red to kill

 

Genre : thriller, horreur (interdit aux - 18 ans à Hong-Kong, interdit aux - 16 ans chez nous)
Année : 1994

Durée : 1h31

Synopsis : (1) Ming-Ming est une jeune handicapée mentale vivant avec son père. Le jour où celui-ci décède, la vie de la jeune danseuse bascule et c’est dans un institut spécialisé qu’elle se voit contrainte de poursuivre son existence. Epaulée par ses trois poissons rouges et sa nouvelle amie Man Yee Lo, assistance sociale, Ming-Ming va tenter de reprendre le contrôle de sa vie. C’est cependant sans compter sur un violeur qui sévit depuis quelques temps au sein du quartier. L’homme dont les pulsions s’éveillent à la vue de la couleur rouge va bien entendu s’en prendre à la malheureuse héroïne et la détruire aussi bien physiquement que mentalement… La justice ayant fait chou blanc, Ming-Ming et Man Yee Lo vont devoir prendre elles-mêmes les choses en mains et assouvir leur besoin de vengeance (1).

La critique :

A Hong-Kong, les films estampillés "Catégorie 3" correspondent à toutes ces productions trash et ultra violentes qui, par ailleurs, échappent rarement au regard avisé de la censure. A ce sujet, le qualificatif même de "Catégorie 3" est synonyme d'interdiction aux moins de 18 ans sur le continent asiatique. Chez nous, la grande majorité de ces productions ont "seulement" - si j'ose dire... - écopé d'une interdiction aux moins de 16 ans. La Catégorie 3 fait son apparition dès la fin des années 1980.
Gunmen (Kirk Wong, 1988) est donc la toute première production hongkongaise à s'auréoler d'une réputation sulfureuse. Suivront d'autres fleurons du genre, notamment The Untold Story (Danny Lee et Herman Yau, 1993), Story Of Ricky (Ngai Choi Lam, 1991), Men Behind The Sun (Mou Tun-Fei, 1988), ou encore Ebola Syndrome (Herman Yau, 1996).

Vient également s'ajouter Red To Kill, réalisé par Billy Tang en 1994. En outre, le cinéaste hongkongais est loin d'être un novice en la matière. En effet, le réalisateur a officié plusieurs fois pour le compte de la Catégorie 3. On lui doit notamment Dragon Fight (1989), Dr. Lamb (1992), Deadly Desire (1993) et le terrible Run and Kill (1993). Les films de la Catégorie 3 ne sont pas spécialement réputés pour verser dans la complaisance ni la demi-mesure : du sang, du cannibalisme, de la nécrophilie, des combats sanguinaires, de la tripaille et des violences sexuelles font partie des tristes réjouissances.
Evidemment, Red To Kill ne fait pas exception. Inutile de mentionner les acteurs, à moins que vous connaissiez les noms de Lily Chung, Money Lo, Ben Ng et Bobby Yip ; mais j'en doute...

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Attention, SPOILERS ! Ming-Ming est une jeune handicapée mentale vivant avec son père. Le jour où celui-ci décède, la vie de la jeune danseuse bascule et c’est dans un institut spécialisé qu’elle se voit contrainte de poursuivre son existence. Epaulée par ses trois poissons rouges et sa nouvelle amie Man Yee Lo, assistance sociale, Ming-Ming va tenter de reprendre le contrôle de sa vie.
C’est cependant sans compter sur un violeur qui sévit depuis quelques temps au sein du quartier. L’homme dont les pulsions s’éveillent à la vue de la couleur rouge va bien entendu s’en prendre à la malheureuse héroïne et la détruire aussi bien physiquement que mentalement… La justice ayant fait chou blanc, Ming-Ming et Man Yee Lo vont devoir prendre elles-mêmes les choses en mains et assouvir leur besoin de vengeance.

Autant le dire tout de suite. Red To Kill fait partie des incontournables de la Catégorie 3. Si le film de Billy Tung ne possède pas la fougue ni l'irrévérence des grands panthéons du genre (entre autres, The Untold Story et Ebola Syndrome, déjà précités), le long-métrage se démarque par ses séquences lubriques, obscènes et d'une rare condescendance.
Pourtant, la première partie du film s'apparente à un quasi documentaire qui porte une certaine mansuétude sur le médico-social et plus précisément, sur le handicap mental. Dans cette première section, Billy Tang nous invite à sonder et à scruter le quotidien d'une institution spécialisée. Ainsi, nous suivons le parcours escarpé de deux femmes, Ming-Ming, une jeune déficiente mentale et Man Yee Lo, une assistante sociale (je renvoie au synopsis).

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Avec l'aide d'une équipe médicale et pluridisciplinaire, Man Yee Lo tente comme elle peut d'apporter de l'empathie, de la bienveillance et du réconfort à Ming-Ming, passionnée par le théâtre et la danse. Durant toute cette première partie, Billy Tang filme de façon impartiale le quotidien "anémique" d'une institution spécialisée. Ici, point de parti pris. Pas question de s'atermoyer sur le sort de ces personnes répudiées par la société. Soit une autre vision du handicap, assez cynique en l'occurrence.
Pourtant, à travers l'acerbité de ce portrait, Billy Tang vilipende surtout le peu d'égard et de considération que la société nippone a pour la plèbe, les faibles et les opprimés. La tension s'accélère lors de l'apparition d'un médecin. D'apparence courtoise et avenante, l'homme se transforme subitement en prédateur pour violer des proies féminines à la moindre occasion.

Gare à ne pas effaroucher le bonhomme et à ne pas éveiller ses pulsions archaïques ! Surtout, le médicastre abhorre les vêtements un peu trop rougeauds. Une couleur rutilante qui semble renvoyer le sociopathe à son propre passé et à son enfance martyre. Depuis, le forcené voue une haine farouche pour la gente féminine et plus précisément pour ces femmes vêtues de couleurs rougeoyantes. Ingénue, la pauvre Ming-Ming subira les ignominies du décérébré mental.
Dès lors, Red To Kill oblique vers une direction spinescente : le procès du psychopathe qui débouche sur un non-lieu. Cette seconde partie, assez famélique il faut bien le dire, nuit aux nombreuses qualités du long-métrage. Il faudra donc s'armer de patience et attendre la fin du procès pour voir le film retrouver toute sa folie jubilatoire. Ming-Ming et Man Yee Lo ont crié haro sur le psychopathe. Toutefois, la conclusion finale ne parvient pas à égaler les trente premières excellentes minutes de cette pellicule virulente. Red To Kill atteint son paroxysme lorsque Billy Tang admoneste cette société asiatique qui a choisi d'ostraciser la populace. En revanche, rien à redire sur la qualité de la mise en scène.
En outre, Billy Tang varie les animosités et joue de cette dichotomie entre les différentes couleurs (le rouge bien sûr, mais aussi le noir et le bleu en particulier). Si Red To Kill est loin d'être irréprochable, cette pellicule sanguinolente n'en demeure pas moins un classique de la Catégorie 3. Tout à fait recommandable, donc !

Note : 14/20

 

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://www.devildead.com/indexfilm.php3?FilmID=1307&NamePage=red-to-kill--ruo-sha-