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Genre : Drame

Année : 1961

Durée : 1h30

 

Synopsis :

La jeune Viridiana souhaite entrer au couvent, mais la mère supérieure exige avant tout que la jeune femme aille rendre visite à son vieil oncle et bienfaiteur Don Jaime. Celui-ci, troublé par la ressemblance de sa nièce et de sa femme décédée, tente d'abuser sexuellement de la jeune femme. Choquée, Viridiana s'enfuit mais apprend que son oncle s'est suicidé. Se sentant coupable la jeune femme décide de revenir au domaine et de dédier sa vie à aider les gens pauvres. Elle héberge donc les mendiants du village dans la maison de son oncle dont elle a hérité à sa mort.

 

La critique :

Après avoir déjà abordé Un Chien Andalou et L'Âge d'Or sur Cinéma Choc, l'heure est venue de chroniquer un troisième film de la filmographie de Luis Bunũel du nom de Viridiana. Comme vous le savez tous, Bunũel était l'un de ces réalisateurs polémiques du cinéma aux côtés d'autres comme Pasolini, pour ne citer qu'un exemple, qui n'avaient pas peur de braver les interdits et de fustiger une société fort rigide dans ses idéaux. De fait, personne ne sera étonné que les deux oeuvres que j'ai cité au-dessus ont créé un gigantesque scandale au moment de leur sortie.
De fait, Viridiana n'échappe pas à la règle et va elle aussi s'attirer les foudres de la censure. Pourtant, et contre toute attente, bien que le film fit scandale au festival de Cannes, il parviendra à remporter la très convoitée Palme d'Or. En première ligne, le Vatican jugea le film "sacrilège et blasphématoire". 

Secundo, le film sera immédiatement interdit par l'administration espagnole, le directeur général de la Cinématographie limogé et des maisons de production poursuivies pour exportation illégale de films en France. La même administration ira jusqu'à dénaturaliser le film en considérant que Viridiana n'existait pas en tant que film espagnol, devenant alors un film mexicain. Bien des années plus tard, le film sortit sur les écrans en 1977, deux ans après la mort de Franco mais la nationalité espagnole ne sera rendue au réalisateur qu'en 1983. Vous l'avez compris, on tient là une oeuvre au parfum de scandale. En gros, une oeuvre qui ne pouvait échapper à une chronique sur Cinéma Choc. Maintenant passons à la critique.

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ATTENTION SPOILERS : Avant de prononcer ses voeux définitifs, Viridiana, jeune novice, se rend chez son oncle, Don Jaime. Celui-ci vit seul depuis la mort de son épouse, survenue le soir de leurs noces. Sa nièce ressemble étrangement à la défunte et éveille chez le vieil homme une folle passion. Il demande à la jeune femme de l'épouser, mais elle refuse. Une nuit, Don Jaime fait revêtir la robe de mariée de son épouse à Viridiana, lui fait absorber un somnifère, veut abuser d'elle mais se ravise au dernier moment. Le lendemain, au moment où la jeune femme veut repartir, Don Jaime se pend. Viridiana, qui se sent responsable de sa mort, renonce à ses voeux et décide de se consacrer aux mendiants. Elle installe une communauté sur le domaine de son oncle.

A peu de choses près, on pourrait se dire, avec un oeil typiquement actuel, que rien ne pourrait justifier l'ire des critiques envers cette oeuvre à l'époque. Et pourtant, ceux qui l'ont vu, même à notre époque, souligneront que la réputation de long-métrage polémique n'est absolument pas injustifiée. Il est un fait que Bunũel a toujours été un cinéaste très (trop) avant-gardiste et Un Chien Andalou pouvait en témoigner. Pire encore avec L'Âge d'Or qui parvenait à bousculer, même encore en 2017. Tout ça pour dire que Viridiana ne fait pas exception à la règle et continue dans la lancée dadaïste du réalisateur contre une société qu'il fustige et villipende. Les valeurs de prédilection du cinéaste y sont abordées une fois de plus de manière frontale, tout en insérant des thématiques encore tabou à l'heure actuelle, telles le fétichisme sexuel ou encore l'inceste. Au menu des autres réjouissances, l'hypocrisie de l'Eglise et l'entièreté de la population, bourgeois comme pauvres, tomberont aussi sous le couperet du réalisateur.

Il faut le dire que Bunũel n'y va pas avec le dos de la cuillère en crachant à la face du peuple. Dans ce film, personne n'est à sauver entre la bourgeoisie suffisante, hautaine, considérant les pauvres comme des moins que rien et déconnectée de la réalité et les pauvres qui sont profiteurs, déshumanisés, jaloux et envieux des biens d'autrui. En d'autres termes, personne n'est à sauver et tout le monde est à mettre dans le même sac. Le seul halo de lumière au milieu de cet, disons le, immondice n'est autre que Viridiana qui n'est, à peu de choses près, que la représentation de la Vierge Marie vouant sa vie à l'aide des pauvres et des opprimés tout en restant humble et proche de la misère du monde.
Pourtant, Bunũel semble dire que la gentillesse et la bonté n'immunisent pas contre le mal. Et de fait, les 7 péchés capitaux sont parfaitement bien représentés : l'orgueil et l'avarice visant la bourgeoisie, la luxure pour le vieil oncle. Enfin, la gourmandise, la paresse, l'envie et la colère cibleront le peuple. Bref, outre la présence de l'Eglise, Viridiana a une vraie connotation religieuse qui va bien au delà de la simple présence des instances religieuses.

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Au fur et à mesure du visionnage, on réalise toute la profondeur insoupçonnée qui caractérise le film entre les métaphores religieuses et la violente critique de cette même religion et du peuple en général. Le bouquet sera atteint avec la Cène où le Christ et ses apôtres sont remplacées par des mendiants. Une scène qui reste encore un monument de provocation. Cette dernière phrase convient maintenant d'aborder la mise en scène du film. Ici encore, Bunũel prouve qu'il n'est pas un manche et sait monter correctement un film. Oubliez tout de suite les délires surréalistes des deux oeuvres citées précédemment.
Viridiana a une mise en scène et un scénario tout ce qu'il y a de plus conventionnel et ne perd jamais son spectateur. Le scénario d'une relative courte durée de 90 minutes garde l'attention du spectateur au travers d'une mise en scène prenante et passionnante, ne tirant jamais son sujet en longueur malgré une ambiance plutôt posée et sans artifices. Le récit est très plaisant à suivre et souligne tout le propos sulfureux qui amplifie davantage l'intérêt et une certaine intensité. Un propos déjà présent dans, encore, les deux autres films, et que j'espère voir aussi dans ses autres créations que je n'ai, mais ça ne saurait que tarder, pas encore vu.

Au niveau de la technique et de l'esthétique, là encore il n'y a aucun défaut majeur à souligner. La caméra est bien maniée et met bien en valeur les personnages et leurs émotions via des plans assez rapprochés. Qu'on se le dise, l'image est belle. Ceci est surtout renforcé par des décors luxueux d'un manoir bourgeois et d'une nature champêtre. Une nature symbolisant d'une certaine façon la chasteté de la religieuse, et par extension de la Vierge Marie. Le film se pare aussi d'une bande sonore qui rappelle inévitablement les chants religieux, sonnant toujours au bon moment et renforcant vraiment cet aura christique qui en émane. Une aura christique n'étant qu'un masque pour cacher l'opprobre du réalisateur envers la religion.

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Maintenant, il convient de parler du jeu d'acteur et là encore, on ne décèle aucun défaut majeur. Silvia Pinal, interprétant Viridiana, est d'une beauté et d'une sensualité qui ne peuvent que charmer, toujours en offrant une prestation juste et touchante. Fernando Rey n'échappe pas à la règle et incarne bien son personnage en le montrant comme un homme au visage transpirant la sympathie mais cachant en lui de profondes déviances. Un propos que met Bunũel en évidence pour représenter l'immoralité allant souvent de pair avec la bourgeoisie. Le reste du casting se composera de Francisco Rabal, José Calvo, Margarita Lozano, José Manuel Martìn ou encore Victoria Zinny. Jamais le jeu d'acteur ne sera surjoué et le tout respire la réalité et la sincérité.

En conclusion, Viridiana peut, à juste titre, être considéré comme une autre oeuvre majeure de la filmographie de Bunũel. S'enorgueillant d'une critique acide des hautes instances tant sociales que religieuses, ainsi que du petit peuple, représenté comme innocent dans l'imagination collective, le long-métrage multiplie les provocation sans jamais verser dans la débilité ou la vulgarité. Le film ne choque pas pour choquer mais délivre un propos pensé, intelligent et violent envers la société rendue laide et sans honneur. Techniquement, tout tient la route et aucun faux-pas n'est à noter. Dans sa quête de rédemption, cette religieuse honteuse du traitement que lui a réservé son oncle et s'estimant responsable de son suicide, s'écartera des institutions chrétiennes pour se concentrer sur l'aide aux pauvres. Mais ces mêmes pauvres la récompenseront elle ? Je suppose que vous avez aisément deviné qu'il ne faut pas s'attendre à un happy-end avec ce réalisateur. Que dire de plus si ce n'est que nous avons là une oeuvre hautement recommandable et par la même occasion un classique du cinéma que tout cinéphile se doit d'avoir vu ?

 

Note : 17/20

 

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