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Genre : fantastique (interdit aux - 12 ans)
Année : 1983

Durée : 1h45

Synopsis : Johnny Smith, jeune professeur dans une petite ville de province, est victime d'un accident de la route, peu de temps après avoir raccompagné sa fiancée, Sarah. Il ne revient à lui qu'au bout de cinq années de coma. Sarah est à présent mariée. Il s'aperçoit que passé, présent et futur se confondent dans son esprit. C'est ainsi qu'il réussit à sauver d'un incendie l'enfant de son infirmière et qu'il révèle à son médecin que sa mère, qu'il croyait morte en déportation, est en fait toujours vivante.

La critique :

On oublie souvent de le dire et de le préciser. Mais, les tous premiers films de David Cronenberg, Stereo (1969) et Crimes of the Future (1970) en particulier, ont été financés par des sociétés de production pornographiques. Déjà, à l'orée de sa carrière, le jeune cinéaste montre un sérieux engouement pour les thèmes de la sexualité et de la transformation corporelle. Parallèlement, David Cronenberg se focalise aussi sur la médecine, la psychanalyse et les mutations imposées par le capitalisme hédoniste qui va connaître son apogée à partir des années 1970.
Mais, la plupart de ses films ne s'adressent pas vraiment au grand public, comme l'attestent les sorties de Rage (1977), Frissons (1975) et Scanners (1981), des pellicules à la fois gore et érubescentes. 

Toutefois, avec Vidéodrome en 1983, le style atypique de Cronenberg est enfin remarqué par l'industrie hollywoodienne. Désormais, le réalisateur doit signer un film "tout public". C'est dans cette logique et cette didactique que Paramount Pictures le charge de signer Dead Zone - ou The Dead Zone - la même année, un long-métrage fantastique adapté d'un roman éponyme de Stephen King. Cette fois-ci, pas question d'obliquer vers le film expérimental et/ou à consonance médicale ou neurobiologique, dans la lignée et le continuum de Scanners.
Dead Zone se doit de narrer une histoire simple, basique et laconique qui parle à n'importe quel quidam. Une requête entendue par David Cronenberg. 
En outre, Dead Zone s'octroiera les ferveurs du public et du box-office. 

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Après La Mouche (1986), Dead Zone est probablement le métrage le plus populaire de Cronenberg. La distribution du film réunit Christopher Walken, Brooke Adams, Herbet Lom, Tom Skerritt, Anthony Zerbe, Colleen Dewhurst, Martin Sheen et Dean Sullivan. Attention, SPOILERS ! (1) À Castle Rock, dans l’État du Maine. Johnny Smith, professeur de collège ordinaire de la Nouvelle-Angleterre, accompagne son amie Sarah Bracknell à une fête foraine.
Le même soir, après avoir raccompagné son amie, il est victime d'un accident de la route et sombre dans le coma pendant cinq ans. À son réveil, son amie s'est mariée, et il découvre qu'il est doté du don de voir l'avenir ou le passé d'une personne en la touchant. 
Fortuitement, son « don » lui sert à aider la police à élucider un crime resté sans réponse, ce qui lui confère une certaine célébrité dans sa région.

Ce même don lui permet d'anticiper un accident tragique qui aurait dû arriver au jeune garçon qu'il instruit en tant que professeur particulier. Par hasard, il rencontre l'un des candidats à l'investiture à la Maison-Blanche américaine, Greg Stillson : en le touchant, il a une vision apocalyptique de l'avenir, où ce dernier, devenu président, déclenche la Troisième Guerre Mondiale en lançant une attaque de missiles atomiques. John Smith est alors face à un dilemme : que peut-il faire pour empêcher cela ? Doit-il aller jusqu'à tuer cet homme, un criminel de guerre et un fou apocalyptique en puissance ? (1) Pour la première fois de sa carrière, David Cronenberg n'est pas scénariste de son propre film et est donc chargé d'adapter sur grand écran l'opuscule d'un éminent cacographe.
Ce qui explique sans doute pourquoi le cinéaste se montre aussi timoré derrière la caméra.

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Ici, peu ou prou de séquences spectaculaires et sanguinolentes, de cervelles qui giclent ad nauseam, ni d'individu qui se transmute en créature dolichocéphale et monstrueuse. David Cronenberg se contente donc de suivre assidûment les lignes du roman originel. Pourtant, le cinéaste signe une oeuvre assez troublante qui hésite entre la tragédie et le fantastique. Cronenberg peut notamment s'appuyer sur l'extraordinaire composition de Christopher Walken.
Dans le rôle de cet homme victime d'un accident de voiture puis affublé de dons de médiumnité, l'acteur livre une prestation impériale qui fait souvent oublier la relative banalité de la mise en scène. Difficile de reconnaître le style affiné de Cronenberg... A cela, s'ajoutent certaines facilités scénaristiques, comme par exemple ce président américain destiné à appuyer sur le bouton nucléaire...

Et pourtant... Contre toute attente, la recette ânonnée par David Cronenberg fonctionne parfaitement sur la durée. De surcroît, le réalisateur propose également une réflexion sur la mort via l'existence d'une zone neutre. In fine, Dead Zone a aussi une vraie consonance théologique et eschatologique. Non, Johnny Smith n'a pas été touché par la Grâce divine. L'homme estropié vit son don de clairvoyance comme une véritable malédiction. David Cronenberg s'appuie même sur une dialectique inversée puisque Johnny Smith fait presque office de martyr christique.
Après son accident de voiture, cet ancien professeur voit sa mère exhaler son dernier soupir, puis son ancienne énamourée lui échapper... Inexorablement. En l'état, difficile de ne pas être désarçonné par l'histoire de cet homme irrémédiablement fauché par sa propre destinée. David Cronenberg a donc parfaitement saisi la genèse de l'opuscule de Stephen King.

 

Note : 15/20

sparklehorse2 Alice In Oliver