Rebecca 1940

 

Genre : thriller
Année : 1940

Durée : 2h10

Synopsis : C'est à Monte-Carlo que le richissime et séduisant veuf Maxim de Winter croise le chemin d'une jeune domestique qu'il ne tarde pas à séduire. Bientôt, ils se marient et retournent habiter dans le manoir de Manderley, demeure familiale de Winter, au sud de l'Angleterre. Très rapidement, dans cet endroit lugubre et froid, la nouvelle Mme. de Winter se confronte aux domestiques qui ne semblent guère l'apprécier. Surtout, c'est Mme. Danvers, la gouvernante, qui est la plus vindicative. Car depuis toujours, elle servait Rebecca, l'ex-femme de M. de Winter décédée un an plus tôt dans un accident. Son souvenir semble hanter le château.   

La critique :

On a souvent tort de minorer, voire même de phagocyter, la filmographie d'Alfred Hitchcock avant 1954, une date prééminente qui verra Le crime était presque parfait et Fenêtre sur Cour, triompher dans les salles obscures. Dès les années 1930, Alfred Hitchcock commence à attiser la curiosité des cinéphiles avisés via plusieurs longs-métrages notables, entre autres L'homme qui en savait trop (1934) qui connaîtra par ailleurs un remake homonyme en 1956 toujours sous l'égide du maître du suspense, Les 39 Marches (1935), Une Femme Disparaît (1938) et Joies Matrimoniales (1941).
Vient également s'ajouter Rebecca, sorti en 1940. Ce long-métrage possède la particularité d'être le tout premier et le seul film oscarisé d'Alfred Hitchcock. Il constitue aussi le tout premier film américain du cinéaste britannique.

Rebecca est également l'adaptation d'un opuscule de Daphne du Maurier publié en 1938. Hélas, pour Alfred Hitchcock, le tournage du film est loin d'être une sinécure. Le réalisateur doit régulièrement se colleter avec David O. Selznick, producteur de Rebecca. En effet, ce dernier n'apprécie guère les choix du maître du suspense et modifie plusieurs saynètes du film. Ulcéré, Alfred Hitchcock découvre les scélératesses de son producteur et décide de tourner derechef les scènes modifiées, coupées, tronquées et/ou supprimées. Le tournage du film se déroule donc dans un climat tempétueux.
Une ambiance qui convient hélas parfaitement à la tonalité mortifère de Rebecca et sur laquelle nous reviendrons ultérieurement. La distribution du film réunit Laurence Olivier, Joan Fontaine, George Sanders, Judith Anderson, Nigel Bruce, Reginald Denny et C. Aubrey Smith.

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Attention, SPOILERS ! C'est à Monte-Carlo que le richissime et séduisant veuf Maxim de Winter croise le chemin d'une jeune domestique qu'il ne tarde pas à séduire. Bientôt, ils se marient et retournent habiter dans le manoir de Manderley, demeure familiale de Winter, au sud de l'Angleterre. Très rapidement, dans cet endroit lugubre et froid, la nouvelle Madame de Winter se confronte aux domestiques qui ne semblent guère l'apprécier. Surtout, c'est Madame Danvers, la gouvernante, qui est la plus vindicative. Car depuis toujours, elle servait Rebecca, l'ex-femme de Monsieur de Winter décédée un an plus tôt dans un accident. Son souvenir semble hanter le château.   
Indubitablement, on tient là un thriller éminemment complexe qui oscille entre différents genres : le thriller, la romance amoureuse, le drame, l'enquête policière, l'épouvante et le fantastique.

De facto, difficile voire impossible de ranger Rebecca dans une catégorie particulière. Curieux que cette oeuvre soit, encore aujourd'hui, aussi méconnue du grand public. Pourtant, Rebecca constitue un tournant majeur dans la filmographie du cinéaste britannique. A l'instar de The BirdsLes Oiseaux - en français, Rebecca reste l'une des rares incursions d'Alfred Hitchcock dans le registre horrifique. Car oui, Rebecca est bel et bien une variation d'ombres, de lumières et de pénombres.
Le métrage repose aussi sur une relation entre cinq protagonistes : Maxim de Winter, la nouvelle Madame de Winter, Madame Danvers, Rebecca et l'étrange manoir qui semble se situer au beau milieu de nulle part. Oui, ce lieu lugubre et ténébreux est bel et bien le cinquième protagoniste de ce film désespérément morbide.

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Quant à la fameuse Rebecca, elle aussi fait office de fantasme et d'iconographie imaginaire. L'ex-femme de Maxim de Winter n'apparaîtra jamais dans le film et pour cause.... puisqu'elle est décédée dans ce qui s'apparente à un accident... De surcroît, la jeune défunte est la grande absente de cette pellicule. Alfred Hitchcock se garde bien de montrer la moindre photographie ou représentation de la jeune femme à l'écran. Néanmoins, par l'intermédiaire de son ex-gouvernante, Madame Danvers, Rebecca continue de hanter les couloirs oblongs du manoir, au grand désarroi de Madame de Winter.
De facto, les fantasmagories de la jeune mariée sont mises à rude épreuve. Son époux serait encore aspiré par les réminiscences du passé et toujours sous l'emprise amoureuse de son ancienne dulcinée. Une hérésie.

Mais ce subterfuge est habilement disséminé par Madame Danvers. Sur ce dernier point, Alfred Hitchcock émet l'hypothèse d'une relation saphique entre les deux femmes. Les deux mégères se ressemblent. Néanmoins, l'existence réelle de ces deux sorcières tient de la spéculation. Le maître du suspense pose le doute sur la réalité, l'identité et la rationalité de ces deux personnages. Ainsi, Madame Danvers apparaît comme une femme acariâtre, fallacieuse et pudibonde qui tarabuste régulièrement la nouvelle épouse de Maxim, poussant presque la jeune femme au suicide.
Au pied du manoir, ce sont des vagues houleuses et mouvementées qui viennent ponctuellement se fracasser contre les parois anfractueuses de rochers. Cette mer capricieuse symbolise évidemment le passé, celui que Maxim de Winter tente chimériquement de phagocyter.

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Bientôt, le passé va se rappeler au présent et inversement. Mais au-delà de ses consonances sexuelles et même homosexuelles, Rebecca conte une nouvelle lutte farouche entre le bien et le mal, entre l'ombre et la lumière et entre deux facettes de la féminité : celle qui castre et évince le désir charnel - donc Rebecca et Madame Danvers - et celle qui fait renaître cette passion lunaire et éphémère. En ce sens, le personnage fictif de Rebecca représente évidemment le mal absolu, ainsi que ces tonalités vespérales qui surveillent encore les vivants. A contrario, la nouvelle épouse de Winter préfigure cette luminosité qui vient subrepticement éclaircir le quotidien endeuillé de son époux.
De surcroît, Alfred Hitchcock se languit de cette dichotomie avec audace et subtilité. Quant à Maxim de Winter, ce personnage énigmatique préfigure cette culpabilité inapte à réveiller le désir qu'il éprouve envers sa nouvelle énamourée. A ce sujet, le film d'Alfred Hitchcock se montre résolument moderne puisque c'est cette dernière qui va ressusciter "l'Eros" assoupi de son mari, par ailleurs confiné dans ses pruderies de façade. Vous l'avez donc compris.
Derrière ce conte aux accents macabres, se tapissent de nombreuses thématiques, entre autres psychologiques, spirituelles, érotiques et psychanalytiques. Bref, Rebecca mériterait sans doute de figurer au panthéon de l'oeuvre hitchcockienne.

Note : 18/20

sparklehorse2 Alice In Oliver