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Genre : Documentaire

Année : 2013

Durée : 29 minutes

 

Synopsis : Stanley Kubrick réalisateur américain de renom, est devenu un véritable mythe. Par sa personnalité, il a fait naître de véritables légendes à son sujet. La plus célèbre étant celle affirmant que Kubrick faisait partie de la secte mythique des Illuminatis. Thèse considérée comme appartement au folklore populaire. Pourtant, de plus en plus d’analyses se sont penchées sur le sujet et ont découvert dans les films du cinéaste des symboles Illuminatis.  

    

La critique :

Stanley Kubrick est un des réalisateurs qui a le plus marqué l’histoire du cinéma. Ces films sont devenus des objets cultes de fascination. On sait très bien que Kubrick est devenu une légende à travers ses films novateurs, très perfectionnés, géniaux et souvent visionnaires. Mais parlons également du personnage. Kubrick, comme on le sait, n’a jamais aimé la presse et les médias de masse. Il donnait très peu d’interviews, craignant de voir certains de ses propos sortis de leur contexte et réutilisés par les journalistes. Il préférait également ne pas parler d’un film et laisser le spectateur libre de son choix et de sa vision. Le personnage, vivant reclus et restant très discret, a fomenté des légendes sur son compte. Légendes souvent démenties par sa femme, Christiane Kubrick. 
Cependant il existe des légendes d’un autre ordre. Comme celle qui affirme que Kubrick aurait participé à la réalisation d’un faux film pour le voyage lunaire de 1969.

Il y a d’ailleurs un documentaire sur ce sujet et qui s’intitule Kubrick’s Odyssey. Mais il y a surtout une légende qui prétend que le réalisateur aurait fait partie de la secte mythique des illuminatis. Les illuminatis seraient une organisation secrète et prônant, entre autre, la théorie des complots. Thèse farfelue destinée à alimenter le folklore autour du cinéaste dira-t-on. Pourtant il est étrange de constater que cette thèse, qui apparaît comme « farfelue », fait l’objet d’interrogations et d’études de la part de plusieurs analystes sérieux. Notamment Michel Ciment qui présente ce documentaire. 
Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, Michel Ciment est LE spécialiste de Kubrick par excellence. Il a beau être français, des gars comme Sydney Pollack, Jan Harlan et Martin Scorsese qui ont connu Kubrick, reconnaissent qu’il a plus de légitimité à parler sur le sujet que la plupart des spécialistes Américains.

Au passage, il a d’ailleurs écrit ce qui reste probablement le meilleur livre et le plus complet sur le cinéaste. Ce court documentaire, intitulé Kubrick & The Illuminati : Don’t you want to go where the rainbow ends ?, réalisé par Gasface (alias Mathieu Rochet et Nicolas Venancio), propose donc de revenir sur cette légende et sur le lien permanent entre l’œuvre de Kubrick et les symboles Illuminatis. Attention SPOILERS ! Le documentaire s‘ouvre donc sur un commentaire de Michel Ciment qui pense que la mort de Kubrick est due au stress. 
Stress de rendre son dernier film Eyes Wide Shut dans les délais. Mais aussi stress concernant ce qui était en train d’arriver à sa fille Vivian et qui constitue peut-être l’un des vrais sujets de son film.     

Le documentaire est narré par Laurent Vachaud, scénariste et dialoguiste français, qui raconte sa vision d’Eyes Wide Shut et il s’en sert pour étayer son argumentaire sur le lien entre Kubrick et les symboles Illuminatis. Les Symboles illuminatis, il y en a dans tous les films de Kubrick. Certains évidents, d’autres peuvent susciter le débat. Parmi les plus célèbres, on trouve l’affiche de L’Orange Mécanique qui représente une structure pyramidale avec un œil au centre, ou encore l’image de 2001 : L’Odyssée de l’Espace qui montre de façon juxtaposée le monolithe et le soleil. 
Pour sa part, Vachaud voit des symboles illuminatis dans de nombreuses images d’Eyes Wide Shut qu’il cite. Le fameux complot illuminati, organisation qui domine le monde, selon les théories conspirationnistes. 

Parmi elles, Le complot judéo maçonnique, avec notamment l’histoire des Rothschild. Ces éléments sont indirectement abordés dans Eyes Wide Shut. Et pour cause, le château où a lieu la scène d'orgie (et qui a été aussi utilisée pour la demeure de Bruce Wayne par Christopher Nolan pour ses Batman) fut jadis la demeure des Rothschild. Donc ce n’est probablement pas pour rien si Kubrick a choisi ce lieu. A propos de complot judéo-maçonnique, Vachaud remarque qu’il n’y a aucune référence au judaïsme dans la filmographie de Kubrick, alors que ce dernier était issu d’une famille de confession juive, mais semblait avoir un  rapport particulier avec cela. Il est toujours resté discret sur ce sujet, contrairement à d’autres réalisateurs comme Spielberg, Allen, Polanski…. 
On sait qu’il devait faire un film sur l’holocauste nazi qu’il n’a au final jamais réalisé.

Il n y a aucune référence au judaïsme dans Eyes Wide Shut alors qu’il y’en avait dans le livre original. Toute allusion à la religion juive est donc balayée. Vachaud note aussi un fait à la fois amusant et troublant à ce propos. Kubrick, qui est donc une fois encore issu d’une famille juive, a épousé Christianne Harlan, qui est sa troisième et dernière épouse, avec qui il a vécu de 1958 jusqu’à la fin de sa vie en 1999 (c’est elle qui jouait l’allemande qui chante dans Les Sentiers de La Gloire). 
Il a également travaillé avec le frère de cette dernière, Jan Harlan, qui est devenu son producteur exécutif l’ayant suivi durant la grande partie de sa filmographie. Or, Christanne et Jan Harlan sont la nièce et le neveu de Veit Harlan, réalisateur allemand, qui est célèbre pour avoir réalisé Le Juif Süss, un film archétype de propagande nazie anti-juive.

Or, Kubrick ne pouvait pas ignorer cela. La théorie du complot illuminati, c’est donc la domination du monde. C’est un sujet qui obsédait Kubrick qui, par ailleurs, était un fan de Rosemary’s Baby de Polanski, et qui mettait en scène une histoire de complot satanique. Par ailleurs, cette thèse de la domination illuminati fait part de l’endoctrinement, du lavage de cerveau et donc de la manipulation de l’esprit par les sociétés dominantes. A ce propos, Vachaud a repéré un détail très troublant dans Shining. Dans la scène où Danny se trouve dans la salle de jeu de l’Overlook et qu’il aperçoit pour la première fois les fantômes des jumelles, on peut voir en arrière-plan une affiche de skieur en-dessous de la laquelle il est noté « Monarch ». Monarch est le nom qu’on donne communément à un programme secret de la CIA qui aurait consisté en une violente expérience psychologique pour faire d’un « monsieur tout le monde » un tueur automate ou un esclave.

C’est le principe même de briser un homme psychologiquement, pour le reconstruire en robot en quelque sorte. Ce type de manipulation aurait d’abord été expérimenté par les nazis puis par la CIA. Et c’est là encore un des sujets récurrents de Kubrick, que ce soit à travers le traitement Ludovico de l’Orange Mécanique, l’ordinateur de 2001 : L’Odyssée de l’Espace, le discours du Docteur Folamour dans le film éponyme, les fantômes de Shining, l’entrainement ou plutôt le lavage de cerveau du Sergent dans Full Metal Jacket… On retrouve donc bien cette idée de manipulation et ce n’est sans doute pas un hasard si le mot « Monarch » apparaît dans Shining
C’est pourquoi, pour Laurent Vachaud, Eyes Wide Shut est un film à double lecture. Le premier plan qui reste l’adaptation simple du livre d’Arthur Schnitzler. Et le second plan sur les sectes et les complots illuminatis.

Comme je l’ai dit plus haut, Ciment et Vachaud pensent que le film est intrinsèquement relié à la vie de la fille du réalisateur, Vivian Kubrick. En effet, cette dernière avait rejoint la scientologie depuis 1998 et avait coupé tous les liens avec sa famille. Elle n’a plus revu son père depuis et est venue à son enterrement avec deux gardes du corps qui l’ont ensuite raccompagné jusqu’à l’aéroport. Ce n’est sans doute pas anodin lorsqu’on voit une scène d’orgie qui montre une secte de puissants. 
Et c’est encore moins anodin d’avoir confié le rôle principal à Tom Cruise qui, à première vue, n’avait rien à foutre dans ce genre de film réalisé par Kubrick, mais qui est célèbre pour être lui aussi membre de la scientologie depuis la fin des années 80. A ce propos, Vachaud évoque aussi le rêve que fait Cruise dans le film où il voit un marin copuler sa femme.

Dans le livre de Schnitzler, il ne s’agit pas d’un marin et pour Vachaud, ça n’a rien d’un hasard car l’officier de marine est en lien direct avec la scientologie. En effet, il faut écouter comment Nicole Kidman décrit le personnage dans le film, mais il faut aussi savoir que Ron Hubbard, le fondateur de la scientologie, était un officier de la marine. Pour Vachaud et Ciment, pas de doute, avec Eyes Wide Shut, son film testament, Kubrick veut nous faire passer un message subliminal. 
Ce court documentaire s’appuie donc sur plusieurs faits et images pour justifier ses théories. Nul doute que la légende gravitant autour de Kubrick n’est pas prête de s’éteindre. Il ne s’agit pas de dire que Kubrick aurait fait partie d’une secte Illuminati, mais plutôt d’essayer de comprendre son lien avec ce sujet, et ce qu’il cherchait à véhiculer à travers ses symboliques. Un documentaire hélas trop court mais passionnant.    

 

Note : 15/20

 

vince Vince