un justicier dans la ville

Genre : policier, action (interdit aux - 12 ans)
Année : 1974

Durée : 1h34

Synopsis : La femme et la fille de Paul Kersey sont agressées dans leur appartement par trois voyous. Les malfaiteurs tuent la première et violent la seconde. Paul est détruit par ce drame. Le destin veut qu'on lui offre un colt en cadeau. Un soir, lui aussi est attaqué. Il tire et tue son agresseur. C'est le début d'une croisade solitaire et violente qui va le voir se muer petit à petit en un impitoyable justicier

La critique :

Le nom de Michael Winner rime à la fois avec le western, le film policier et le cinéma d'action. Sa carrière cinématographique débute dès 1964 avec Dans les mailles du filet. Ses films suivants, Le Corrupteur (1971), Le Cercle Noir (1973), Scorpio (1973), La Sentinelle des Maudits (1977), Le Grand Sommeil (1978) et Rendez-vous avec la mort (1988) contribuent à ériger sa notoriété. Ainsi, Michael Winner se taille la réputation d'un artisan honnête de la série B.
Mais c'est surtout Un Justicier dans la Ville - en anglais Death Wish - qui va définitivement le propulser au sommet de la gloire. Le long-métrage sort trois ans après L'Inspecteur Harry (Don Siegel, 1971), un film policier qui décrivait déjà une société américaine en pleine décrépitude et incapable d'endiguer une criminalité de plus en plus exponentielle.

Toutefois, c'est vraiment Death Wish premier du nom qui va lancer la mode du vigilante movie. Un genre qui va connaître son apogée entre le milieu des années 1970 et la fin des années 1980. Mad Max (George Miller, 1979), Légitime Violence (John Flynn, 1977), L'ange de la vengeance (Abel Ferrara, 1981) ou encore Vigilante : justice sans sommation (William Lustig, 1983) sont autant de pellicules qui susciteront le scandale, les invectives et les quolibets.
Tous s'inspirent plus ou moins d'Un Justicier dans la Ville, un long-métrage qui soulève la question de la vengeance expéditive, de l'auto-défense et donc de la loi du Talion. Thématiques sur lesquelles nous reviendrons ultérieurement. A l'origine, le métrage s'inspire d'un opuscule de Brian Garfield et est produit par Dino de Laurentiis.

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La distribution du film réunit Charles Bronson, Hope Lange, Vincent Gardenia, Steven Keats, William Redfield, Stuart Margolin et Stephen Elliott. A noter aussi la toute première apparition à l'écran de Jeff Goldblum dans le rôle d'un voyou. Quant à Charles Bronson, il trouve un rôle sur mesure, celui de Paul Kersey, un redresseur de torts et surtout un personnage qui va marquer son illustre carrière. En effet, Un Justicier dans la Ville se solde par un immense succès commercial, non seulement aux Etats-Unis, mais aussi en Europe et surtout en France. Le long-métrage alimente les scandales et les acrimonies dans une société en pleine mutation, à la fois économique, culturelle et sociale.
Bientôt, le film de Michael Winner va se transformer en pentalogie et sera suivi par Un Justicier dans la ville 2 (Michael Winner, 1982), Le Justicier de New York (Michael Winner, 1985), Le Justicier braque les dealers (J. Lee Thompson, 1987) et Le Justicier : l'ultime combat (Allan A. Goldstein, 1995).

Attention, SPOILERS ! (1) Paul Kersey est un homme respectable travaillant dans un cabinet d'architectes et vivant avec sa femme, Joanna, et sa fille, Carol. Ancien objecteur de conscience pendant la guerre de Corée, Kersey est pacifiste et a horreur de la violence et des armes à feu. Après avoir passé des vacances ensoleillées avec sa femme, Paul est appelé d'urgence à l'hôpital car celle-ci a été violemment agressée en compagnie de sa fille dans leur appartement par trois voyous.
Seule sa fille s'en sort, profondément perturbée par son agression : elle ne parle plus et ne supporte plus qu'on la touche. 
Paul Kersey devient alors un homme brisé, noyant son chagrin dans son travail, il sait que les agresseurs de sa femme et de sa fille ne seront jamais retrouvés et que la police ne peut rien faire pour lui par manque d'information.

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Après un voyage d'affaire ayant pour but de le changer d'air, Kersey se voit offrir un revolver en guise de remerciement. Après avoir revu des photos de sa femme, Kersey se munit de son arme et décide de faire la seule chose qui pourrait le soulager. Il parcourt les rues, les parkings, le métro, afin d'attirer et de tuer tous les voyous qu'il rencontre et qui veulent l'agresser la nuit tombée.... La presse le nomme alors "Le Justicier".... L'inspecteur Frank Ochoa, chargé de l'affaire, le prend en chasse (1).
Finalement, Un Justicier dans la Ville pourrait s'apparenter à un western urbain. Rien n'a changé depuis le grand Ouest Américain, semble gloser Michael Winner. Quand il s'agit de partir à la chasse et de massacrer ses proies pour assouvir sa soif de vengeance, le cowboy solitaire prend son arme à la main. Ce cowboy taciturne et esseulé se nomme désormais Paul Kersey.

Face à l'incompétence de la police et de la justice, l'homme décide de partir en croisade contre les voyous et le grand banditisme. Michael Winner justifie ce comportement véhément et arbitraire par le meurtre et le viol de la femme et de la fille de Kersey. Ainsi, le cinéaste se centre sur le processus de déshumanisation de son personnage principal. Tout commence par une rixe contre un vulgaire quidam venu quémander de la monnaie. Puis, Paul Kersey s'affermit.
Cet ancien de la guerre de Corée voit sa fille neurasthénique se déliter. Tous les soirs, il arpente les rues sordides et asseulées de New York pour rendre sa propre justice. Contrairement à Harry Callahan, le héros de Dirty Harry, Paul Kersey reste invariablement impassible, inamical et acariâtre. En outre, difficile de s'attacher ou de s'enthousiasmer pour ce personnage cynique et acrimonieux.

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Pourtant, Paul Kersey préfigure à la fois le glas d'une société patriarcale et les prémices d'une société violente et consumériste. Paul Kersey, c'est aussi un visage chenu et harassé qui scrute un monde qu'il ne comprend plus. Cet architecte n'est plus un constructeur mais un destructeur, celui qui répudie, tance et admoneste une société égotiste et capitalistique en pleine déréliction. Paul Kersey, c'est finalement cette figure de naguère, celle qui sera ostracisée pendant plusieurs décennies avant d'effectuer un retour impromptu presque 45 ans après, avec l'élection de Donald Trump comme Président des Etats-Unis. Contre toute attente, la figure de Paul Kersey reste d'une étonnante actualité, celle d'une Amérique que l'on croyait alanguie et agonisante contre celle qui se veut résolument moderne, égocentrique et iconoclaste. Indubitablement, le film de Michael Winner soulève de nombreuses interrogations.
Cependant, Death Wish n'est pas exempt de tout reproche. Dans le même registre, on lui préférera largement L'Inspecteur Harry. De surcroît, Michael Winner n'est pas Don Siegel et sa mise en scène est, de ce fait, beaucoup moins stylisée. In fine, le propos péroré par le cinéaste accuse aussi certaines redondances. De facto, Un Justicier dans la Ville apparaît parfois comme un film idéologiquement et politiquement engagé (en gros, comprenez : "A droite ! Très à droite !")

 

Note : 13/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Un_justicier_dans_la_ville