city of life and death

Genre : Drame, Guerre (Interdit aux moins de 12 ans)

Année : 2009

Durée : 2H15

Synopsis : 1937, aux portes de Nankin. La guerre entre la Chine et le Japon fait rage. L’armée nippone fait tomber les défenses chinoises. Les soldats japonais ont ordre de pénétrer dans la ville et de ne faire aucun prisonnier. Le « Viol de Nankin » est en marche… 

La critique :

L’histoire contient son lot de pages sombres, des pages qui ont souvent inspiré l’art et notamment le septième. Parmi les évènements les plus marquants du XXe siècle, on ne parle que très peu du « Viol de Nankin », ou « Massacre de Nankin ». En effet, il s’agit d’un sujet particulièrement tabou. Par ailleurs, le gouvernement japonais a mis beaucoup de temps avant de reconnaître les faits. En 1997, le livre « Le Viol de Nankin » d’Iris Chang remet le sujet au cœur de l’actualité. 
En 1995, deux films sortaient sur le sujet, le mélodrame classique Don’t Cry Nanking, auquel on peut reprocher le manque de fidélité à la réalité historique, et le film d’exploitation hyper trash classé catégorie 3 Black Sun : The Nanking Massacre, auquel on reprochera une complaisance dans l’horreur et une propagande antijaponaise.

Par la suite d’autres films sortiront, notamment Qixia temple 1937, qui aborde le sujet avec beaucoup de subtilité. Mais c’est en 2009 que le « Viol de Nankin » trouve un film à sa mesure avec City Of Life And Death de Lu Chuan. Avec ce film, le réalisateur entend bien traiter le sujet avec sérieux. Attention SPOILERS ! En 1937, L'Orient est le théâtre de la guerre entre la Chine et le Japon. Alors que les Japonais ont pris Shanghai, ils marchent sur Nankin, la capitale. 
Ils bombardent d’abord les portes de la ville avant d’y pénétrer. La plupart des habitants ont été évacués et l’armée chinoise a battu en retraite. Une fois sur place, les Japonais doivent faire face à la résistance chinoise, et de violents combat de rue s’engagent. L’armée japonaise prend le dessus et oblige les résistants chinois à se soumettre.

 

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Cependant, l’ordre a été donné de ne faire aucun prisonnier. Les résistants sont massacrés sans ménagement. La population de Nankin est en grand danger. John Rabe, un allemand membre du parti nazi, crée une zone de sécurité pour les rescapés et négocie donc la paix avec les japonais. Cependant, sa hiérarchie voulant entretenir de bonnes relations avec les japonais lui demande de se retirer et de rentrer en Allemagne. Bientôt la zone de sécurité est pénétrée, les Japonais exigent une sélection de 100 femmes qui devront se soumettre aux soldats de l’armée impériale. 
L’horreur commence à travers les meurtres et les viols. Il n’est pas facile de s’attaquer à un sujet tel que « Le Viol de Nankin », notamment parce qu’une fois encore, le sujet est particulièrement tabou et que le traitement est difficile.

Pour information, il a fallu 4 ans à Lu Chuan pour réaliser le film. Il est aussi important de savoir que le réalisateur a reçu des menaces de mort suite au tournage. En réalité, City of Life and Death peut être perçu comme la première grande réussite sur « Le Viol de Nankin ». Lu Chuan a bien l’intention de signer une fresque historique qui soit le plus proche possible de la réalité. Pour la mise en scène, le réalisateur montre un grand talent et filme cette page sombre de l’histoire avec gravité et beauté. Le plan d’ouverture par exemple est vraiment magnifique. 
On n’oubliera également pas le plan qui dévoile le massacre des résistants sur la plage. Lu Chuan choisit également de tourner en noir et blanc afin d’éviter, de son propre aveu, d’agresser le public avec des images violentes en couleurs.

 

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Cela dit, ce noir et blanc apporte une grande force esthétique au film. Par sa réalisation, City of Life and Death rappelle énormément La Liste de Schindler de Steven Spielberg. On pense également à Le Pianiste de Polanski. Bref, le traitement esthétique et stylistique de City of Life and Death lui confère son originalité et sa puissance. L’un des points forts, c’est également la façon avec laquelle le réalisateur choisit de raconter l’histoire, à savoir à travers différents personnages clés. 
Une institutrice qui va faire son possible pour sauver les habitants de Nankin. Monsieur Tang, un chinois qui, poussé à bout, finira par commettre des erreurs fatales. Mais on retrouve aussi le personnage de John Rabe qui a réellement existé. Cet allemand, membre du parti nazi, est à l’origine de la création de la zone de sécurité de Nankin.

Lu Chuan choisit également de nous placer dans la peau d’un soldat japonais qui prend part au massacre tout en l’observant avec effroi. C’est le personnage clé de l’histoire. Pour la première fois, le Viol de Nankin est abordé à travers les yeux d’un Japonais. Plus question ici donc de décrire tous les Japonais comme des monstres, comme ce fut le cas dans les œuvres précédentes sur le sujet. Lu Chuan humanise son personnage et nous montre un homme dévoré par sa propre conscience et sa désillusion. C’est notamment l’une des raisons de la polémique du film. 
En effet, beaucoup de spectateurs reprocheront au réalisateur d’avoir trop humanisé ce soldat Japonais. Lu Chuan a maintenu ses positions et a affirmé vouloir arrêter de pointer du doigt les Japonais comme des barbares et des criminels.

 

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Clairement City Of Life ans Death n’est pas un film manichéen, le film montrant des hommes perdus dans les ténèbres de la guerre. Pour en revenir à la réalisation, on peut aussi évoquer l’aspect très réaliste du film. C’est notamment le cas sur les décors, l’ambiance et aussi la violence. Lu Chuan fait monter crescendo cette violence que l’on voit d’abord à travers les scènes de bataille assez spectaculaires. On perd ensuite cet aspect spectaculaire pour en venir aux scènes de massacre et de viols. 
City Of Life and Death contient donc son lot de scènes chocs : massacres hallucinants, hommes enterrés vivants, exécutions, viols, femme et enfants défenestrés... Vous l’aurez compris : le réalisateur ne fait pas non plus dans la dentelle. City Of Life and Death est donc un film ambitieux dans sa réalisation, mais surtout dans son sujet. Le film va rencontrer de nombreuses difficultés avec la censure qui se montrera omniprésente. City of Life And Death réussit à franchir ces difficultés et se révèle une grande réussite, sans doute le meilleur film à ce jour sur Le Viol de Nankin. 
A sa sortie, le film se solde par un succès colossal en Orient. Il reste malheureusement méconnu en Occident. Quelque part, le film est au cinéma asiatique ce que La Liste de Schindler est au cinéma occidental.

   

Note : 17/20

 

vince Vince