vampur

Genre : Fantastique, épouvante 

Année : 1932

Durée : 1h13

 

Synopsis :

Allan Gray s'installe un soir dans l'auberge du village de Courtempierre. Pendant la nuit, un vieillard lui rend visite et lui confie un grimoire sur le vampirisme et les moyens d'y faire face. Dès cet instant, Allan doit affronter et déjouer les pièges d'une femme vampire.

 

La critique :

Le mythe du vampire a toujours été un thème plébiscité du cinéma d'horreur et/ou d'épouvante, rendu célèbre par deux oeuvres majeures du cinéma fantastique, soit Dracula (1931) et Nosferatu (1922). Au fur et à mesure du temps, de nouvelles oeuvres ont apporté leur modeste pierre à l'édifice, sauf que bien souvent le résultat était soit au mieux passable ou fréquemment médiocre. Comment ne pas penser à la saga à succès Twilight qui est un bon exemple du détournement du mythe originel du vampire pour le transposer dans une vulgaire saga grand public ?
Malgré les deux classiques cités plus haut, on a souvent tendance à oublier une troisième oeuvre qui a, elle aussi, contribué à apporter ses lettres de noblesse. Vous l'avez deviné, il s'agit du film franco-allemand sobrement intitulé Vampyr, sorti en 1932 et réalisé par Carl Theodor Dreyer. Un réalisateur assez peu connu de Monsieur et madame tout le monde et l'air de rien, de pas mal de cinéphiles. 

De ses oeuvres les plus connues, exceptée Vampyr, on lui devra La Passion de Jeanne d'Arc ou dans un registre plus lointain, Gertrud, sorti en 1964. Le film chroniqué aujourd'hui est une oeuvre importante dans la filmographie du réalisateur car il s'agit ici de son premier film sonore. Pour autant, le réalisateur ne semble pas vouloir se délaisser de certains codes propres au cinéma muet mais j'y reviendrai par la suite. Vous l'avez compris, on a ici l'archétype même du film novateur ayant sombré dans l'oubli et dont on ne compte plus les exemples tant certains métrages ont injustement perdu leur notoriété au fil du temps. Il est temps maintenant de passer à la critique.

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ATTENTION SPOILERS : Allan Gray, un jeune voyageur, décide de faire un arrêt pour la nuit à l'auberge de Courtempierre. En plus des bruits et apparitions étranges, un vieil homme offre a Allan un livre sur les vampires. C'est le point de départ d'une aventure dans laquelle Allan devra déjouer les plans diaboliques d'une femme-vampire.

Il est nécessaire de dire que, du triptyque du film de vampire dont j'ai parlé, Vampyr est assurément l'oeuvre la plus étrange et la plus particulière. Une oeuvre difficile à cerner au premier contact et qui risque sérieusement de désarçonner les trop rares spectateurs qui s'y seront essayés. Dreyer met en scène ici une transposition très personnelle du mythe vampirique à travers un récit se déroulant dans un village touché par cet étrange fléau. Les ingrédients classiques sont présents avec cette mystérieuse auberge, un héros itinérant, des complices du vampire et j'en passe.
Malgré les thèmes originels, Dreyer parvient à créer un film à part à la croisée du parlant et du muet. Ainsi, malgré la présence de la voix des acteurs, on décèle de nombreux intertitres. Un autre exemple est cet hommage à l'expressionnisme allemand où le cinéaste va beaucoup jouer sur les ombres et les décors. Le métrage s'éloigne du réalisme relatif de Dracula et de Nosferatu pour s'engouffrer dans une forme de surréalisme où la cohérence est fréquemment balayée pour obtenir ici une sorte de récit sensoriel et poétique. 

Dreyer mêle intelligemment poésie, fantastique et tragédie, le tout à la croisée du muet et du sonore. Logiquement, vous obtiendrez un récit lorgnant fréquemment du côté de l'OFNI sur les bords. De plus, malgré la présence du parlant, le réalisateur fait parler peu ses personnages. Ici point de paroles et de déclarations pour expliquer l'action, ce qu'il se passe à l'écran. Il convient au spectateur d'observer, d'analyser et de se laisser bercer par ce récit hypnotique. L'image parle d'elle-même et c'est une caractéristique encore propre au muet. Les personnages se comprennent sans se parler et disons le tout de suite, le traitement ne plaira pas à tout le monde.
Pourtant, il faut bien reconnaître que l'ambiance est fascinante et on remarque vite que Vampyr se dirige nettement vers un fantastique onirique que vers de l'épouvante réaliste et viscérale. En soit, on distingue vite en ce Vampyr une oeuvre forte et avant-gardiste.

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Dreyer filme bien ses décors et les met bien en valeur via une caméra léchée qui eut quelques petits ennuis. En effet, son style visuel subira une transformation inattendue. En visionnant les premiers rushes, le directeur de la photographie et le réalisateur se rendirent compte qu'une lumière grise s'était réfléchie par erreur dans l'objectif. Mais contre toute attente, ils décidèrent de conserver l'aspect glauque de l'image qui accroissait le sentiment de mystère et d'irréalité du film. Très clairement, le choix fut judicieux et bascule l'ambiance dans une tonalité morbide et inquiétante. Difficile que de ne pas être charmé par ce style à travers des plans en extérieur ravissants. De même que la bande sonore a une grande importance et mêle sonorités tragiques et sonorités inquiétantes. 

Au risque de me répéter, le rêve est privilégié au détriment d'un scénario clair et concis. Celui-ci est volontairement confus et n'hésite pas parfois à brouiller les repères de temps et d'espace comme dans cet exemple où le héros passe d'une usine désaffectée à un bâtiment plus vétuste, sorte de maisonnette abandonnée, sans qu'il n'y ait une transition claire. Plusieurs fois, on sera déboussolé et même perdu devant certains enchaînements de situation face à un héros déambulant au fil de l'histoire devant un spectacle qu'il n'arrivera pas à vraiment cerner.
L'interprétation des personnages est assez difficile à cerner mais ils parviennent à se débrouiller correctement entre Julian West inquiétant dans la peau de ce voyageur aux yeux écarquillés. Le reste du casting se composera de Maurice Schutz, Sybille Schmitz ou encore Rena Mandel que je doute que vous connaissiez.

En conclusion, Vampyr est décidément une oeuvre bien difficile à cerner et ne pourra que désappointer le spectateur s'attendant à un récit classique. Loin de ces conventions, Dreyer s'aventure sur de nouveaux versants pour créer une transposition très personnelle du mythe légendaire du vampire. Un traitement qui ne plaira pas à tout le monde et qui transmute Vampyr en un film plus difficile d'accès qu'il n'en a l'air et qui repose davantage sur une thématique poétique que sur de l'épouvante plus réaliste. Scénario nébuleux et même évanescent dont on ne peut que déceler cette étrange impression d'évoluer dans un monde parallèle ayant ses propres logiques et ses propres métaphores (la faucheuse, le passeur symbole du rêve, la roue dentelée représentant le destin...).
Indéniablement, Vampyr est un film sensoriel, difficile à analyser (à chroniquer aussi) et conviendra à ceux qui n'ont pas peur de se risquer vers un cinéma moins conventionnel. Distillateur d'un climat onirique mais étrange, perturbant et à de nombreuses reprises glauque, jouant beaucoup sur le visage et expression des personnages. Affiche stylisée d'une image inattendue mais belle et renforçant le mystère. Acteurs tout aussi mystérieux que le récit évanescent lui-même. Sans conteste, le film le plus riche en interprétations et en symboles du triptyque vampirique. 

 

Note : 15,5/20

 

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