noirs dans les camps nazis

Genre : Documentaire

Année : 1995

Durée : 53 minutes

 

Synopsis : En Europe dans les années 30/40, alors que le nazisme fait rage. Un grand nombre de gens sont déportés dans des camps de concentration. Parmi eux des juifs, des tziganes, des opposants au régime, des homosexuels, des polonais, des russes, des tchèques… Mais aussi des noirs qui décident de témoigner de leur passé dans les camps nazis.

   

La critique :

Aujourd’hui je vous propose d’aborder Noirs dans les camps nazis, un film réalisé par Serge Bile en 1995. En effet il faut savoir que les noirs, quel que soit leur origine, furent également ciblés par la politique nazie. Attention SPOILERS ! Dans les années 30/40 alors que le nazisme ravage l’Europe, un grand nombre de gens sont déportés dans les camps nazis. Parmi eux, il y a des opposants au régime, des juifs, des tziganes, des polonais, des russes, des tchèques, des homosexuels… 
Mais il y a également des noirs. On oublie parfois de le rappeler, mais les lois de Nuremberg de 1935 visaient aussi bien les noirs que les juifs. En réalité, la haine des nazis envers les noirs remonterait à la première guerre mondiale. A l’époque, l’armée allemande a dû combattre les tirailleurs sénégalais.

Quand la guerre prit fin, les troupes de l’Entente occuperont une partie de la Rhénanie. Parmi eux, certains des sénégalais qui ont combattu pour l’armée française. Ils se mêleront à la population locale, ce qui n’a pas plu à la politique raciale et nazie. Pour eux, les enfants issus de ces unions étaient considérés comme des « bâtards ». Les noirs sont donc considérés par les nazis comme des non-aryens et doivent être éliminés. Parmi les noirs déportés, on trouvera des Ivoiriens, des Camerounais, des Haïtiens, des Antillais, des Américains et des Européens entre autres.
Il est en réalité impossible de dire combien de noirs ont été déportés et combien sont morts dans les camps nazis. Tout simplement parce que les déportés étaient recensés selon leur nationalité. Or, nous étions encore en pleine colonisation, ce qui fait qu’un noir issu des colonies était affilié à son pays colon.

téléchargement

Noirs dans les camps nazis se révèle donc un documentaire très intéressant. Pour son cheminement, le film de Serge Bilé choisit de s’appuyer avant tout sur des témoignages d’anciens rescapés. Certains étant noirs, d’autres étant des blancs qui ont côtoyé certains noirs dans les camps. Le documentaire s’appuie également sur des images d’archives, assez rarissimes par ailleurs. De même, on pourrait reprocher au film de ne pas plus resituer le contexte historique, mais Serge Bilé part du principe que ces faits sont suffisamment connus et il ne se concentre donc que sur son sujet principal.
A travers les récits des témoins, il est intéressant de voir les différentes trajectoires de chacun. Parmi eux, John William a été « plus chanceux » que certains membres de sa communauté. Il a été affilié dans les travaux d’architecture du camp.

Par ses travaux sur des plans, il avoue avoir étonné certains SS, qui pour la grande majorité, n’avaient jamais vu de noir et les décrivaient jusqu’alors comme des « hommes de Cro-Magnon », idées issues des propagandes nazies mais aussi plus généralement européennes. D’autres vivront dans des conditions beaucoup plus dures, faisant l’objet d’humiliation parfois en raison de leur couleur. On retient aussi l’histoire de Jean Marcel Nicolas, un noir d’origine haïtienne qui était résistant et qui fut capturé à Paris. Son histoire est presque devenue un mythe, puisqu’il a trompé les nazis en se faisant passer tour à tour pour un aviateur américain, un médecin et un espion. 
Nicolas cherchait à sauver sa peau mais il fut envoyé dans les camps et bien que n’étant pas médecin, il aurait réussi à sauver certains prisonniers.

Il y a en effet eu des témoignages lors du procès de Nuremberg qui parlaient d’un noir médecin qui aurait sauvé des vies. Pour beaucoup, il est probable que ce médecin était le même Nicolas. Parmi ces déportés noirs, l’un d’entre eux, Dominique Mendy, compare la souffrance qu’il a vécue à celle de ses ancêtres esclaves sur l’Ile de Gorée. D’ailleurs, il est intéressant de noter que Marie-José Chombart de Lauwe, une ancienne déportée blanche issue de la résistance française, assimile également sa souffrance dans les camps de concentration à la traite négrière. 
Elle affirme s’être sentie très proche de ces hommes, femmes et enfants esclaves. « Nous aussi, on a été traité comme des esclaves » dit-elle. C’est intéressant de le noter car ça traduit aussi un sentiment qui était récurrent dans les camps de concentration selon les anciens déportés : La solidarité entre prisonniers. Les origines n’interféraient pas, ils se considéraient tous comme des humains vivant la même souffrance. Certains témoins blancs affirment que cela leur a aussi permis de se rapprocher du peuple noir envers lequel ils avaient des préjugés avant la guerre. 
Si la solidarité régnait entre gens de différentes ethnies mais appartenant à la même nation, John William rappelle cependant que ce n’était pas toujours le cas entre des déportés venant de pays différents et que parfois, « il fallait lutter pour un bout de pain ». Noirs dans les camps nazis reste donc un documentaire très intéressant qui permet d’approfondir cet épisode sombre de l’histoire. A voir absolument, donc.

                     

Note : 15/20

vince Vince