2000 Maniacs !

 

Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 18 ans)
Année : 1964

Durée : 1h27

Synopsis : Six touristes s'égarent dans une région perdue de Floride, et se retrouvent dans un petit village, célébrant son centenaire. Malgré l'accueil chaleureux qui leur est réservé, les nouveaux venus ne tardent pas à s'apercevoir qu'il se passe quelque chose d'inquiétant et de mystérieux.

La critique :

A juste titre, Herschell Gordon Lewis est souvent considéré comme le pape du cinéma gore. Une gloriole qui débute dès 1963 avec la sortie d'Orgie Sanglante ou Blood Feast, par ailleurs qualifié comme le tout premier film trash de l'histoire du cinéma. Et pourtant, le scénario, de facture conventionnelle, se résume en une seule petite ligne. Un fanatique s'amuse à cuisiner des festins en agrémentant les mets sapides de divers membres humains. Interdit aux moins de 18 ans, honni, voué à l'opprobre et aux gémonies, Orgie Sanglante s'octroie néanmoins rapidement le statut de film culte.
Il constitue également le tout premier chapitre d'une trilogie intitulée sobrement Blood Trilogy. Le film sera donc suivi par 2000 Maniacs ! (1964) et Color Me Blood Red (1965).

Aujourd'hui, c'est le cas de 2000 Maniacs ! - ou 2000 Maniaques en français - qui nous intéresse. A l'instar de Blood Feast, 2000 Maniacs ! suscite à son tour les invectives et les quolibets. Lui aussi écope d'une interdiction aux moins de 18 ans pour sa violence jugée gratuite et obscène. En outre, 2000 Maniacs va lui aussi s'adjuger le titre de film culte et inspirer plusieurs générations de longs-métrages et de cinéastes, entre autres un remake, 2001 Maniacs (Tim Sullivan, 2005).
Tourné en seulement 14 jours pour un budget dérisoire, 2000 Maniacs ! est l'adaptation libre d'une comédie musicale, Brigadoon, par ailleurs réalisée par les soins de Vincente Minnelli en 1954. La distribution de 2000 Maniacs ! réunit William Kerwin, Connie Mason, Jeffrey Allen, Ben Moore et Gary Bakeman.

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En l'occurrence, le scénario du film est à la fois basique et laconique. Attention, SPOILERS ! Six touristes s'égarent dans une région perdue de Floride, et se retrouvent dans un petit village, célébrant son centenaire. Malgré l'accueil chaleureux qui leur est réservé, les nouveaux venus ne tardent pas à s'apercevoir qu'il se passe quelque chose d'inquiétant et de mystérieux. Comment expliquer que cette vaste gaudriole, tournée pratiquement comme un film amateur, ait acquis une telle notoriété au fil des décennies ? L'explication tient sûrement dans cette nonchalance et cette irrévérence clairement affichées par les interprètes et le réalisateur du film. D'ailleurs, Herschell Gordon Lewis revêt également les oripeaux de cadre monteur et opérateur. De surcroît, il se charge de griffonner les quelques lignes du scénario du film. Visiblement, le cinéaste est un autodidacte bien conscient des écueils scénaristiques de sa pellicule rougeoyante.

Et pourtant, Herschell Gordon Lewis délivre malgré lui (?) un message. En outre, le cinéaste se transforme en visionnaire et annonce déjà, en 1964, la société consumériste et le déclin de l'Oncle Sam dans sa lutte farouche contre le Vietnam et le scandale du Watergate. In fine, 2000 Maniacs ! préfigure déjà de nombreux classiques horrifiques qui sortiront bien des années plus tard. Nul doute que cette pellicule impécunieuse et érubescente ait probablement inspiré Tobe Hooper pour son célèbre Massacre à la Tronçonneuse (1974). Il est donc question de touristes qui s'égarent dans une communauté aux traditions morbides, sadiques et séculaires.
Certains habitants haranguent et pavoisent doctement sur le centenaire de la vengeance. En l'occurrence, les touristes d'infortune vont devenir les victimes d'une petite communauté bilieuse et vindicative.

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Même les gosses montrent déjà des tendances criminelles et sociopathiques en s'acharnant à massacrer des animaux. Herschell Gordon Lewis ne se refuse aucune excentricité sanglante et nous convie à une série d'agapes et de priapées sanguinaires. On comprend mieux pourquoi le film a suscité autant de cris d'orfraie en son temps. Clairement, le cinéaste ne fait pas dans la dentelle ni la complaisance. Ainsi, les villageois irascibles scalpent, supplicient, torturent et mutilent leurs nombreuses victimes dans l'hilarité générale. Ici point d'humanisme ni de magnanimité.
Dans un premier temps, c'est une jeune femme qui doit subir les lubricités d'une bande de psychopathes. Par la suite, ce sont différents membres qui sont sectionnés et amputés par une foule en ébullition.

Tous ces rituels barbares et sanguinolents se déroulent dans une ambiance festive et copieusement arrosée. Pour le spectateur moderne, difficile de ne pas s'esclaffer devant l'abondance de sauce tomate et de trucages pour le moins obsolètes. Mais, déjà à l'époque, 2000 Maniacs ! annonce notre engouement pour le sadisme et le voyeurisme. Certes, les nombreux contempteurs du film pesteront et clabauderont à raison contre la piètre qualité de l'interprétation, en mode cabotinage et pilotage automatique. Toutefois, Herschell Gordon Lewis signe plusieurs séquences gore jubilatoires.
Chaque touriste est savamment disséqué, condamné à exhaler son dernier soupir ou à rester cloué sur le pilori de la vengeance. In fine, 2000 Maniacs !, c'est aussi ce retour (in)volontaire (?) à nos pulsions primitives et archaïques. Même si l'histoire se déroule dans notre époque contemporaine, difficile de ne pas y voir un retour à l'Inquisition, à l'image de cette victime suppliciée et écartelée par plusieurs chevaux. 
Bref, on tient là un vrai classique du cinéma trash et donc, un incontournable pour tout amateur du cinéma gore. 

 

Note : 15/20

sparklehorse2 Alice In Oliver