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Genre : Comédie, inclassable (interdit aux - 16 ans)

Année : 1969

Durée : 1h35

 

Synopsis :

Divine, en faisant une fausse manoeuvre au volant de sa Cadillac, percute une jeune femme sortant d'un sous-bois qui venait tout juste de se faire consciencieusement lécher les pieds malgré elle par un illustre pervers. Elle décide d'embarquer sa victime encore inconsciente avec elle dans sa voiture.

 

La critique :

En période d'examen, il est toujours bon de prendre du temps par moment pour se relaxer. Certains en profitent pour lire, d'autres pour aller sur Facebook tandis que certains ont la bonne idée de se taper un film de John Waters, réalisateur incomparable, unique et de très bon choix pour se détendre et oublier complètement ses cours et le stress devant le spectacle proposé. Cette fois-ci, remontons encore un peu dans le temps pour aboutir en l'an de grâce 1969, date qui verra le monde cinématographique accueillir en son sein, un des cinéastes les plus scandaleux de l'histoire du cinéma conventionnel avec un film au doux nom de Mondo Trasho.
Déjà à cette époque, Waters n'avait pas peur du ridicule et ni des ennuis avec la justice. Ce champion du monde ainsi que les membres de l'équipe de tournage se feront arrêter par la police pour conspiration en vue d'exhibitionnisme, pendant le tournage de la scène avec l'auto-stoppeur nu sur le campus de l'université de Baltimore. Seul Divine, au volant de sa Cadillac Eldorado, a échappé à l'arrestation.

Vous rajoutez à cela le fait que le film coûta la bagatelle d'une modeste somme de 2000$, de l'argent de poche emprunté à son père. Certes, où est le problème, me direz-vous ? Il faut savoir que, dans une interview en 2008, John Waters dit que les musiques utilisées dans ce film sont issues de sa propre discographie. Il n'avait pas payé les droits d'utilisation de ces morceaux car il n'en avait pas les moyens à l'époque. A cause de cela, le film reste aujourd'hui encore inédit. De plus, le titre du film rend hommage à Mondo Topless, film de l'un des réalisateurs préférés de John Waters, qui fut inspiré pour son film par le genre Mondo rendu populaire grâce au film Mondo Cane, sorti en 1962. Voilà pour les quelques anecdotes croustillantes ponctuant dès le début une carrière marquée par le scandale et l'irrévérence ! Reste à voir si Waters avait déjà tapé dans le mille dès son premier long-métrage.

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ATTENTION SPOILERS : Après une séquence d'introduction au cours de laquelle un bourreau décapite des poulets sur un billot, l'action principale commence. Sur un air de musique, Mary, une blonde platine prend l'autobus en lisant Hollywood Babylone. On la suit ensuite errant dans un parc. Elle se fait soudainement agresser par un hippie fétichiste qui la viole en la plaquant sur le sol et en lui léchouillant les pieds (elle fantasme qu'elle est Cendrillon). Alors qu’elle atteint péniblement la route dans un sale état, elle se fait renverser par Divine, une blonde corpulente, stimulée par la vision d’un bellâtre auto-stoppeur nu. En faisant marche arrière, elle écrase la demoiselle violée.
La culpabilité gagne Divine : cette dernière finit avec elle dans un asile psychiatrique pour femmes et livre un combat dans la boue avec des porcs et des figures christiques. Après une amputation des pieds par un médecin fou, qui lui greffera des pieds de monstre, la blonde se retrouve dans la rue, critiquée par des passantes prudes.

Sympathique n'est-ce pas ? Quelle douce poésie que nous avons ici. Cette douce poésie peut-elle déjà se hisser comme oeuvre de grande qualité ? Là, je dois avouer être plutôt sceptique mais n'allons pas trop vite. A peine quelques secondes auront suffi pour distinguer directement la patte propre du réalisateur qui, on peut le dire, est déjà perceptible dès son premier long-métrage. On a tout ce qu'il faut pour être heureux : des paysages laids, des personnages obscènes et vulgaires et une transgression déjà présente, bien que fort sage encore comparé à ses prochains scandales sur pellicule qui suivront. Néanmoins, ne vous attendez pas à être familiarisé directement à son style.
On a souvent tendance à recommander un cinéaste à quelqu'un en lui disant de regarder sa filmographie dans le bon ordre. En l'occurrence, ça ne fonctionne pas ici car il est indéniable que Mondo Trasho est bel et bien l'oeuvre la plus difficile d'accès d'un cinéma déjà pas évident à encaisser.

Il faudra donc se dire que Mondo Trasho n'est pas un choix judicieux pour commencer car, outre le noir et blanc rendu malheureusement obsolète à notre époque, le film est un quasi muet. Comprenez bien que le terme d'OFNI prend donc ici tout son sens et vous donne déjà une idée de la note finale, au risque de casser le suspens. Waters met en scène comme à son habitude un monde à la fois réel et complètement loufoque de par les relations sociales qui sont amenées à se développer au cours du récit. Et dès le début, l'oeuvre démarre en beauté avec cette séquence romantique de fétichisme de pieds dans un parc public avec d'un côté une bimbo au QI d'écureuil et de l'autre un ersatz de Charles Manson déviant. Ceci dit, ne vous attendez pas aux déluges transgressifs auxquels vous avez été habitué avec ses oeuvres les plus connues car, malgré son titre qui en dit déjà long, Mondo Trasho, bien qu'il soit un parfait témoignage d'une époque de libération sexuelle, tâtonne et hésite encore. On peut sentir que le féroce politiquement incorrect de Waters n'est pas encore tout à fait mûr pour déranger. 

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Mais il serait bien être faux-jeton que de ne pas reconnaître que la bien-pensance est déjà malmenée à tous les étages entre le fétichisme des pieds, les détournements des symboles liées à la vierge Marie, la police tournée en ridicule, le vol d'objets (rappelons que nous sommes à la fin des années 60 !!!) ou des expressions faciales et corporelles vulgaires. La démarche caractéristique de Divine est déjà bien là pour notre plus grand bonheur avec toute sa classe habituelle.
Il est inévitable de réaliser que Mondo Trasho ne plaira pas à tout le monde à ce niveau et ne pourra que contenter les adeptes d'un cinéma crachant sur la bien-pensance. Pour ce qui est de l'image, encore une fois, on retrouve cette image sale, granuleuse et floue qui fait que l'action n'est pas toujours très nette et limpide mais, pour autant, la manière de filmer fait déjà des prouesses car elle est à tout moment bien pensée. Les cadrages et plans sont de bonne qualité et filment toujours bien l'action.

Parlons aussi de la musique, inhérente à tout film muet qui se respecte et dont Mondo Trasho ne déroge pas à la règle. Qu'on se le dise, la discographie est de grande qualité et surtout très variée. Les transitions sont omniprésentes, avec des coupures très brèves et de nombreux airs d'époque qui ne pourront que faire germer moult souvenirs chez les spectateurs plus âgés, à mon grand regret. Pour autant, le réalisateur insérera ici et là plusieurs fonds sonores comme des cris d'extase lors de la séquence de fétichisme ou encore quelques dialogues éparses qui resteront cependant très rares.
Au niveau du jeu d'acteurs où nous retrouverons plusieurs habitués tels que Divine, bien sûr, mais aussi Mary Vivian Pearce, David Lochary ou encore Mink Stole, nous sommes loin d'une certaine forme d'expressionnisme. Leur jeu d'acteur est relativement rudimentaire.

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Par contre, il y a un problème de taille qui n'est autre que la mise en scène. Certes, si le scénario complètement "what the fuck" est délirant et bien sympa, on observe un sérieux manque de gnaque tout au long. De deux choses l'une, soit on suivra le long-métrage avec intérêt et un ennui poli par-ci par-là ou soit on va royalement se faire chier. On ne peut pas mettre ça sur le dos du style muet car les musiques éveillent toujours notre attention et que le style très road movie nourrit en permanence notre attention. Non, le problème est que ça s'éternise parfois trop pour ne rien dire.
Les déambulations de 3 à 4 minutes de Divine dans la rue avec Mary inconsciente sans que rien ne se passe, ce n'est pas l'idéal pour tenir en haleine. Le fait de filmer certains passages inutiles n'aide pas non plus (difficile de trouver un intérêt à la décapitation des poules du début). En l'occurrence, le film se montre souvent plat et n'a pas cette fougue stratosphérique et cette intensité que nous retrouverons, heureusement, plus tard. Du coup, on ressort un peu déçu de la projection. Le fait que l'on en attendait trop dû à cette sacralisation du réalisateur ? Il y a un peu de ça, je dois le reconnaître.

En conclusion, il est indéniable que Mondo Trasho est un premier long-métrage de qualité tout à fait recommandable. Cela étant dû au style "Watersien" jamais imité mais qui n'aurait de toute façon jamais été égalé avec son lot de personnages vulgaires, ces situations inattendues et délirantes (comme dans le cabinet du docteur, dans l'enclos des cochons ou dans un hôpital psychiatrique), son irrévérence déjà bien gratinée (montrer un cul par la fenêtre d'une voiture n'est pas synonyme de bienséance) et son aspect que l'on peut dire vraiment clandestin ici. A côté, on boude devant une mise en scène faisant souvent perdre l'attention du spectateur durant des séquences assez longues pour ne rien dire.
Mais qu'on se le dise, il surgit en nous une sympathie inattendue pour ce témoignage d'une époque révolue où tout était permis. Une oeuvre unique dans la filmographie de John Waters qui ne pourra être recommandée qu'aux fans du réalisateur s'étant déjà essayé avant à son style. La preuve étant qu'il est impossible de donner une vraie note à cet OFNI glorifiant la pensée anarchique et le mauvais goût totalement assumé. 

 

Note : ???

 

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