merci patron !

 

Genre : documentaire
Année : 2016

Durée : 1h24

Synopsis : Pour Jocelyne et Serge Klur, rien ne va plus : leur usine fabriquait des costumes Kenzo (Groupe LVMH), à Poix-du-Nord, près de Valenciennes, mais elle a été délocalisée en Pologne. Voilà le couple au chômage, criblé de dettes, risquant désormais de perdre sa maison. C'est alors que François Ruffin, fondateur du journal Fakir, frappe à leur porte. Il est confiant : il va les sauver. Entouré d'un inspecteur des impôts belge, d'une bonne soeur rouge, de la déléguée CGT, et d'ex-vendeurs à la Samaritaine, il ira porter le cas Klur à l'assemblée générale de LVMH, bien décidé à toucher le coeur de son PDG, Bernard Arnault. Mais ces David frondeurs pourront-ils l'emporter contre un Goliath milliardaire ? Du suspense, de l'émotion, et de la franche rigolade. Nos pieds nickelés picards réussiront-ils à duper le premier groupe de luxe au monde, et l'homme le plus riche de France ?  

La critique :

Avant de devenir le fondateur et le rédacteur en chef du journal Fakir, François Ruffin a grandi dans la ville d'Amiens. Fils d'ouvrier, il obtient une Maîtrise de Lettres (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Ruffin) et entre dans une école de journalisme en 2000. Farouchement engagé à la gauche de la gauche (donc pour le Front de Gauche, au cas où vous n'auriez pas compris...), François Ruffin défend à l'inverse le protectionnisme.
Avec son tout premier film, Merci Patron !, sorti en 2016, François Ruffin se transforme en Michael Moore version prolétariat français. Présenté dans différents festivals, le long-métrage commence à susciter la polémique et les quolibets. Le documentaire bénéficie même d'une sortie dans les salles obscures et obtient un succès pour le moins inattendu.

Après seulement quatre mois d'exploitation au cinéma, Merci Patron ! a déjà enregistré plus de 500 000 entrées. Un véritable plébiscite pour un long-métrage destiné, à la base, à croupir aux affres des oubliettes. 
La "Médiacratie" et les réseaux sociaux jubilent et érigent le documentaire comme la nouvelle arme anarcho-syndicaliste. Merci Patron ! devient même la nouvelle égérie de journaux proverbiaux, notamment Le Monde, Le Journal du Dimanche, L'Obs, Télérama, Les Cahiers du Cinéma, ou encore Première. Le film s'octroie même les dithyrambes de la sphère sociologique et intellectuelle. Et pour cause. Merci Patron ! parle d'un sujet d'actualité : la mondialisation à outrance et ses corollaires pour de nombreux salariés, condamnés à postuler chez Pôle Emploi. Attention, SPOILERS ! 

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Pour Jocelyne et Serge Klur, rien ne va plus : leur usine fabriquait des costumes Kenzo (Groupe LVMH), à Poix-du-Nord, près de Valenciennes, mais elle a été délocalisée en Pologne. Voilà le couple au chômage, criblé de dettes, risquant désormais de perdre sa maison. C'est alors que François Ruffin, fondateur du journal Fakir, frappe à leur porte. Il est confiant : il va les sauver. Entouré d'un inspecteur des impôts belge, d'une bonne soeur rouge, de la déléguée CGT, et d'ex-vendeurs à la Samaritaine, il ira porter le cas Klur à l'assemblée générale de LVMH, bien décidé à toucher le coeur de son PDG, Bernard Arnault. Mais ces David frondeurs pourront-ils l'emporter contre un Goliath milliardaire ?
Du suspense, de l'émotion, et de la franche rigolade. Nos pieds nickelés picards réussiront-ils à duper le premier groupe de luxe au monde, et l'homme le plus riche de France ?

Finalement, Merci Patron !, c'est ce retour inopiné vers les thèses anarchistes et marxistes. Pour lutter contre Bernard Arnault et son armée de techniciens richissimes, il faut imposer la dictature du prolétariat. En outre, cette hégémonie prolétarienne se transmute ici en immense gaudriole, à la fois séditieuse et manipulatrice. Pour obtenir la charité d'un capitaliste mercantile qui délocalise ses usines en Bulgarie et en Pologne, il faut jouer de ruse et de stratagème à son tour.
Rapidement, le documentaire se transmue en une pièce de théâtre digne de Molière. Les Klur, une famille désargentée et menacée d'expulsion, s'engage dans une bataille désespérée contre Bernard Arnault. 
Une chimère. Pas pour François Ruffin qui multiplie les actions contre le groupe LVMH. 

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Contre toute attente, la supercherie fonctionne. Pourtant, au détour de ce documentaire, ce sont deux grands oxymores qui s'affrontent. L'un se nomme Bernard Arnault. Il détient la pécune, le capital, Carrefour, Kenzo, Christian Dior... Cet homme d'affaires français n'est qu'un autre "Citizen Kane", avide de conquête, de lucre et de pouvoir. Une autre facette du capitalisme, celui qui a érigé le luxe comme un moyen d'assouvir et d'assagir la classe politicienne.
Telle est la loi du marché, celle qui régit notre quotidien anomique. Et puis, il y a les Klur, cette famille qui vit à Poix-du-Nord, près de Valenciennes. Pour sauver cette famille de la banqueroute, Bernard Arnault va-t-il accepter de faire le trajet Poix-du-Nord/Pékin pour constater l'état de délabrement d'une région contristée par le chômage ?

Telle est la question ubuesque qui se pose en filigrane... De facto, Merci Patron ! s'inscrit dans ces documentaires engagés contre les fourberies du capitalisme actuel qui délocalise sans se soucier de l'exploitation d'une nouvelle forme d'impécuniosité : les travailleurs pauvres. Mais, Merci Patron !, c'est aussi cet étrange requiem en faveur de la plèbe, celle qui a, depuis longtemps, été oubliée, honnie et ostracisée par la classe politicienne. 
Qu'à cela ne tienne. Nos édiles financiers sont soucieux de l'image qu'ils véhiculent dans les médias et sur la scène internationale. 
Nouvel oxymoron. Pas moyen d'ébranler la tour Bernard Arnault... A moins de frapper directement à la source. En ce sens, Merci Patron ! ouvre une nouvelle ère dans le documentaire et dans la lutte vindicative des prolos : les actions directes destinées à faire vaciller le sommet du capitalisme. Ce n'est pas un hasard si l'affiche du film arbore altièrement la mention suivante : "L'arnaque en version lutte des classes". Une hérésie même si Ruffin et les Klur triomphent finalement du patron, entre autres, de Carrefour. 
Une façon comme une autre d'éviter l'insubordination de milliers d'ouvriers... Ou alors encore une autre façon de faire ouïr sa voix, même lorsqu'elle devient aphonique.
Encore un autre paradoxe... Bref, un tel documentaire mériterait sans doute un meilleur niveau d'analyse...

Note : ?

 

sparklehorse2 Alice In Oliver