poltergeist 2015

 

Genre : horreur, épouvante
Année : 2015

Durée : 1h39

Synopsis : Lorsque les Bowen emménagent dans leur nouvelle maison, ils sont rapidement confrontés à des phénomènes étranges. Une présence hante les lieux. Une nuit, leur plus jeune fille, Maddie, disparaît. Pour avoir une chance de la revoir, tous vont devoir mener un combat acharné contre un terrifiant poltergeist.

La critique :

1982. Avec la complicité et sous les précieuses instigations de Steven Spielberg, Tobe Hooper réalise Poltergeist. Ce film d'épouvante aux consonances fantastiques et démonologiques va rapidement s'octroyer le statut de film culte et de classique du cinéma horrifique. Tobe Hooper jubile. Huit ans après Massacre à la Tronçonneuse (1974), le cinéaste en plein marasme connaît enfin un regain de notoriété. Mieux, Poltergeist s'inscrit durablement dans la culture populaire américaine et est considéré comme l'un des films les plus effrayants de tous les temps.
La raison ? Le long-métrage conte l'histoire d'une famille (les Freeling) de la middle class américaine confrontée à des esprits méphistophéliques. Bientôt, leur fillette, Carol-Anne, est absorbée par le poste de télévision.

Finalement, Poltergeist n'est qu'une réactualisation moderne d'un épisode de La Quatrième Dimension, La Petite Fille PerdueLe cinéma horrifique actuel est donc un cinéma du passé. Preuve en est avec tous ces remakes de films d'épouvante à succès qui sont sortis entre 2003 et aujourd'hui. Depuis une petite dizaine d'années, c'est le grand retour du paranormal sur nos écrans via The Conjuring : les Dossiers Warren (James Wan, 2013), Insidious (James Wan, 2011), la saga Paranormal Activity, ou encore Grave Encounters (The Vicious Brothers, 2011).
Le Poltergeist de Tobe Hooper et de Steven Spielberg devait se transmuter à son tour en un inévitable remake homonyme, cette fois-ci réalisé par les soins de Gil Kenan en 2015 et sous la férule de Sam Raimi, producteur du film.

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La distribution du long-métrage réunit Sam Rockwell, Rosemarie DeWitt, Saxon Sharbino, Kyle Catlett, Kennedi Clements et Jared Harris. Contrairement à la version originelle, Poltergeist (2015) semble condamner à croupir dans les affres des oubliettes. Les maigres recettes de ce remake (à peine 42 millions de dollars de recettes aux Etats-Unis et au Canada) n'ont même pas permis de rembourser l'investissement initial (un peu moins de 65 millions de dollars).
Même en France, le film est passé totalement inaperçu, engrangeant à peine trois cents mille entrées. Un désastre commercial. Quant aux critiques et à la presse cinéma, elles aussi se montrent plutôt mitigées. Poltergeist (2015) ne serait qu'une énième adaptation supplémentaire parmi les nombreux remakes infatués.

Reste à savoir si le métrage mérite de telles opprobres et gémonies. Attention, SPOILERS ! (1) La famille Bowen emménage dans une nouvelle maison située sous une ligne à haute-tension. Ils imputent à ce fait les quelques phénomènes qui se manifestent. Alors que les parents sont invités à une soirée où ils apprennent que le lotissement a été bâti sur un cimetière, Madison, la plus jeune, disparaît. Cependant, cette dernière est en mesure de communiquer avec ses parents via le poste de télévision.
N'ayant aucune explication rationnelle pour ce qui se passe, la famille fait appel à des chercheurs en paranormal. Ils comprendront qu'ils ont à faire non pas à un démon... mais à divers démons qui tentent de les chasser des lieux ! Arriveront-ils à bannir pour toujours le Mal ou devront-ils partir à cause de celui-ci ? (1) 

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Depuis 1982, rien n'a changé dans l'univers étriqué et claustré du paranormal. Pour Gil Kenan, pas question d'obliquer dans une direction différente de son auguste épigone. En l'occurrence, tous les ingrédients qui ont couronné le succès du Poltergeist de 1982, sont bel et bien présents dans cette version modernisée : la présence d'un arbre gargantuesque capable de déployer ses branches oblongues à l'intérieur de la maisonnée, un clown qui se transmue en poupée démoniaque et sociopathe et bien sûr, l'inévitable poste de télévision qui permet d'accéder à un monde parallèle, celui des ténèbres.
En mode pilotage automatique, Gil Kenan se contente d'anônner benoîtement la recette de son illustre devancier. Narquois, le cinéaste élude la profusion d'effets spectaculaires pour mieux se centrer sur une nouvelle famille de la middle class américaine, à la seule différence que les Freeling ont été supplantés par les Bowen.

Au fil des minutes, Poltergeist (2015) s'apparente finalement à un remake sans véritable ressort dramatique. Certes, Sam Rockwell et les autres font le job. Guère plus. Mais difficile de s'attacher véritablement à cette petite famille tant cette dernière ressemble, trait pour trait, à celle de la version de 1982. Par ailleurs, depuis plusieurs décennies, la cellule parentale s'est profondément délitée au profit du divorce de masse et/ou de la famille recomposée de toute part.
Ici, point de belligérance ni d'éphèbe indocile qui se regimbe contre l'autorité patriarcale. En l'occurrence, face à cette menace indicible et luminescente, la famille Bowen se montre toujours unie et soudée. Inexorablement. Est-ce qu'une telle famille existe encore aujourd'hui ? 
Telle est la question qui se pose en filigrane lors du générique final. C'est d'ailleurs l'étrange impression qui se dégage après le visionnage. Vidé de toute substance dramaturgique, Poltergeist (2015) nage invariablement dans le vide. Ce n'est pas un hasard si la séquence finale, qui se déroule dans le monde des morts, projette le spectateur dans une sorte de précipice et, in fine, de néant total.
Certes, dans cette litanie de remakes, le remake de Gil Kenan n'est pas forcément le supplice décrié par la presse spécialisée. Mais le long-métrage ne retrouve jamais la fougue, la virulence et l'irrévérence de son modèle.

Note : 09/20

sparklehorse2 Alice In Oliver