa fille Judy sont surpris par un violent orage, qui les contraint à s'arrêter sur le bord de la route. Ils trouvent refuge dans une maison aux murs décrépits où vit un couple de vieillards, collectionneurs de poupées. Pendant la nuit, les hôtes dévoilent leur vraie nature et entreprennent de châtier ceux de leurs invités qui ont perdu leur âme d'enfant.

La critique :

En 1985, Stuart Gordon signe son tout premier long-métrage, Re-Animator, un nouvel avatar du mythe de Frankenstein. Un sérum thaumaturgique permet de redonner le souffle de vie à des cadavres putrides et méphitiques. Mais très vite, les créatures déambulent dans un hôpital de la ville, semant la terreur, le chaos, la mort et la désolation. Dès sa sortie dans les vidéos clubs, Re-Animator s'octroie le statut de classique du cinéma horrifique. A ce jour, le long-métrage reste le film le plus populaire de Stuart Gordon. Par la suite, le cinéaste, producteur et scénariste va réaliser de nombreuses séries B de science-fiction et d'épouvante, notamment Aux Portes de l'Au-Delà (1986), Fortress (1993), Castle Freak (1995), ou encore Dagon (2001). Vers le milieu des années 2000, Stuart Gordon signe plusieurs épisodes de la série Masters of Horror (Le Chat Noir et Le Cauchemar de la Sorcière).

Vient également s'ajouter Dolls : Les Poupées, sorti en 1987. Le scénario du film est écrit par Ed Naha. Dans un premier temps, l'histoire prévoit de mettre en scène une seule et unique poupée démoniaque. Une idée qui sera reprise l'année d'après par Tom Holland avec Jeu d'Enfant. Mais Ed Naha souhaite exploiter et étayer davantage son sujet. Ce sont donc à la fois des poupées, des marionnettes et des jouets en bois qui assaillent, rudoient, torturent et assassinent des touristes de passage.
Parallèlement, Charles Band, le producteur du film, souhaite lui aussi une pellicule plus agressive, une sorte de "Re-Animator" avec des poupées barbares et sanguinaires. Mais Stuart Gordon répudie cette idée et s'adjoint les précieuses instigations de Brian Yuzna, le futur démiurge de Society (1989), Le Retour des morts-vivants 3 (1993), Necronomicon (1993) et Le Dentiste (1996).

capture2010102718h08m04

En l'occurrence, Stuart Gordon souhaite réaliser un conte funèbre et macabre. Derechef, Charles Band lui impose plusieurs saynètes gore et sanguinolentes. Stuart Gordon doit alors se soumettre au diktat du producteur. D'ailleurs, le film de Stuart Gordon va évidemment inspirer le même Charles Band. Trois ans plus tard (donc en 1989), ce dernier produit et réalise Puppet Master. Une série B qui brille essentiellement par sa cancrerie et son obsolescence, mais qui se transmutera bientôt en saga interminable (pour le moment, sept chapitres au total, soit une heptalogie). 
A sa sortie, Dolls : Les Poupées se solde par un succès triomphal dans les vidéos clubs. A tel point qu'une suite sera rapidement envisagée. Le scénario de ce deuxième opus doit suivre les aventures et les pérégrinations de "Judy et Ralph de retour à Boston" (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Poup%C3%A9es_(film,_1987).

Mais le projet est rapidement abandonné. Une fois le film parachevé, Stuart Gordon s'attelle déjà au tournage de From Beyond - Aux Portes de l'Au-Delà - en français. La distribution de Dolls : Les Poupées réunit Carrie Lorraine, Guy Rolfe, Hilary Mason, Stephen Lee, Ian Patrick Williams et Carolyn Purdy-Gordon. Attention, SPOILERS ! (1) Un soir d'orage, Judy une fillette avec son père et sa belle-mère tombent en panne et trouvent refuge dans un grand manoir occupé par un vieux couple étrange, les Hardwicke. Le vieil homme est un fabricant de jouets, de poupées et de pantins et la maison est pleine de ces figurines de porcelaine ou de bois.
Pendant le repas, trois autres personnes viennent à leur tour s'abriter chez les Hardwicke : un homme au tempérament plutôt enfantin et deux filles punks, lesquelles font rapidement main basse sur tous les objets qui leur plaisent dans la maison.

téléchargement

Mais ce soir-là, les poupées vont bientôt se révéler comme étant possédées, agressives, violentes : en un mot, vivantes (1). Nanti d'un modeste budget, à peine douze millions de dollars, Dolls : Les Poupées fait évidemment office de petite série B désargentée. Et pourtant, à ce jour, cette bisserie goguenarde et impécunieuse reste l'un des parangons en matière de poupées criminelles et lucifériennes. Construit comme un conte, le film se focalise pourtant sur le monde cruel de l'enfance.
Dès les premières images, la jeune Judy, une fillette de 5 ou 6 ans (tout au plus), imagine son père et sa belle-mère se faire trucider et étriper par son ourson sanguinaire. En outre, Stuart Gordon s'échine à suivre cette trajectoire sociopathique. Dès lors, Dolls : Les Poupées se transmue en huis clos hanté par des poupées meurtrières.

Le piège peut alors se refermer sur le petit monde des adultes. Le film traduit déjà toute cette distanciation qui s'est opérée entre le monde enfantin et la cellule familiale. Ce n'est pas un hasard si Stuart Gordon se centre sur une famille recomposée. Dans Dolls : Les Poupées, le monde parental en prend donc pour son grade. Ainsi, le père de Judy est décrit comme un être couard, turpide et spécieux prêt à abandonner sa propre fille. Quant à la pauvre Judy, elle trouve un semblant de réconfort auprès de David Bower (Ian Patrick Williams), un autre adulte mais encore relié au monde de l'enfance.
C'est d'ailleurs ce qui le sauvera de la barbarie et des furibonderies de poupées et de jouets en bois. Car les marionnettes n'assassinent pas fortuitement. Gare à ne pas courroucer leur petit univers ni à effaroucher leur mauvaise humeur sous peine d'être transformé à son tour en figurine démoniaque ! Stuart Gordon s'amuse comme un gosse derrière sa caméra et signe plusieurs séquences jubilatoires. Seul petit bémol, la durée presque trop courte (à peine une heure et 17 minutes de bobine) de cette pellicule. Mais ne soyons pas trop sévères, Dolls : Les Poupées n'a pas usurpé son statut de film culte.

 

Note : 14.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Poup%C3%A9es_(film,_1987)