marquis

Genre : Inclassable, film d'animation (interdit aux moins de 12 ans)

Année : 1989

Durée : 1h20

 

Synopsis : En France vers 1789, dans la Bastille, Marquis, un prisonnier et un artiste subversif, passe son temps à rédiger des écrits. Pendant ce temps-là, d’autres prisonniers cherchent à s’évader pour mettre au point la révolution avec l’aide de bourgeois. Toujours dans la Bastille, un prêtre apprend qu’une prisonnière serait enceinte du roi en personne. Un complot se trame contre Marquis.

La critique :

Sur ce blog, nous avons plusieurs fois abordé le mouvement (ou anti-mouvement) « Panique ». Il s’agit d’un mouvement artistique engendré par Fernando Arrabal, Alejandro Jodorowsky et Roland Topor, entre autres. Ce mouvement a donné lieu à plusieurs chefs d’œuvres et notamment dans le septième art. On citera volontiers El Topo et La Montagne Sacrée de Jodorowsky, mais également Viva La Muerte et J’irai comme un cheval fou d’Arrabal.
Aujourd’hui, je vous propose de parler d’une œuvre plus méconnue de ce mouvement, il s’agit de Marquis, un film réalisé en 1989 par Henri Xhonneux en collaboration avec Roland Topor. Ce dernier ayant déjà travaillé au cinéma en signant les dessins, désormais mythiques, du générique de Viva la MuerteMarquis est un film très étrange qui mélange drame, film d’évasion et réflexion philosophique en prenant pour thème principal l’emprisonnement du Marquis de Sade dans la Bastille.

Attention SPOILERS ! Vers 1788-1789 en France, l’autorité royale est de plus en plus bafouée. La Bastille est remplie de prisonniers politiques. Parmi eux, on trouve Marquis, un artiste blasphémateur et auteur d’écrits subversifs. Marquis tue le temps dans sa cellule en rédigeant de nouveaux livres et des pièces de théâtre. Son seul ami et confident est Colin, qui n’est autre que son pénis (véridique), avec lequel il tient des véritables conversations ! Colin possède d’ailleurs sa propre conscience et sa propre volonté. Marquis est harcelé par Ambert, le chef de la garde de la prison qui est amoureux de lui, et qui cherche donc à le faire craquer pour obtenir ses faveurs.
Pendant ce temps, dans la cellule d’à côté, deux prisonniers, Lupino, un ancien chef de police responsable de l’emprisonnement de Marquis, et Horace, un unijambiste trafiquant de charcuterie, mettent au point un plan pour s’évader.

 

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Ils ont pour complice Juliette, une bourgeoise qui amadoue Gaëtan de Préaubois, le gouverneur de la Bastille, en se livrant avec lui à des relations sexuelles sadomasochistes. Ailleurs dans la prison, Dom Pompero le prêtre et confesseur de la Bastille, reçoit Justine, une jeune fille arrêtée sur lettre de cachet. Cette dernière affirme avoir été violée par le roi lui-même et en être enceinte. Pompero comprenant la gravité de la situation décide, avec l’appui du gouverneur, de faire accuser Marquis du viol de Justine et par la même occasion, de s’approprier les récits de l’écrivain et de les faire publier à son compte, sous le pseudonyme de S.A.D.E. L’histoire de Marquis s’inspire donc très librement de l’enfermement du Marquis de Sade à la Bastille. Peu de films ont abordé le sujet et Marquis est probablement celui qui l’aborde avec le plus d’étrangeté.

En réalité, le film surfe entre le cinéma et l’animation. Ainsi dans des décors bien réels, les acteurs portent des masques animatroniques qui leur permettent d’incarner leurs personnages mi-homme, mi-animal. Ainsi Marquis est un chien de race noble, Justine une vache, Juliette une jument, Ambert un rat, Horace un cochon, Lupino un  loup, le gouverneur un coq…. Il faut bien reconnaître que c’est ce qui fait toute l’originalité du film. Mais un personnage le plus atypique se nomme Colin, qui n’est autre que le sexe de Marquis. Celui-ci a sa propre volonté et reproche à Marquis de passer son temps à écrire sans jamais passer à l'action. Tout cela donne lieu à des scènes humoristiques, grotesques et parfois assez inquiétantes. Il faut voir Marquis en train de faire répéter une scène de théâtre à son pénis. 
La réalisation d’Henri Xhonneux s’accorde magnifiquement bien à cet univers très étrange et satirique.

 

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Quant à Topor, il rédigea le scénario, les dialogues et s’occupa également de la direction artistique. Ainsi c’est Topor qui dessina les créatures et les personnages du film. Marquis est donc un film très visuel et du même coup très satirique. Le film est également assez violent et justement interdit aux moins de 12 ans. Le film nous ressort certains passages littéraires des 120 journées de Sodome, certains étant mis en scène avec des marionnettes d’animation. Marquis est donc également un film choc et trash qui n'aurait pas usurpé une interdiction aux moins de 16 ans. 
Le film se veut aussi historique en nous dressant un portrait de l’esprit de révolution qui règne à l’époque. Mais outre cela, l’autre fil conducteur est clairement le personnage de Marquis. C’est un personnage très ambigu qui, comme Sade, prône le libertinage et se veut contre le refoulement des pulsions sadiques et animales. Pourtant, le personnage se montre très raffiné et se veut même assez sentimental. Certaines scènes de dialogues avec son sexe sont vraiment touchantes. Marquis développe même des sentiments amoureux. Marquis est donc un drame à la fois psychanalytique, philosophique, historique, satirique et humoristique. C’est vraiment un des films les plus étranges qu’il m’ait été donné de voir. Cela dit, on peut clairement parler d’une nouvelle réussite pour le mouvement panique. Henri Xhonneux filmant une œuvre belle, étrange et profonde à la fois.

 

Note : 16/20

sparklehorse2 Vince