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Genre : horreur, pornographique, inclassable (interdit aux - 18 ans)
Année : 1973
Durée : 1h37 (uncut)


Synopsis : Lila Lash, ancienne chanteuse de cabaret, s'est reconvertie en mère maquerelle. Sous des dehors d'hôtelière respectable, elle séquestre des jeunes femmes qu'elle "loue" en tant qu'esclaves sexuelles à des hommes de passage. Dans son sinistre commerce, elle est assistée par son fils Olaf, un nain voyeur et libidineux.


La critique :

The Sinful Dwarf... traduction littérale: "le nain immonde". Alors celui-là, ça m'étonnerait beaucoup que vous en ayez entendu parler ! Et on ne peut guère vous en vouloir car pour un cinéphile de base, vaguement connaisseur, le patrimoine cinématographique danois se limite à Lars Von Trier, Bille August et Nicolas Winding Refn, point barre. Le nom de Vidal Raski ne dira donc rien à personne. Surtout que cet obscur artisan de la pellicule se contenta de commettre un seul film, The Sinful Dwarf (aka Dvaergen dans son pays d'origine). Une seule et unique réalisation certes, mais un "coup de maître" dans le cinéma d'exploitation. Ce film d'ailleurs, se retrouve fréquemment cité comme le précurseur d'un nouveau genre: la "dwarfsploitation"; autrement dit, le film de nain(s). Hé oui, après les blacks, les nonnes, les femmes en prison et même Bruce Lee, les personnes de petite taille ont, elles aussi, eu droit à leur heure de gloire (façon de parler) sur les écrans. 
Cependant, remettons les pendules à l'heure et la vérité en place : le cinéma n'a pas attendu 1973 et Vidal Raski pour mettre les lilliputiens à l'honneur.

D'autres réalisateurs l'avaient fait et bien longtemps avant lui. En 1932 déjà, Tod Browning horrifiait les spectateurs avec le mythique Freaks où le nain Hans était le héros involontaire d'une tragique histoire d'amour. En 1937 et dans un tout autre genre, Walt Disney présenta les nains de façon amusante et sympathique. Plus tard, aux débuts des années soixante-dix, Werner Herzog réalisait Les Nains Aussi Ont Commencé Petits, une comédie dramatique sérieusement barrée et fortement nihiliste, qui présentait déjà les rase-mottes comme des êtres sinon malfaisants du moins dérangés. Mais avec The Sinful Dwarf, Vidal Raski passe à la vitesse supérieure et accouche du spécimen le plus outrancier du genre ; très largement. Le personnage de son nain à lui, a le vice chevillé au corps et l'esprit chevillé au vice ; c'est un être mauvais. J'ai de sérieux doutes qu'un tel film pourrait sortir de nos jours sans provoquer l'indignation outrée d'associations bien-pensantes.
L'aspect libertaire des 70's affiche ici tout son impact. Raski nous livre un spécimen bien cht'arbé de l'underground scandinave.

 

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Le Danemark n'étant pas spécialement réputé pour ses frénésies cinématographiques, il faudra attendre quatre décennies pour revoir un spécimen de ce calibre avec Madness Of Many qui frappa les esprits lors de sa très confidentielle sortie en 2013 (je laisse le Nymphomaniac de Lars Von Trier volontairement de côté, ce "blockbuster" intello-trash ne jouant pas dans la même catégorie). S'il est signé par un cinéaste danois, The Sinful Dwarf est tout de même une production internationale puisqu'une partie du casting (d'illustres inconnus qu'il est inutile de citer) est britannique ; l'action étant censée se dérouler en Angleterre. De plus, le film fut produit par Harry Novak, un américain, qui eut le plus grand mal à le distribuer outre Atlantique. Le film contenant dans sa version originale intégrale (version dont nous parlons aujourd'hui) des passages ouvertement pornographiques, il fut classé X aux États-Unis et de ce fait, amputé de ses scènes les plus osées. Attention spoilers : Lila Lash, ancienne artiste de music-hall, est devenue propriétaire d'un hôtel miteux à Londres.

Cet hôtel n'est en fait qu'une façade à la véritable activité de Madame Lash: la traite des blanches. Secondée par Olaf, son fils frappé de nanisme, Lila Lash séquestre des jeunes femmes et en fait des esclaves sexuelles qu'elle loue à des hommes pervers et violents. La technique est simple : Olaf attire ces jeunes femmes, généralement faibles d'esprit, sous le prétexte futile de s'amuser avec divers jouets et peluches. Une fois prisonnières, elles sont déshabillées sur des couches sordides et séquestrées dans le grenier du bâtiment. Olaf leur injecte régulièrement de l'héroïne afin de les rendre dépendantes et de les priver de toutes velléités d'évasion. La petite entreprise de Madame Lash prospérait à plein régime lorsqu'un couple de jeunes anglais en difficulté financière, Peter et Mary, vint louer une chambre pour quelques temps. Tandis que Peter, au chômage, passe ses journées à chercher du travail, son épouse traîne dans les couloirs inquiétants de l'hôtel et épie les allées et venues d'Olaf, le nain au sourire maléfique.
D'un naturel méfiant, Mary se sent de suite mal à l'aise dans cet hôtel décrépi où elle soupçonne que des événements étranges s'y déroulent.

 

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De plus en plus précisément, elle croit entendre des gémissements provenir du dernier étage. Elle mène alors sa petite enquête mais au moment de découvrir l'horreur de la situation, elle est agressée pour devenir, à son tour, une marchandise sexuelle pour Madame Lash et son fils infernal... Avec The Sinful Dwarf, nous avons à faire à un pur film d'exploitation comme les années 70 en ont tant produit. Tourné en 16mm, cet OVNI danois flirte avec un amateurisme flagrant de par son manque de moyens évident. Décors tristes à filer le bourdon à un croque mort, musique synthé approximative et deux acteurs principaux qui jouent de manière surréaliste. La palme revient donc au "couple" que forme Lila  Lash, interprétée par Clara Keller en mode gros cabotinage et son fils Olaf joué par un Torben Bille en totale roue libre. L'acteur de petite taille multiplie les grimaces narquoises, les froncements de sourcils et les torsions de faciès pour donner à son personnage un côté malsain qui n'est pas toujours très crédible à l'écran.
C'est de son personnage d'ailleurs, que provient la plus grande déception tant le titre du film (Le nain immonde) nous mettait l'eau à la bouche. Rien d'immonde dans le comportement du personnage d'Olaf (sauf lors d'une scène) qui se contente de ricaner sournoisement ou de se rincer l'oeil en observant Mary et Peter faire l'amour.

L'histoire est on ne peut plus simpliste et l'action, qui n'a d'action que le nom, ne se poursuit jamais au-delà des couloirs mal éclairés de cet hôtel délabré. Ajoutons à ce tableau peu reluisant des acteurs danois qui s'expriment en anglais (production internationale oblige), créant un décalage certain au niveau de l'accent avec les autres acteurs qui étaient de purs britanniques. Alors, toutes ces tares font-elles de The Sinful Dwarf un mauvais film pour autant ? Curieusement, pas autant qu'on pourrait le supposer. Malgré de très nombreux points négatifs, cette oeuvre incertaine, surgie d'une époque où le cinéma n'était pas encore enchaîné au joug du politiquement correct, est de manière incompréhensible assez attachante. Bourré de défauts qui font son "charme" très particulier, le film de Vidal Raski immerge le spectateur dans un univers étrange où se succèdent tour à tour horreur glauque, comédie pure et pornographie brutale. Il est donc très difficile d'établir avec exactitude le genre auquel appartient ce film.
Inclassable, juste inclassable. Par certains côtés déjantés, The Sinful Dwarf n'est pas sans rappeler l'incroyable Thundercrack ! de Curt MacDowell.

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Même s'il est très loin d'atteindre le niveau de folie et de surpuissance trash de ce dernier, il y a comme un lointain air de ressemblance dans l'aspect fauché et provocateur. Bien sûr, avec un rythme aussi frénétique qu'un téléfilm allemand de début d'après-midi, The Sinful Dwarf ne nous submerge pas de sensations fortes. Et pourtant, le film se laisse suivre sans ennui et n'est coupable d'aucun temps mort susceptible d'assoupir le spectateur. Au niveau des hostilités, le film compte dans sa version intégrale, quelques passages bien gratinés, même si l'horreur est beaucoup plus psychologique que charnelle. On relèvera tout de même une scène de flagellation bien sentie, ainsi qu'un viol (suggéré) commis par Olaf à l'aide d'un pommeau de canne. Quant aux scènes pornographiques, elles restent peu nombreuses mais leurs exécutions brutales ont de quoi choquer.
Le point d'orgue étant un cunnilingus bestial et non simulé où, sur un air pop très seventies, deux protagonistes se malmènent de manière impressionnante. 
Le dernier atout du film, et le plus important à mes yeux, est le rapport vicié et distordu qu'entretiennent les personnages avec les jouets et autres objets liés à l'enfance. Ici, le jouet n'apparaît plus du tout comme le symbole de cette enfance synonyme de pureté. Non, ici ce n'est qu'un moyen pervers d'attirer dans l'enfer de la prostitution celles qui ont conservé leur âme d'enfant, ces jeunes femmes que le diabolique Olaf appâte avec des peluches de chiens mécaniques.

La scène initiale du film résume parfaitement à elle seule ce processus. Par la suite, le réalisateur va assez loin dans la transgression du symbolisme puisqu'il affuble le dealer du film du doux surnom de Santa Claus et que cet infâme personnage possède un magasin de jouets comme couverture de ses activités illicites. L'innocence est donc carrément bannie du métrage où ne règnent que violence et perversion. Une façon assez radicale pour Vidal Raski d'afficher sa complète désillusion envers la nature humaine. Le postulat est désespéré mais habilement suggéré.
Pour un film de seconde zone qui s'exhibe sous des dehors à la fois loufoques et révulsants, The Sinful Dwarf n'est pas le navet sans consistance que l'on aurait pu craindre ; il y a même certaine matière à réflexion. 
Ce constat établi, force est quand même de reconnaître que nous ne sommes pas en présence du chef d'oeuvre du siècle, loin s'en faut. Le film souffre de défauts bien trop rédhibitoires pour sortir de l'anonymat inhérent au cinéma underground. Au final, c'est une oeuvre indéfinissable qui nous est présentée. À la fois soporifique par sa mise en scène anesthésiée, détonnant par sa thématique sulfureuse et baignant dans une atmosphère ultra malsaine, The Sinful Dwarf est de ces films qui font passer le spectateur par une palette de sentiments contradictoires sans qu'au final, il ne sache trop quoi penser du spectacle auquel il vient d'assister. Un film vraiment très spécial...

Note : 11/20

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