assassins de l'ordre

Genre : Policier / Drame

Année : 1971

Durée : 1h47

Synopsis : Un juge de province se voit confier l'instruction d'une affaire délicate, à savoir la mort d'un homme au commissariat à l'issue de son interrogatoire par des policiers. Le juge l'ignore encore, mais cette affaire houleuse va bouleverser sa vie et ses convictions.

La critique :

Nombreux sont les films qui traitent d'un sujet difficile et ne rencontrent, à leur sortie, qu'incompréhension en raison d'un traitement peu orthodoxe. Ces oeuvres tombent parfois dans un oubli injuste, c'est le cas du film Les Assassins De l'Ordre. A l'origine, le long-métrage est tiré d'un roman de Jean Laborde, chroniqueur judiciaire durant 14 ans, entre 1964 et 1978. L'homme a notamment couvert des affaires comme celle de Marie Besnard ou Gaston Dominici, il connaît donc bien la justice et ses rouages. L'homme écrivit parfois sous le pseudonyme de Raf Vallet, il est également l'auteur de Adieu Poulet, adapté au cinéma, avec Lino Ventura et Patrick Dewaere.
Les Assassins De L'Ordre est signé Marcel Carné, qui réalise ici l'un de ses derniers longs-métrages.

Il y dirige notamment, Jacques Brel, Charles Denner, Michael Lonsdale, Serge Sauvion, Didier Haudepin, ainsi que Boby Lapointe et Jacques Legras dans de petits rôles. L'histoire commence par une interpellation, celle de Maurice Saugeat, à son domicile. L'homme a un lourd passé judiciaire et se trouve soupçonné d'un braquage à son lieu de travail, un garage. Il est alors emmené au commissariat où il clame son innocence. Mais les trois policiers, persuadés de sa culpabilité, ne veulent rien entendre. Quelques jours plus tard, alors qu'il s'apprête à prendre bientôt des vacances méritées, Bernard Level, juge d'instruction dans une petite ville de province, se voit confié l'instruction de la mort d'un homme décédé au poste de police, à l'issue de son interrogatoire par des policiers. 
Il s'agit bien sûr de Maurice Saugeat. La plaignante est sa femme, persuadée que son époux a été tabassé à mort par les fonctionnaires.

Les assassins de l ordre (2)

Le juge commence donc ses investigations qui le mènent rapidement à la culpabilité des trois policiers. Mais progressivement, une autre réalité se dessine. Face à la jeunesse qui souhaite l'arrestation des fonctionnaires et des témoignages accablants, Bernard Level finit par inculper les policiers. Commence alors une période sombre pour le juge, où toutes sortes de pressions sont exercées contre lui. D'abord, son fils sur qui on retrouve "par hasard" de la drogue, puis sa compagne, arrêtée pour recels et menacée d'expulsion. Mais le juge tient bon malgré tout. Pour autant, cela suffira-t-il à maintenir la vérité ? Sorti quelques années après les événements de mai 1968, dans une France encore en plein chamboulement, Les Assassins De l'Ordre ose évoquer un sujet pour le moins tabou : la corruption judiciaire et policière.
Les responsables ne prennent pas de gants pour parler d'un thème aussi brûlant, et le film évoque frontalement comment des policiers et un avocat vont faire pression sur un juge d'instruction jusqu'à réussir à le déconsidérer en public, ne lui laissant plus guère d'alternative sur son avenir professionnel.

Pourtant, notre homme deviendra malgré tout le héros de la presse et de la jeunesse révoltée de l'époque. A ce titre, on peut citer l'un des dialogues du film, prononcé par le personnage du juge : "Faut-il qu'il y ait deux justices, l'une pour les policiers et l'autre pour les non policiers ?". Il faut dire que les données de l'affaire fournies à Bernard Level ne laissaient que peu de doute :"Ne pas oublier que la police est la meilleure alliée de la Justice". Dans le rôle du personnage central, Jacques Brel est tout bonnement formidable, jouant parfois avec retenue ou en éclatant sa colère, comme dans cette scène où, complètement bourré, il profère des insultes devant la façade d'un commissariat. 
Le reste du casting ne démérite pas, notamment Michael Lonsdale en commissaire de police, et dont le comportement à l'égard du juge est une menace permanente, mais toujours sous-jacente. 
Je pourrais citer aussi Charles Denner dont la prestation en avocat reconnu, mais véreux, est assez époustouflante. Film choc qui frappe dur sur un sujet sensible et difficile, Les Assassins De l'Ordre est un très grand film. Un oeuvre choc injustement oubliée et à redécouvrir urgemment. 

Note : 16/20

titi Titi