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Genre : thriller (interdit aux - 12 ans)
Année : 1995

Durée : 2h10

Synopsis : Pour conclure sa carrière, l'inspecteur Somerset, vieux flic blasé, tombe à sept jours de la retraite sur un criminel peu ordinaire. John Doe, c'est ainsi que se fait appeler l'assassin, a décidé de nettoyer la société des maux qui la rongent en commettant sept meurtres basés sur les sept péchés capitaux : la gourmandise, l'avarice, la paresse, l'orgueil, la luxure, l'envie et la colère

La critique :

Dès sa plus tendre enfance, David Fincher se passionne pour le noble Septième Art. Ainsi, à huit ans, il tourne déjà plusieurs petits films inspirés par son film favori, Butch Cassidy et le Kid (George Roy Hill, 1969). Dans les années 1980, il travaille pour la société ILM et participe à plusieurs longs-métrages populaires, notamment Star Wars, épisode 6 : Le Retour du Jedi (Richard Marquand, 1983) et Indiana Jones et le Temple Maudit (Steven Spielberg, 1984).
Par la suite, David Fincher s'oriente vers le petit monde de la publicité avant de tourner son tout premier long-métrage, et pas n'importe lequel, puisqu'il s'agit d'Alien 3 (1992). Un film que le réalisateur va renier par la suite. Le tournage est plombé par les producteurs qui lui imposent de modifier le script à maintes reprises.

Même James Cameron, réalisateur d'Aliens, le Retour (1986), tance et répudie le cinéaste pour un troisième volet qu'il juge ubuesque et amphigourique. A contrario, les producteurs rééditent leur confiance et David Fincher se distingue par son style affiné et son opiniâtreté. En 1995, La New Line Cinema décide de lui confier la réalisation de Seven, un thriller putride écrit par Andrew Kevin Walker. A l'origine, le film devait être confié aux soins de David Cronenberg.
Mais le réalisateur décline poliment l'invitation. Quatre ans après la sortie de Le Silence des Agneaux (Jonathan Demme, 1991), Seven marque une nouvelle ère dans le thriller macabre et sordide. Dès sa sortie, le métrage s'octroie immédiatement le statut de film culte. Même la presse cinéma se montre unanimement panégyrique.

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Seven obtient plusieurs récompenses, entre autres, le Saturn Awards du meilleur film et des meilleurs maquillages. Le film marque également la première rencontre et le début d'une longue amitié entre Brad Pitt et David Fincher. Hormis le comédien, la distribution de ce thriller réunit Morgan Freeman, Kevin Spacey, Gwyneth Paltrow, R. Lee Ermey, Richard Roundtree, Leland Orser et John C. McGinley. Pour la petite anecdote, Kevin Spacey n'est pas crédité au générique du film, une façon comme une autre de laisser planer le mystère sur la véritable identité du tueur en série.
Quant à Robert Duvall et Denzel Washington, les deux acteurs seront approchés pour jouer respectivement les inspecteurs David Mills et Richard Somerset. Dubitatif, Denzel Washington se montre peu enthousiaste, mais regrettera finalement son choix par la suite.

Attention, SPOILERS ! Pour conclure sa carrière, l'inspecteur Somerset, vieux flic blasé, tombe à sept jours de la retraite sur un criminel peu ordinaire. John Doe, c'est ainsi que se fait appeler l'assassin, a décidé de nettoyer la société des maux qui la rongent en commettant sept meurtres basés sur les sept péchés capitaux : la gourmandise, l'avarice, la paresse, l'orgueil, la luxure, l'envie et la colère. A priori, on tient un script à la fois basique et laconique.
Mais attention à ne point mésestimer la complexité de Seven ! Dans un premier temps, le thriller fonctionne comme une sorte de buddy movie de facture sommaire et conventionnelle. Deux inspecteurs, David Mills (Brad Pitt) et William Somerset (Morgan Freeman), que tout oppose, sont sommés de travailler ensemble pour dépister un redoutable tueur en série.

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Bref, rien de neuf au bataillon... Sauf que David Fincher opacifie et complexifie son récit. Indubitablement, le personnage de vieux flic harassé et désabusé, campé par l'excellent Morgan Freeman, évince son jeune et nouvel acolyte. A travers le portrait taciturne et solitaire de ce vieil agent de police, David Fincher en profite pour brocarder une Amérique anomique, décrépie et ultra violente. C'est cette même folie qui semble tarabuster William Somerset, totalement dépassé et exténué par cette frénésie de crimes dans une ville par ailleurs anonyme. Sur ce dernier point, David Mills est la parfaite antithèse de son collègue. Le jeune flic intrépide mène une vie bien rangée en compagnie de son épouse, Tracy. 
Mais le couple ne parvient guère à s'acclimater à cette cité ténébreuse et vacillante. A l'image de cette rame de métro qui manque de faire péricliter leur petit appartement en apparence opulent.

Mais Seven, c'est avant tout un serial killer aussi ingénieux que sociopathique. Contre toute attente, le criminel (Jonathan Doe) et William Somerset se ressemblent. A l'instar de l'inspecteur chenu, le psychopathe répudie et admoneste une société en pleine déliquescence. Par certaines accointances, le tueur de Seven est le digne épigone d'Hannibal Lecter dans Le Silence des Agneaux. Lui aussi est une sorte d'intellectuel surdoué et capable de se fondre dans notre société.
En l'occurrence, ses crimes odieux et machiavéliques ont une vraie consonance théologique. Jonathan Doe doit finir en martyr mais surtout accomplir ses vils desseins, une sorte de chef d'oeuvre morbide destiné à marquer durablement les persistances rétiniennes. Ainsi, ce vengeur sociopathe des temps modernes accumule les cadavres en délivrant plusieurs messages élusifs. 

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La gourmandise, l'avarice, la colère et l'envie ne sont que les pièces d'un puzzle éparpillé et des références directes aux sept péchés capitaux. Mais David Fincher élude l'écueil des longs serments bibliques et eschatologiques au profit d'un thriller méphitique, qui n'est pas sans rappeler un autre grand classique du Septième Art, M le Maudit (Fritz Lang, 1933). A l'instar du chef d'oeuvre de Fritz Lang, Seven transforme lui aussi son criminel abominable en une ombre cupide et insaisissable.
Par ailleurs, Jonathan Doe se livrera lui-même à la police... A travers ses meurtres barbares et sadiques, Jonathan Doe accomplit une oeuvre expiatoire, celle d'une société qui s'écroule, vacille et s'alanguit. Inexorablement. 
Et personne ne sera épargné... Pas même David Mills... En l'état, difficile d'en dire davantage. Mais on tient clairement un thriller d'une redoutable sagacité, très éloigné de toutes ces productions hollywoodiennes qui tenteront vainement de le mimer par la suite.

Note : 17/20

sparklehorse2 Alice In Oliver