115787283_o

Genre : Horreur, gore, trash (interdit aux - 18 ans)

Année : 1991

Durée : 1h40

 

Synopsis :

Une infirmière tente de cacher sa nécrophilie à son nouveau petit ami.

 

 

La critique : 

L'année 1987 voyait arriver un coup de semonce dans le paysage cinématographique allemand avec la sortie de Nekromantik, réalisé par Jorg Buttgereit et traitant d'un thème encore très tabou dans notre société qui est, vous l'aurez compris, la nécrophilie. Pratique d'un raffinement sans égal consistant à avoir des rapports sexuels avec un cadavre tout puant et gluant. Contre toute attente et ce, malgré des critiques hostiles prévisibles à des kilomètres, le moyen-métrage fait sensation chez les amateurs de pellicules transgressives et s'est hissé au statut de film culte.
Quatre ans plus tard, naquit Nekromantik 2, toujours réalisé par Jorg Buttgereit. On peut légitimement se poser la question du pourquoi de l'intérêt d'une suite sachant que le premier opus avait admirablement rempli son rôle, que peu de gens ont pu saisir en nous offrant un véritable coup de poing. 

L'idée de se retrouver face à une pellicule racoleuse surfant sur le succès du premier opus est de mise et bon nombre de critiques s'en sont doutées mais, tout en s'attirant leurs foudres et leur hostilité, encore une fois très prévisibles, le gouvernement s'en est mêlé et saisira les copies du film 12 jours après leur sortie. Un scandale sans précédent dans le paysage allemand depuis la fin du nazisme. La raison étant que le film glorifiait la violence. On retrouvera cette procédure 1 an plus tard avec The Burning Moon, réalisé par Olaf Ittenbach, qui n'a pas échappé lui aussi à la justice.
Evidemment, une telle mesure ne pouvait qu'intéresser les fans du premier opus mais reste à voir si cette suite fait honneur à l'uppercut du premier épisode.

nekromantik-2-01

ATTENTION SPOILERS : L'histoire commence juste après la fin du premier épisode. Une jeune femme déterre le cadavre de Rob. Elle le ramène chez elle et commence à faire l'amour avec lui, mais, dégoûtée, elle s'arrête et vomit. Un homme a rendez-vous avec sa petite amie au cinéma. Il l'attend, mais elle ne vient pas. Arrive la jeune femme qui avait volé le cadavre de Rob, désabusé, il l'invite. Après le ciné, il lui propose d'aller chez lui. Très rapidement, le réalisateur accapare notre attention en nous surprenant avec ce flash-back de la mort violente du héros du premier épisode suivie de la dernière scène qui clôturait le premier opus et qui voyait une pelle s'enfoncer dans la terre.
Contre toute attente, ceux qui s'imaginaient que c'était la jambe de son ex-femme (dont moi) se fourraient le doigt jusqu'au plus profond des orbites. Soit, exit (malheureusement) l'ex-femme pour laisser la place à une jeune infirmière fascinée par, on ne sait quelle raison, la nécrophilie.

Ayant vu dans une page de journal le suicide de Rob, elle ne trouvera rien de mieux que de le déterrer pour le ramener chez elle et s'énamourer avec. Buttgereit sait que l'effet de surprise ne peut plus être au rendez-vous et il décide donc de rentrer très vite dans le vif du sujet en offrant une séquence sexuelle nécrophile dans le salon de cette jeune infirmière. Séquence pour le moins répugnante et qui calme déjà le spectateur, convaincu pour l'instant de ne pas être trompé sur la marchandise. Le film peut-il cependant prétendre à être le digne successeur de Nekromantik premier du nom ?
Qu'on se le dise, la qualité est au rendez-vous et on a là une suite de qualité mais on reste désappointé par le traitement. Nekromantik 2 déçoit. La faute au fait que l'on en attendait trop pour au final juste un sympathique film ? Il y a un peu de ça. 

Pourtant, Buttgereit parvient à poursuivre les thématiques chères au premier épisode en mettant Rob à la place du mort. L'idée était brillante d'offrir un peu cette seconde "vie", si je puis dire, à ce personnage dévasté par la tristesse et l'abandon et qui n'eut d'autre choix que le suicide. Le réalisateur poursuit ses différentes thématiques qu'il avait déjà arboré auparavant en mettant en scène la fascination pour la mort et la condition de l'Homme après la mort. Une fascination semblant être quasiment inhérente en chacun de nous mais qui est aussi une inquiétude sur notre avenir après le passage de la grande faucheuse. Le réalisateur ponctue son récit de ces thématiques, tant dans le mobilier de la jeune femme que dans certaines séquences à savoir, le très beau chant en français avec un crâne en arrière-plan ou encore cette scène où l'infirmière et des amies regardent un documentaire sur le dépeçage d'un phoque.
Une séquence importante due au fait qu'on les voit hypnotisées devant cette TV reflétant la mort de manière frontale et qui confirme cette fascination inconsciente. 

hqdefault

Néanmoins, si l'on peut saluer cette volonté de mettre la mort au centre du récit, on a cette impression de ne voir aucune nouveauté, comme si le premier épisode se suffisait à lui-même et ne nécessitait pas une suite alors qu'il ne se résumait qu'à, approximativement, 65 minutes. Justement parlons de la durée du film, pour le coup beaucoup plus conséquente en atteignant la durée de 1h40. Une durée surprenante pour une oeuvre de ce genre. Cependant, ce fut une mauvaise idée car on observera à de nombreuses reprises, moult passages à vide qui entacheront le visionnage et effriteront notre intérêt.
On reste fort dubitatif à ce sujet et il est inévitable que certains risquent de trouver le temps très long, surtout que le film est loin d'être bavard. En soit, le manque de parole n'est pas un défaut car le premier opus faisait parler les images et n'avait pas besoin de s'encombrer de ceci. Sauf que le traitement n'est plus du tout pareil et que nous sommes face à un long-métrage, un long-métrage au traitement scénaristique différent se concentrant sur une relation étrange entre une jeune infirmière et un doubleur de films X passant du temps ensemble. On peut les voir aller à la fête foraine entre autres. 

Vous l'avez compris, on est loin de l'atmosphère anxiogène et des décors très oppressants et froids de Nekromantik premier du nom. Les passages en extérieur sont fréquents, les rapports sociaux sont omniprésents, ce qui est en totale opposition avec le traitement d'auparavant. Et ça c'est un problème de taille car Buttgereit ne parvient pas suffisamment à recréer le choc et à marquer durablement le spectateur comme il a pu si bien le faire il y a 4 ans. Inclure une symbolique fréquente et surtout subtile de la mort est très bien mais la mort ne nous a, paradoxalement, jamais semblée aussi éloignée.
Le cadavre n'est pas assez mis en valeur pour choquer le spectateur de l'état dans lequel il se retrouvera à sa propre mort et sera très vite reléguée aux oubliettes après avoir été découpé en moult morceaux pour ne conserver que la tête. La faute à un questionnement permanent de cette jeune femme face à un compromis entre sa passion naissante et la relation sentimentale dans laquelle elle s'est engagée. En ce sens, il y a de l'innovation, Buttgereit tente des choses et nous offre un scénario correct mais ceux qui s'attendaient à la froideur et tout le malsain du premier épisode seront déçus.

Nekromantik 2 b

Ce qu'il conviendra de souligner est cette fin chaotique déstabilisant et dégoûtant profondément le spectateur, à l'image de la fin du premier épisode qui était tout aussi cauchemardesque. La dernière scène étant complètement inattendue. A ce niveau, si l'on sera déçu parfois par le manque de gnaque du récit, Buttgereit se réveille et assomme le spectateur à la fin. L'interdiction aux moins de 18 ans n'étant pas inutile compte tenu du contexte. Maintenant concernant l'esthétique du film, on retrouve la patte d'auparavant avec cette caméra granuleuse et à l'image sale et vieillie où les décors n'aspirent à aucune chaleur mais sont loin, comme dit avant, du glauque du premier récit.
Cependant, un autre point que j'avais souligné dans la chronique de Nekromantik était une bande sonore proche de la perfection et ici, les mélomanes seront satisfaits de savoir que le long-métrage est un régal auditif avec ses nombreuses musiques tantôt mortuaires et tantôt mélancoliques, offrant un clin d'oeil à la légèreté des rapports sexuels du premier opus. Plus que jamais, le réalisateur intègre vraiment les musiques jusqu'au coeur de son récit et c'est une idée ingénieuse amplifiant une sorte de poésie frénétique à travers des rapports sexuels toujours éloignés du voyeurisme et subtilement mis en scène de façon légère et sensuelle. 

En conclusion, Nekromantik 2 est indubitablement une suite de bonne qualité où le réalisateur ne perd jamais de vue son récit en optant pour un traitement différent et une histoire plus ambitieuse dans son approche de la nécrophilie. Mettant en scène la belle et fascinante Monika M impeccable dans le rôle de cette mante religieuse refoulée adepte des chairs putrides et Mark Reeder dans la peau de cet homme amoureux, le long-métrage continue de convaincre mais pourtant, il se révèle de loin inférieur à son modèle. De par son traitement, Buttgereit détruit indirectement le climat anxiogène et étouffant de jadis et éclipse de manière un peu dérangeante ce qui faisait la force de son modèle : la mort omniprésente.
Pour autant, le film délivre plusieurs séquences qu'il conviendra de réserver à un public particulièrement averti, surtout en ce qui concerne la scène finale. On aurait aussi aimé une durée plus courte et plus d'intensité au fur et à mesure du récit mais ne boudons pas notre plaisir, Nekromantik 2 est de bonne qualité et suscite un intérêt non négligeable, à défaut d'être réellement marquant. Ceci dit, on ne se risquera pas à donner une note devant cette oeuvre davantage inclassable et polémique.

 

Note : ???

 

orange-mecanique Taratata